LES CATACOMBES DE ROME 5Î
sous le monoo^rammo du Glirist, ou bien elle affecte In forme de cette croix gammée qu'on trouve déjà sur des monuments de rinde ancienne et où certains auteurs ont vu l'emblème de 1/2rani, la pièce de bois d'oii les brahmanes faisaient sortir par friction l'étincelle sacrée.
Au v^ siècle, la croix s'afïîrme nettement dans sa forme actuelle. L'auréole s'étend à la tête des saints. Le rôle spirituel de Pierre est agrandi ; on le considère comme l'héritier de Moïse et le substitut du Christ, chargé de faire jaillir de la roche l'eau qui baptise et qui vivifie. « Tout s'altère à la fois : le culte, la doctrine et l'art. » Ln anthropomorphisme grossier fait même apparaître une représentation de la Trinité consistant en trois personnages barbus, assez semblables l'un à l'autre, sauf que Dieu le Père est assis dans une cathedra. L'artiste les a représentés au moment où ils viennent de créer Eve avec une côte du corps d'Adam.
Au vi'^ et au vu*^ siècle, nous sommes déjà en plein byzantinisme. La désignation de S. C. S. [sanctus) accompagne les images des saints. Le culte des reliques s'étend même à leur représentation. Le Christ porte l'auréole à rayons cruciformes.
Au vni'^ et au ix*^ siècle, papes etsaints semblent être sur un pied d'égalité. Toutefois, les premiers ne sont encore désignés que comme papes romains [papus î^omanus). Le crucifix a fait son apparition, mais en dehors des catacombes proprement dites. L'Assomption de la Vierge trouve sa première expression dans la peinture murale .
Ici s'arrête la tâche de M. Roller. L'histoire du christianisme va sortir des catacombes; c'est au grand jour, dans les églises et et sur les monuments publics, qu'on devra suivre désormais le cours de ses destinées. En même temps que les formes de l'art reliofieux accentuent leur retour aux ébauches d'une barbarie enfantine, l'esprit qui les inspire achève de s'altérer et de s'obscurcir. Dans les catacombes, on ne découvre que des symboles de joie et d'espérance; le drame du Golgotha en est exclu; on n'y trouve, en pleine persécution, d'autres allusions aux soutfrances des martyrs que l'allégorie de Daniel dans la fosse aux lions et des trois jeunes gens dans la fournaise; pas une image de l'enfer ou même du jugement dernier, sauf un bas-reliet où
r,0 ARCIlKOLOr.IE ET HISTOIRE RELIGIEISES
Ion voit le Christ séparant les boucs des brebis; encore est-il des derniers temps. Mais, à partir du ix* siècle, quand le christianisme a désappris le chemin des catacombes, 1 imap^ination en semble plus se phiire ([ue djuis les larmes et les sujiplices. Le crucitix sanj^^lant et décharné détrône partout le Bon Pasteur qui sourit à ses brebis. Au lieu des prémisses de la terre, on a pour motif de décoration, des instruments de torture et des tètes de morts; au lieu dorantes, les bras levés au ciel, des cénobites prosternés parmi les ossements; au lieu de colombes qui volti^^ent dans la viorne du Seigneur, des martyrs rendant Tàme dans d'effrovables tourments; au lieu de génies qui font la moisson, des démons qui torturent les damnés. Alors ([ue, chez les premiers chrétiens, l'idée de la résurrection prochaine semblait n'exciteiqu'un sentiment d'impatience et d'allégresse, l'approche du millcnium vient encore accroître ce terrorisme, qui se traduira finalement dans les atrocités de l'Inquisition et qui, jusqu'à la Renaissance, pèsera, comme im cauchemar, sur toute la chrétienté occidentale. Ce n'est pas la première fois que le monde a assisté à un pareil assombrissement de l'horizon religieux. L'histoire de l'ancienne Egvpte oiFre un phénomène analogue, si l'on compare les peintures tombales du Nouvel Empire avec celles du Moyen. Dans une récente livraison de la Revue des Deux-Mondes, M. Gaston Boissier faisait ressortir, à propos des tombes étrusques découvertes à Corneto, que les plus anciennes représentent exclusivement ce qui donnait du prix à la vie, — des banquets, des jeux, des danses, des chasses, des épisodes d'intérieur, — alors que plus tard on préférera les scènes fantastiques et lugubres, les représentations du Tartare et les images de démons à la j^hysionomie grotesque et repoussante. Il ne faudrait pas néanmoins généraliser cette tendance du développement religieux, car l'histoire d'autres cultes, tels que le paganisme et même le judaïsme, offrent une évolution en sens tout opposé.
On voit clairement par cette étude, combien il est erroné de représenter les premiers chrétiens comme des philosophes ou des