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ARCHEOLOGIE DE LA CROLX 75
été tracée ou utilisée, partout où on lui a attribué une signiliydation .symbolic|ue, qu'elle constitue invariablement (sauf l'exception (lu sauvastika , quand on distingue les deux formes de la croix gammée, mais c'est ici une exception qui confirme la règle) un signe de bonne augure, de propitiation et de bénédiction, voire un emblème de prospérité, de vie. de salut. — Mais d'où lui .vient cette fonction générale de porte-bonheur et de talisman? \ Il n'existe ^pas de signe symbolique dont la signification ait donné lieu à des interprétations aussi variées. On a voulu y voir tour à tour : l'eau courante (Waring) ; l'air ou le dieu de l'air (R . P. Greg) ; le feu ou l'ignitérébrateur (Emile Burnouf) ; l'éclair (W. Schwartz) ; le sexe féminin (George BirdAvood) ; l'union des deux sexes (J. Hofîman) ; un monogramme /)a/i (G*' Gunningham) : la réunion des quatre castes de l'Inde (Fréd. Pincott) ; l'argonaute ou poulpe (grec TcoÀ'j-o'j;') ; cf. le fjflfot (Frédéric Houssaye); des grues qui volent (Karl von den Steinen) ; le dieu primitif des Indo- Européens (de Zmigrodski) ; — enfin le soleil en sa course circulaire (Ludwig Muller, Percy Gardner, Edw. B. Thomas. Max MuUer, Henri Gaidoz, Goblet d'AlviellaM-
On peut même soutenir, en s'appuyant sur les monuments, qu'après avoir symbolisé le soleil en mouvement, la croix gammée a pu devenir un symbole du mouvement astronomique en général, appliqué à la lune, aux astres, au ciel lui-même, peut-être à tout ce qui paraît se mouvoir de soi-même : l'eau, le vent, la foudre le feu, etc. Elle est ainsi devenue aisément un symbole de prospérité, de fécondité, de bénédiction ou bien l'attribut des divinités (jui assuraient le développement de l'homme et de la nature.
La croix gammée a-t-elle un bercejiu' unique ? Les deux plus anciens habitats connus de la croix gammée sont, l'un, dans la cité brûlée des fouilles d'Hissarlik; l'autre, parmi les tcrramaj'es de l'Italie septentrionale. Il est possible que ces régions l'aient reçue toutes deux de la vallée du Danube, pendant l'âge du bronze. De ces deux centres, elle a pu se propager, en conservant sa double sionification de svmbole solaire et de siorne de vie OU de bénédiction, d'une part vers l'ouest, jusqu'aux extrémités du monde celtique et germanique, d'autre part vers l'est, en
I. Cioni.KT i>'Ai.viEi.LA, Miç/ralion des Symboles, pp. (i:2-8-.
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passant par le Caucase, l'Inde, la Chine et le Japon. — La croix ^i^ammée du Nouveau Monde a-t-elle une origine indépendante ? 11 n'est nullement inadmissible ([u'elle se soit formée spontanément. Cependant la solution de cette question dépend un peu du point de savoir si des infiltrationsde l'iconographie asiatique ne se sont pas produites à travers l'océan dans la culture précolombienne. Or ce problème semble encore loin d'être tranché.
B) De la Croix chrétienne.
La croix des chrétiens est le TTa-jooç, le Ugnum infclix, le poteau de bois, surmonté d'une traverse, sur lequel les Romains, à la suite des Grecs et des Orientaux, clouaient ou attachaient jusqu'à la mort certaines catégories de condamnés. Le supplice de Jésus a fait de cette imao:e infamante un svmbole de résurrection et de salut. « Je n'ai pas voulu savoir autre chose que Jésus, » écrit l'apotre Paul, « et Jésus crucifié » (I Corinth. 11,2). — Les premiers chrétiens voyaient la croix dans tousles entre-croisements de lignes que leur offraient la vie usuelle, l'art et la nature. Le siorne de la croix était leur svmbole favori : « A chaque pas, à chaque mouvement, à chaque entrée et à chaque sortie, — écrivait Tertullien* — en nous habillant, en nous chaussant, au bain, à table, le soir, couchés ou assis, et, quelque attitude que nous prenions, nous marquons nos fronts d'un petit siffne de croix. » Aussi les chrétiens devaient-ils se défendre visà-vis des païens d'adorer la croix comme une idole : « Cruccs non colimus, ncc optamus, » écrivait Minutius Félix. — Il est toutefois manifeste que la masse des chrétiens attachaient à ce signe une valeur magique. Tout au moins en faisaient-ils un procédé d'exorcisme, un moyen d'écarter les esprits immondes.
Une des plus anciennes croix portatives, trouvée dans une sépulture chrétienne de Rome, porte l'inscription suivante : Crux est vita mihi; mors, inimicè, tihi, « La croix est la vie pour moi: pour toi, ennemi (le diable), elle est la mort. » Bientôt la croix en vint à accomplir des miracles par elle-même. On allait jus-