LES CATACOMBES DE HOME
rant avec si peu de méthode (jue même leurs découvertes les plus importantes restèrent prescjue sans résultats pour la science des orig-ines chrétiennes ou pour l'histoire des catacombes elles-mêmes. Tout restait à faire dans cette voie, quand M. J.-B. de llossi commença, avec son frère, la tâche ([u'il poursuit encore aujourd'hui.
Le savant archéologue romain a lui-même entrepris une chissification chronologique des principaux documents fournis par les catacombes. Mais cette classilication, il l'assied à peu près exclusivement sur la topographie, tandis (jue M. Roller fait intervenir davantage les indications fournies par l'histoire de l'art antique, aux divers âges de son développement. Voici, du reste, comment il explique ses procédés au chapitre xi du premier volume :
« De même qu'un amateur quelque peu compétent ne confond pas un tableau du xvi® siècle avec une œuvre du xvm^, de même un œil quelque peu exercé saisit au premier abord certains caractères qui ne permettent pas de confondre une sculpture classique avec les informes productions des âges de décadence. x\vec un peu plus d'expérience, on saisit les gradations. Aujourd'hui un homme de goût devine les écoles de sculpture et de peinture ; de même un historien des monuments antiques reconnaît vite à quelle classe d'œuvres il a affaire, de quel pays elles sont, et parfois à quelles influences elles sont dues.
« On sait de même comment on construisait en chaque siècle. La comparaison des monuments permet de deviner non pas seulement à quelle classe d'architectes on les doit, mais quand vivaient les maçons qui les ont travaillés. L'agencement des parties, le joint des briques, la nature ou la multiplicité des marbres et autres matériaux, le mortier employé, la composition des stucs et revêtements, tout sert d'indice et rien ne doit être négligé. S'agit-il d'épigraphie, on a les dates consulaires; jusqu'au vi*^ siècle, les jours des mois sont indiqués par les calendes et les noms; depuis, on commença à se servir de la numération progressive. La nature des abréviations, l'indication des qualités, dignités, professions des défunts changent avec les temps. Le style, les symboles, la nomenclature, la paléographie ont varié de siècle en siècle, de localité à localité. Chaque âge et chaque milieu a eu sa manière de s'exprimer comme de penser; la forme
des lettres n'a pas toujours été la même, et Ton peut reconnaître pour ainsi dire la main de chaque groupe d'individus.
(( Les empreintes laissées par les maçons dans le mortier frais, leurs inscriptions, aussi bien que les grilfonnages des visiteurs (graphites) sont dilTérents d'une époque à l'autre : les signes dont ils se servaient, les symboles qu'ils esquissaient, les exclamations ou prières qu'ils proféraient, tout porte un caractère propre et la note de certains temps. Les potiers, les briquetiers ont marcpié leurs vases ou leurs tuiles de leur cachet, avec leurs noms, leurs initiales, leurs signes de reconnaissance ; eux aussi avaient leurs sentences et leurs manières de parler. Le double ou triple emploi du marbre déjà utilisé dans les monuments païens ou chrétiens, la rencontre de monnaies, de médaillons, d'objets divers, de vases variés par leurs formes et leur substance ; les révélations de mœurs spéciales, connues d'ailleurs : voilà quelques-uns des points de repère qui aident les investigateurs attentifs et patients à se reconnaître. L'archéologie est science minutieuse ; elle marche avec lenteur et circonspection,' mais elle ne va pas en aveugle. Cet aperçu peut suffire au public pour se rendre compte r/rasso modo des moyens employés pour classer les monuments que nous allons étudier. »
L'histoire des arts a longtemps offert une lacune de plusieurs siècles, entre les dernières productions du paganisme, encore tout imprégnées de la grâce classique, et les premières manifestations du christianisme, déjà byzantines par la conception et l'allure. Cette lacune a été comblée par l'exploration des catacombes. Il en est ressorti, une fois de plus, que l'art, comme la religion, la politique ou l'histoire naturelle, ne se transforme point par brusque révolution, mais que, dans ses périodes de décadence aussi bien que d'épanouissement, il procède toujours par d'insensibles gradations.
On a cru longtemps que l'art chrétien s'était formé tout d'un coup, dans les basiliques appropriées aux usages de la religion nouvelle, tel qu'il nous apparaît, vers le v^ siècle, en rupture ouverte avec toutes les traditions de l'art classique. Or, les