‹ Croyances, rites, institutionsChapitre 5 sur 132 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

rétude comparée des Religions, comme à la fois anliscientifique et anti-religieuse, on commence à en accueillir les méthodes, dans Fespoir ou plutôt avec la conviction de n'y rien trouver en contradiction avec les données de la foi. Un écrivain, aussi peu suspect de tendresse pour nos conclusions générales que Mgr Le Roy, déclarait récemment, au début de son volume sur la Religion des Primitif s : (( Kn tout cas, poui' les uns comme pour les autres, amis et ennemis, la science de Thistoire des Religions est née ; il faut se résoudre à regarder en face les problèmes qu'elle soulève. » — De son côté;, Tauteur d'une étude très fouillée et très suggestive, publiée en 1910 parla revue Anihropos, sur l'emploi de la méthode comparative, le père IL Pinard, n'hésite pas à écrire : << La méthode comparative est, dans ces études, d'un usage fréquent Sa légitimité, en général, est hors de conteste. Il suffit de savoir que, partout ailleurs, elle a une valeur hors de pair, pour être en droit d'affirmer que, dans les limites d'un usage vraiment ci'itique, elle peut avoir en matière religieuse un rôle et un succès

pareil Rien de plus nécessaire, si l'on veut, comme on

en a le droit dans le sujet qui nous occupe, essayer d'étudier, non plus telle forme du sentiment religieux, mais le sentiment religieux en lui-même, et les lois générales de ses manifestations. »

Quelles sont les causes de ce revirement dont ne suffisent à rendre compte ni la vogue croissante des éludes comparées, ni la ténacité de ceux qui n'ont cessé de faire ressortir les avantages de la méthode comparative dans riiistoire de la Iveligion, ni même, chez certains, la préoccupation de sauvegarder le prestige de l'apologétique ?

Si l'histoire comparée des Religions a Uni par s imposer, c'est parce que, contrairement aux prédictions de ses pre-

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miers critiques et peut-être aussi aux errements trop réels d'un long passé, elle a sn. grâce à Temploi d'une méthode rigoureuse, maintenir son indépendance vis-à-vis de brillantes et passagères synthèses qui ont respectivement entrepris d'accaparer son domaine au nom de la dialectique, de la philologie, de l'anthropologie, de la sociologie, etc., mais qui reposaient sur une vue trop partielle des phénomènes religieux. Aussi a-t-elle survécu au déclin de ces systèmes, tout en senrichissanl des éléments nouveaux que chacun d'eux avait réussi à mettre en lumière.

C'est cette méthode que je n'ai cessé de pratiquer, à l'exemple des trois savants qui ont successivement occupé, dans le Collège de France, la chaire d'histoire générale des Religions et à la suite de l'éminent anthropologue qui, par son ouvrage classique. Primitive Culture, a tant contribué à lancer l'histoire comparée des Religions dans sa véritable voie, Edward B. Tylor.

On ne pourrait trop y insister : l'objet essentiel de l'histoire des Religions n'est pas de se prononcer sur la validité ou sur la valeur des croyances, mais bien de rechercher comment elles se sont formées. Ainsi que le déclarait naguère dans la Revue d'Apologétique pratique (lo octobre 1908), M. le professeur Louis de la A\allée Poussin : (( Il faut considérer la recherche historique comme autonome dans son domaine propre, ou bien il n'y a pas d'histoire, mais des plaidoyers chrétiens, bouddhistes, spinozistes ou révolutionnaires. » — Sur ce point il y a accord. Reste à savoir si, parmi les facteurs de l'histoire, il y a lieu d'admettre des causes soustraites à 1 action des lois naturelles. On ne doit pas se dissimuler l'importance de la question , car, une fois la suspension de ces lois admise sur un point, le surnaturel devient admissible par-

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tout, et c'est lui-même (jui fixera la limite de ses interventions. Des théologiens onl soutenu que, là où le surnaturel est en possession, c'est à nous de le déloger par des raisons probantes et ils ajoutent qu'il n'en existe point. Nous répondons qu'au contraire c est à eux de nous fournir les preuves décisives de son action et que jusque-là nous aNons le droit de le regarder comme inopérant ou du moins comme explicable par des causes conformes à l'ordre de la nature. Il y a des écrivains orthodoxes qui en conviennent plus ou moins explicitement et sur ce terrain, qui est celui des faits, nous pouvons nous rencontrer. Quant à la question de principe, elle ressort plutôt au domaine de la théologie, de la philosophie, tout au moins de Thiérosophie. L'histoire descriptive des Religions n'a à s'occuper du surnaturel que comme objet de croyance.

Peut-on en dire autant de l'histoire comparée des Religions ?

J'ai été maintes fois attaqué — et non sans véhémence — pour avoir soutenu que le sentiment religieux a dû débuter sous des formes très rudimentaires et que, si on veut retrouver ces formes, il faut s'adresser de préférence aux croyances des sauvages. Il y a quelque vingt-cinq ans, un bouillant abbé, qui occupe encore avec distinction la chaire de sanscrit et de grammaire comparée dans une grande Université catholique, informa à ce propos les lecteurs de la Revue générale (livraison de mai t88()) que mon impartialité était « une pose » et mon seul but « l'accomplissement d'un programme électoral ! » Or tous les écrivains ecclésiastiques qui, dans les derniers temps, ont disserté sur le sujet, reconnaissent avec Mgr Le Roy, que si les « primitifs » ne représentent pas exactement l'humanité, telle qu'elle fut à son origine, ce sont eux néanmoins qui. de tous

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