LES CATACOMBES DE ROME
tations de figures humaines, cette horreur toute sémitique dont l'entrée des gentils dans l'Eglise n seule pu déhanasser le christianisme naissant. Il ne faut donc pas s'étonner si les premières inscriptions authenti({ues fournies par les catacombes datent seulement des années 107 et ill. On n'y lit encore (pi'un nom et une date. Bientôt il s'y joindra un vœu bref et simple : En paix! La paix avec toi! Vis en Dieu! quelquefois avec la mention d'un lien de parenté. A côté de certains noms, des épitaphes renfermant la désignation de prêtre [presbyter] ou de lecteur, on trouve mentionnée la femme d'un presbytre qui repose dans une même tombe avec son mari. — Les premiers symboles se montent sous la forme de l'ancre, qui figure l'espérance, et du poisson, dont le nom grec, îyO'jç, est l'acrostiche de 'Vr^iryj- Xo'-tto; Bîo'j Vlo; StoTY.o. Les deux emblèmes réunis signifient donc : Espérance en Jésus-Christ. Fils de Dieu^ Sauveur.
L'image du Christ est surtout représentée sous les traits du Bon Berger — allégorie que le christianisme n'a pas inventée, puisqu'on la retrouve sur certains tombeaux païens, mais dont il a fait une application spéciale au Christ rapportant au bercail la brebis égarée. — Dès cette époque, on voit l'enfant Jésus sur les genoux de Marie : l'étoile prophétique qui brille au-dessus de l'enfant est désignée de la main par un personnage en qui les catlio- ]i(jues ont vu saint Joseph, et les protestants le prophète Michée.
L'àme des élus est souvent représentée sous les traits d'une orante, c'est-à-dire d'unefemme priant, non les mainsjointes, mais, suivant l'attitude de l'époque, les bras levés au ciel. D'autres fois, on la figure sous la forme d'une colombe. La plus ancienne fresque des catacombes, au dire de M. Roller, qiii la rattache à la première moitié du ii® siècle, est une représentation de la vie future, d'après la parabole de la vigne, où l'on voit des colombes becqueter les raisins d'une vigne, peinte sur la voûte « avec toute l'aisance, la maes/rfa des faiseurs de la meilleure école. » De petits génies enfantins y font la cueillette, — anges ou amours; M. Roller les appelle des petits amours d'anges. — Au caveau de saint Janvier, d'autres fresques, qu'on croit appartenir à la fin du même siècle, reproduisent également des scènes de vendanges et de moissons où de petits génies jouent le rôle d'ouvriers. Si c'est bien là une image de la vie future, il semblerait que les premiers
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chrétiens se la soient représentée quelque peu à la façon des anciens Egyptiens, comme une continuation de l'existence présente, mais sans les déboires ni les maux de la vie terrestre, au milieu d'un éternel été et d'une éternelle jeunesse. M. Roller lui-même (t. I'"', p. 82) ne semble pas éloigné de supposer cette interprétation, qui n'exclut pas, du reste, la croyance à la résurrection des corps.
Une des fresques de Domitilla, qui adonné lieu aux plus vives controverses, montre deux hommes, l'un assis, lautre à demi couché sur un tricliniurn. Au centre du tableau, un trépied supporte de petits objets assez confus, parmi lesquels M. de Rossi a cru distinguer un poisson entouré de ces petits pains sans levain comme en font les Orientaux. De l'autre côté du trépied s'avance un personnage malheureusement assez endommagé parle temps. M. Roller suppose qu'il devait tenir originairement une coupe entre les mains. La plupart des commentateurs ont vu dans cette fresque une représentation de la Gène, et tout fait croire qu'ils ont raison. Mais, de la présence de l'iyO'j; sur le trépied, — si M. de Rossi a bien vu, — résulte-t-il, comme l'ont soutenu certains écrivains orthodoxes, que les convives vont s'y assimiler le corps et le sang de Jésus-Christ, avec la signification théophagique que TEglise devait plus tard attacher à la pratique de la communion? n est probable qu'il s'agissait d'une assimilation au sens figuré, comme on l'entend encore aujourd'hui, quand on parle de se nourrir (des enseignements) du Maître. M. Roller semble penser que, dès cette époque, la célébration de la Cène aurait eu une portée non seulement sacramentelle, mais encore mystique; il insiste, toutefois, sur ce point que l'idée de sacrifice en paraît absente et que rien ne permet d'y supposer la croyance à la présence substantielle du Christ, telle qu'on l'admit plus tard dans les dogmes de la transsubstantiation et même de la consubstantiation.
