P. Didron, Hisluire de Dieu, Paris, \iii6, p. ool
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duiiv ilans leur icono^'rapliic. Poiidaiil K\s trois premiers siècles, (à une exception près : la croix équilatérale gravée dans une inscription funéraire que de Hossi croit pouvoir attribuer à la fin du M'" ou au commencement du m'" siècle), la croix du Christ se dissimule invariablement sous la forme d'un objet qui en rappelle l'image : un trident, une ancre, un navire avec ses agrès — ou encore les variétés de croix déjà utilisées par d'autres cultes, la croix potencée et la croix gammée (fig. 42^. — La croix potencée,
(RoLLEU, Les Calitconibt's de Home, vol. I, pi. XIX, n<" » et 11.
suivant certains archéologues, serait, du reste, la forme qui rappelle le plus l'instrument de la crucifixion employé chez les Romains. •
A la iin du iii^' siècle, les chrétiens désignaient Jésus-Christ par un monogramme formé à l'aide des deux premières lettres de son nom V/\'70\)^ Xzii'zôq ^ ou XPlo-to;' ^. L'adjonction d'une barre transversale ^ ^ permet d'y voir la croix ou,
mieux encore, le Christ sur la croix, surtout lorsque, par une simplification ultérieure, le chrisme devint le sigle placé par Constantin au sommet de ses étendards pour figurer le labariiin -f . D'ailleurs la croix latine se montre déjà sur certaines monnaies de Constantin; il est vrai que, fidèle à sa politi(|ue d éclectisme religieux, cet empereur n'éprouve aucune répugnance à se laisser représenter sur les mêmes pièces en dieu Mars ou Apollon. Julien supprima naturellement croix et chrisme. Mais, après lui, la croix prend définitivement place sur les monnaies et jusque dans le diadème impérial. En même temps, elle safïîrme sous sa forme propre dans les inscriptions funéraires, sur les autels, les reliquaires, les lampes, les bijoux, jusque sur es façades des maisons et au sommet des basiliques où elle rem-
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place le monogramme; bientôt même elle fournira le plan linéaire des églises. Au v'' siècle, l'emploi di\ la croix potencée se fait rare, sauf dans les pays celtiques où elle persiste parmi les inscriptions. De même, la croix gammée napparaît plus que sporadiquement, dans l'ouest et le nord de l'Europe, sur des pierres tombales et des vêtements Sacerdotaux.
La croix dite latine et la croix équilatérale furent d'abord employées indistinctement; c'est peu à peu (jue l'usage de la croix équilatérale se spécialisa en Orient ; celui de la croix à branches inégales en Occident. Quant aux crucifix, c'est-à-dire aux croix sur lesquelles est cloué le corps de Jésus, ils n'apparaissent qu'au Yu^ siècle ; l'art du moyen âge ne tardera pas à en exagérer encore le réalisme. Mais, en même temps, on distingue entre la croix de la Passion qu'accompagnent tous les instruments du supplice et la croix de la Résurrection avec lacpielle Jésus monta au ciel. La première est peinte tantôt en vert, parce (pi'elle a été taillée dans un arbre ; tantôt en rouge, parce qu'elle a été teinte du sang du Christ. La seconde est peinte, tantôt en bleu, couleur du ciel ; tantôt en blanc, comme symbole de la divinité invisible. C'est cette dernière qu'on porte en tête des processions. Lacroix devint dans l'église un symbole hiérarchique. Ainsi le pape a le privilège de faire porter devant lui une croix à trois traverses, alors que les cardinaux et les archevêques doivent se contenter de deux traverses; les évêques d'une seule.
Enfin la croix a servi aussi, dans le haut moyen âge, à symboliser certains droits populaires. Telles furent les croix de marché en Allemagne, qui impliquaient le WeiclihildrecJit . Les Perrons, ou croix montées sur une colonne étaient regardés, dans certaines villes de Belgique et de France, comme un emblème de juridiction et même comme le palladium des libertés locales. Quand Charles le Téméraire voulut punir les Liégeois de leur révolte, il enleva leur Perron qu'il transporta pour dix ans dans la ville de Bruges. Pendant plusieurs siècles, « prendre la croix » signifia se vouer à combattre les Infidèles. De là les Ordres de chevalerie et les croix honorifi(j[ues dont l'attribution n'a plus aujourd'hui rien de religieux.
Après ce qui vient d'être dit, il est inutile de s'arrêter aux théories, anciennes ou modernes; les unes cpii prétendent attri-
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buer a la croix chrétienne une origine païenne, parce que des cultes antérieurs ont possédé des signes cruciformes dans leur symbolique; les autres, (|ui veulent trouver dans les croix antérieures au christianisme des préfigurations |)rophéti{jues de la crucifixion. Nous ne pouvons (jue renvoyer à leurs défenseurs respectifs : limite Burnouf, Gabriel de Moutillet, Ri:v. Moluam Brock, Tabbé A^SALLT. etc.
Références.
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Sur la croix gammée ou Sœastika :
Lud. Ml'ller, Der saakaldte Hagekors, Gopenliague. 1877 : — Kdw. Thomas. The Indian Swastika and its ivestern counterparts dans la Numismatic Chronicle, 1880; — R. P. Greg. The Fylfot and the Sivastika dans Archseologia, 1885: — G. Dlmoutier. Le Sicastika et la Roue solaire en Chine dans la Revue d ethnographie, Paris, 1885: — Goblet d'AcviELLA. De la croix gammée ou Sicastika dans les Bulletins de U Académie royale de Belgique, 1889; — Daniel G. Brinton. The Ka-ti, the Swastika and the Cross dans les Proceedings of the American Philosophical society ,
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1889; — Alexandre Bl:rtrand, La Religion des Gaulois, Paris, 'J897, pp. 140 à 184. — Un archéologue gallicien, M. de Z.MiGRODSKY, a laborieusement rassemblé tous les exemples connus de croix gammées, dans ses publications Geschichle cler Swastika (Brunswick, 1890) et Przeglad Archeologi (Gracovie, 1902), — La littérature du sujet est si abondante que Thomas WiLSON mentionne 114 volumes ou essais consacrés à ce svmbole, sans compter son propre volume The Sicastîka (Washington, 1906).