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Diclionnnire du mobilier français, l. I\', au mot Peigne

2. M. Cattaiico croit que ces tètes appartiennent à des lions; sa propre j?ravure donne plutôt l'impression de têtes de bélier.

LE PEIGNE LlTLHGIQl'E DE SAINT LOI 1* .S'J

de Cividalo, de Torcello, etc., et on la retrouve, plus tard, dans le tympan de l'église de Marigny^ (fig. 4G).

La ranii'ée de ogresses dents est enchâssée dans une monture en argent, ornée de sept pierres fines dont trois ont disparu. Les pierres, encadrées de iiligrane, sont séparées par une sorte de nœud qui affecte la forme d'un S. Ce travail de joaillerie est indépendant delà sculpture comme de l'inscription, liien ne s'oppose à ce ([u'il soit très ancien; néanmoins on peut supposer qu'il remonte à l'époque où, devenu trop sacré pour être utilisé couramment, le peigne reçut son inscription dédicatoire et fut déposé dans le trésor de l'église métropolitaine.

Le côté que reproduit la photographie et que je viens de décrire représente ce qu'on peut appeller \q droit du peigne. Quant à l'autre face, Yavcrs, elle est absolument identique, sauf que linscription manque. #

L'arbre paradisiaque.

Reste à tenter l'explication de tout ce décor. Je crois bon xle rappeller ici ce que le thème de l'arbre sacré entre ses acolytes a dû représenter à ses origines dans la lointaine Chaldée. C'est l'arbre de l'LTnivers. Ses racines figurent l'abîme souterrain ; ses branches, la terre ; sa cime, le ciel. De son feuillage découlent les eaux fécondantes c[ui en font un arbre de vie. Dans sa ramure retentissent des voix prophéti{[ues ([ui annoncent la volonté des dieux et qui en font un arbre de science. Sur ses branches se ])alancent des fruits merveilleux qui sont le soleil, la lune et les cinq planètes; il devient ainsi un luminaire à sept branches. Des êtres de diverse nature se disputent ses précieux produits, et ces luttes incessantes se traduisent en mythes qui reflètent les croyances de l'époque sur les origines de l'univers, de l'humanité et de la civilisation, sur la fonction des dieux et la destinée des âmes.

On peut se demander si cette mythologie l'end bien la première

1. Le caraclcrc oriental de l'image sculptée sur le peiyue de saint Loup ne pouvait manquer de frapper Tattcntion d'un archéologue aussi expérimenté que M. Cahier; toutefois, il se contente de rappeler, à ce propos, les pyrées que l'art i>ersan place entre deux monstres et que l'importation d'étoiles orientales popularisa, en Europe, à {partir du ix" siècle [Nouveaux Mélanges d'archéologie. t. II, p. G()).

iKi AKciiKoi.oc.ii: rr iiisroini: ni:Li(iii£USES

idée que Thomme se soit lai le du cosmos et s'il ne lauJrait pas accorder une aiiti({uité au moins ég-ale à une notion, moins poétique, mais plus naturelle, (pi'oii découvre é^'alement dans les plus anciens docunuMits de la Clialdée : lui couvercle étoile pivotant autoiu" d'une monta*»'ne située dans le nord. Peut-être l'arbre t'ournit-il sinq)lement une inui*»'e, et ceux (|ui la créèrent ou la reçurent furent-ils, comme il arrive souvent, dupes de leurs ])ropres métaphores'. Ainsi s'expliquerait que ce symbole se soit perpétué, pour ainsi dire, jusqu à nos jouis, piuini les ti'aditions m vt biques comme parmi les représentations ligurées, malgré toutes les modifications introduites dans la conception de Tunivers.

En tout cas, il y a là, assurément, une cosmogonie très naïve, très ancienne, et la première question à se poser c'est si les images symboliques (jui s'y rapportent ont conservé, au cours de leur transmission, la même signification ou une signification analogue. Pour avoir le droit de supposer (jue des images ou des signes ont gardé leur acception, en passant d'un milieu dans un autre, il faut d'abord s'assurer si leur point d'arrivée olYre des traditions, écrites ou orales, qui puissent se rattacher aux mythes dont ils sont l'expression à leur point de départ.