L'existence de peintures où Ton retrouve les personnages de Daniel, d'Esaïe, de Jonas, de Noé, de Moïse, d'Abraham, montre que, dès lors, les chrétiens possédaient à fond les livres de l'Ancien Testament. Une allusion à l'histoire de Suzanne prouve que les apocryphes n'étaient pas ignorés. En ce qui concerne les Evangiles, il est évident que les synoptiques étaient connus dès la première partie du ii^ siècle. Quant à l'Evangile de Jean,
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M. Roller incline à admettre « (ju'il était tovit au moins populaire dès le milieu du ii*^ siècle, et (ju'il Tétait suiïisamment pour avoir aidé à la création de toute une symb()lir|ue artistique. » — L'assertion est indiscutable pour ce (jui concerne le iif siècle. On trouve, en eiFet, dans les peintures de cette épo({ue, la reproduction exacte du repas après la pî^che miraculeuse, tel qu'il est décrit au dernier chapitre du (piatrième Evan<^ile, outre diverses représentations de la Samaritaine et du paralytique. Mais pour le 11^ siècle, M. Roller est réduit à n'appuyer sa thèse que sur des présomptions, telles que l'apparition d'une colombe au baptême du Christ, — l'existence d'une corbeille de pains placée au-dessus de YiyHj^^ — le fait que, dans la parabole de la vigne, au cimetière de Domitilla, les sarments partent d'un seul cep, et que, dans les représentations du Bon Pasteur, « les brebis regardent leur berger et semblent l'écouter. » Ces détails peuvent parfaitement s'expliquer par le symbolisme des Evangiles synoptiques et, en tout cas, ils ne peuvent prévaloir contre l'argument que ni le Pasteur d'Hermas, ni les Homélies Clémentines, ni Justin Martyr (-[- 166), en un mot, aucun des premiers apologistes chrétiens ne font encore mention du quatrième Evangile. Justin Martyr, toutefois, en popularisant la doctrine du Verbe, avait préparé le terrain au quatrième évangéliste, dont l'œuvre semble avoir été acceptée, aussitôt que connue, dans l'Eglise de Rome, comme en témoignent les écrits d'Irénée dans le dernier quart du siècle.
On voit combien les croyances de l'Eglise différaient, au 11*' siècle, de ce qu'elles sont devenues dans la suite. Par quelles étapes a passé leur évolution? Pour l'apprendre, nous n'avons qu'à suivre fidèlement M. Roller.
Au ni'' siècle, on trouve des épitaphes d'évéques ; mais les évêques de Rome ne portent pas encore sur leurs tombes la désignation de pape. Les précédents symboles se développent. L'iyG'j; prend la forme du dauphin — l'ami del'homme ; — il porte la barque de l'Eglise ; il se suspend au trident comme à une
1. Le baptême du Christ et rî/ôu? avec la corbeille se trouvent parmi les fresques du caveau de saint Janvier. Or, \L UoUer, reconnaît que celles-ci appartiennent à la fin plutôt qu'au commencement du ii* siècle (t. I", p. 97).
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croix. La croix ello-mêmo commence à se montrer, mais encore dissimulée dans lancre, le trident et l'armature des navires. Le symbolisme se compli(|uo, et ses dilTérentes allégories se rattachent les unes aux autres, .\insi l'on voit l'eau, que la verge miraculeuse de Moïse a fait jaillir du rocher, former le fleuve spirituel où le pécheur d'hommes prend les âmes au filet, où les néophytes sont baptisés et où le paralytique se guérit ; elle sort du puits de Jacob pour désaltérer les hommes ; elle devient une mer où flotte l'arche de Noé, dans laquelle 1 humanité a reçu le baptême des eaux. Quant à la Cène, elle est figurée par le sacrifice d'Abraham et la bénédiction des aliments, ainsi que par de nombreuses représentations d'agapes. Enfin, les vœux en faveur des morts deviennent des véritables prières. On commence a olTrir des actions de grâce jjour les défunts.
Au IV*' siècle, le sentiment de communion entre les vivants et les morts s'est encore accentué. On attend une heureuse influence de leur intercession, comme en témoignent ces fréquentes formules : Demande pour fol...; sois fnvorahle à...; aie en souvenir
dans tes prières Les pèlerinages aux tombeaux des martyrs
sont entrés dans les mœurs. On célèbre des services commémoratifs dans les caveaux transformés en chapelles. La table des sépulcres est utilisée comme autel pour prati([uer la communion; l'agneau y remplace parfois F'/yGuc; on y mêle l'eau au vin et les fidèles y assistent assis au lieu de couchés.
La hiérarchie ecclésiastique s'accentue. La chaise cathédrale est l'attribut de l'évèque. Lépithète d'unévéque de Rome, en le désignant comme évêque, ajoute pourtant le titre papa; mais au sens purement affectueux. — Ce n'est plus seulement la personne humaine de Jésus que le sculpteur montre accomplissant des miracles, mais le Christ glorifié au Ciel après l'ascension. Pierre ou Paul reçoit d%. sa main le livre de vie, ou bien le Christ enseigne les fidèles, assis sur la Cathedra des docteurs et parfois vêtu en philosophe païen. Les apôtres se groupent autour de Jésus, sans qu'aucun d'eux obtienne encore la prééminence ou même un rôle spécial. Cependant Pierre et Paul sont souvent mis à part, sur un pied d'égalité vis-à-vis l'un de l'autre. — Le nimbe apparaît sur la tête du Christ avant la fin de ce siècle. La croix se montre à l'état isolé ; mais elle se dissimule encore