Que symbolise l'arbre parmi les populations chrétiennes du moyen âge ? Il y a, en premier lieu, les passages de la Bible qui placent, dans l'Eden, l'arbre de la vie, gardé par deux chérubins, et l'arbre de la science, où s'enroule le serpent qui séduisit le premier couple humain. L'arbre de la vie est fréquemment rapproché de la croix du Christ, et, de fait, nous voyons la croix tantôt assumer la forme d'un arbuste, tantôt se substituer à la tige sacrée entre les deux créatures affrontées. Parfois l'arbre symbolise le Christ : Jésus lui-même se compare à un cep dont Dieu est le vigneron et dont les hommes sont les sarments (Jean, XV, 1). Toutefois la fonction la plus fréquente de l'arbre est de figurer le séjour des Elus, la Jérusalem céleste. Dans la parabole du grain de sénevé, le Royaume du Ciel devient « un arbre où poussent de grandes branches, qui domine les autres plantes et sous

1. Suivant M. Sayce, ce seraicul bion là deux traditions distinctes : le s^-stème de l'arbre cosmojronique aurait prévalu dans le sanctuaire d'Eridou: celui de la montagne du monde dans le centre théosophique de Nipour {Ftelif/ion of llie Hiicient Bal)yloninns. Londres. 1887 .

LE PEIGNE LITIHGKJLE DE SAINT LOIP !)1

l'ombre duquel habitent les oiseaux. » (Marc, V, 32.) Accessoirement, il symbolise les Justes qui jouissent de ce séjour ut, sur les monuments funéraires, il est un emblème de résurrection'.

D'autre part, il faut tenir compte des nombreuses traditions populaires qui continuaient à propager les légendes d'arbres merveilleux révélant l'avenir ou portant des fruits d'or et gardés par des dragons'. Sans doute on n'en était plus aux théories cosmogoniques qui s'enseignaient, cinq ou six mille ans avant notre ère, dans les sanctuaires de Babel et d'Eridou. Cependant, grâce aux ressources, en quelque sorte inépuisables, du symbolisme, l'antique image de l'arbre cosmogonique restait toujours vivante, pour servir d'expression à des légendes ou à des doctrines désormais indépendantes des conceptions sur la structure de l'univers. Bien plus, ce qui nous arrête, dans nos tentatives d'interprétation, c'est en réalité, l'embarras du choix entre les traditions du moyen âge qui pourraient s'accommoder de ce thème symbolique, là surtout où nous manquons de détails complémentaires qui viennent, en quelque sorte, souligner l'intention de l'imagier.

Parmi les détails accessoires qui reparaissent le plus fréquemment dans le thème traditionnel de l'arbre paradisiaque, j 'ai signalé naguère la présence souvent inexplicable d'une paire de volutes qui figurent tantôt des branches ou des pétales tantôt des cornes arrondies \ Depuis lors, un botaniste anglais, M. Bonavia, a publié un volume intitulé : The Flora of Assyrian monuments^ où il démontre que ces projections symboliques sont bien des cornes, et il en attribue la présence, dans la représentation de la plante sacrée, aux cornes d'animaux qu'on suspendait aux arbres, — particulièrement les arbres de rapport, tels que les palmiers, — en vue d'écarter le mauvais œil et de favoriser la récolte*. De mon côté, j'y verrai plutôt une allusion à l'habitude

1. (( Les arbres ornés de leurs feuilles, écrit M. l'abbé Martigny. de quelque nature qu'ils soient, ont la signification générale de désigner le paradis, c'est-àdire la félicité éternelle où les Justes sont admis. » Dictionnaire des untiqiiités chrétiennes, au mot Arbre.

2. Je ne puis ici que renvoyer aux ouvrages de Mannhardt, Gubernatis, Frazer. Lethaby, etc., ainsi qu'aux recueils de folk-lore. — Il paraît que les cabalistcs symbolisent le ciel par un arbre.

3. Bull, de l'Acad. roy. de Belgique. 3* sér., t. XXIV, p. 635.

4. E. Bonavia, The Flora of Assyrian monuments and ils outcome, Westminster, 1894, pp. L31 et suiv.

02 ARCHEOLOGIK KT HISTOIHK lŒLIGIEUSES

de placer, sur les branches des arbres qu'on vénérait pour une raison (|uelconquc, la tète des animaux immolés comme olVrandes et mangés dans les banquets sacrilîcatoires. Les volutes des arbres sacrés auraient donc leur origine dans une représentation de hiicrancs et quelquefois, si on veut bien me passer le néologisme, (le criocrancs.

Le peigne de saint Loup nous olVre, sur Timage de l'arbre, mieux (ju'une paire de cornes : la tête même du bélier, comme si le sculpteur avait voulu revenir à la donnée originaire. Ici, néanmoins, l'objet n'est pas suspendu comme le serait un ex volo : c'est bien la tète d'un animal vivant ({ui mordille l'extrémité de la tige, et l'absence de corps ne doit pas nous surprendre dans une sculpture du moyen âge ; elle ne peut qu'accentuer l'intention de l'artiste : ce bélier n'appartient plus au monde des créatures en chair et en os ; c'est un habitant des pays extra-terrestres.

Dans l'iconographie chrétienne, le bélier — (ju'il ne faut pas confondre avec le bouc, toujours en mauvaise odeur — se présente comme un substitut de l'agneau. «C'était, dit M. l'abbé Martigny, une pratique reçue dans TEglise primitive, de mettre quelquefois le bélier à la place de l'agneau'. » Or l'agneau représente soit le Christ, soit le fidèle-. Faudrait-il donc voir dans le bélier du peigne sénonais une allusion au Christ crucifié ou ressucité? Ce symbolisme n'aurait fait que suivre la tradition plastique de la Chaldée et de la Perse, où la divinité est représentée au-dessus de l'arbre paradisiaque par un disque ailé et cornu; celui-ci qui, d'abord, planait au-dessus de l'arbre, Unit même par se souder à la cime, comme je l'ai montré dans un travail antérieure Mais l'autre hypothèse, qui fait du bélier mordant la cime de l'arbre l'image du Juste se nourrissant à l'arbre de vie, ou, mieux encore, de l'Elu qui s'abreuve de félicité éternelle, peut invoquer en sa faveur la popularité dont jouissait l'image du Bon Pasteur qui.

1. Diclionnuire (.les anUifiiités cfiréliennes, au n\olBélier.

2. Le bélier lui niènic ligure parfois directement le Clirist. Saint Aug^ustin, entre autres, considère le bélier d'Abraham, arrêté dans le buisson, comme limaj^e du Clirist couronné d'épines, et saint Ambroise formule celle curieuse assertion (jue le liélier est pris pour le symbole du Verbe, même par ceux qui nient la venue du Messie ^Cité |)ar TIautignv, même passaj^re).

3. Le globe nilé hors de l'Egypte dans les Bill. r>n i.'Ac.vn. nov. i»iî BEi.oiQur:, 1888, Z" sér., t. XVI. ])p. G:Î3 et sniv.

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elle-même, a son prototype dans certaines représentations de rilermès criophorc. Ainsi s'explique également qu'au Baptistère de Cividale, on trouve, dans la cime de 1 arbre, des colombes qui tiennent dans le bec des grappes de raisin. Une vigne, oîi picorent des colombes, était déjà, dans l'iconographie des Gatac )mbes, limage la plus signific.itive du séjour des Elus.

Quant aux lions qui accostent la tige, ils représentaient originairement les deux monstres qui, dans la mythologie chaldéenne, gardent jalousement les portes du ciel. Chez les chrétiens ils ne peuvent figurer, suivant toutes les traditions, que les anges déchus, les mauvais esprits qui ont déclaré la guerre au royaume de Dieu, les infidèles et les gentils qui travaillent à obscurcir la lumière. Mais alors, peut-on se demander, pourquoi sont-ils représentés comme se nourrrissant, eux aussi, de l'arbre céleste? Peut-être le sculpteur a-t-il voulu exprimer ici cette forme particulière de l'arbre de vie, qui, issue d'un vieux symbole astronomique, s'associe, dans l'Apocalypse, à une remar([uable affirmation de charité et d'universalisme religieux : « Sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie qui portait douze fruits, rendant un fruit chaque mois, et les feuilles servaient à la guérison des gentils. Il n'y aura plus d'anathème... il n'y aura plus de nuit, et ils n'auront besoin ni de lampes ni de lumière, parce que le Seigneur les éclairerai »

Le nombre sept.

Je signalerai encore une particuhirité; c est que l'arbre de Sens porte sept rameaux en tenant compte delà tige terminale et des deuxtoutfes qui se dressent aux extrémités des racines. Ce chitlVe n'est pas indiiférent. C'est celui des sept luminaires (jui ornent l'arbre du monde : le soleil, la lune et les cinq planètes connues des Chaldéens. C'est également le chilTre des branches du candélabre mystique, qui, assurément, a pris une acception spirituelle dans la littérature apocalyptique, comme dans le rituel des chrétiens et même des juifs, mais qui n'en témoigne pas moins de ses origines cosmologiques par la fréquence et la facilité avec

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