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Apocalypse, XXII

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lesquelles il prend la place de l'arbre sacré, aussi bien dans l'iconographie otîicielle que dans la tradition populaire.

Le folk-lore de la Perse, de la Phénicie, de 1 Arabie, de la Grèce, de la Scandinavie et de la Finlande, comme celui de l'Inde et de la Chine, — c'est-à-dire de tous les pays où a pénétré directement ou indirectement l'écho de la cosmogonie chaldéenne, — nous parle d'arbres ou de plantes qui portent le soleil, la lune, les étoiles. Une légende russe, reproduite par M. de Gubernatis, décrit un chêne habité par la vierge de l'aurore et gardé par un dragon ; le soleil y circule entre les branches ' . Dans une tradition delà Bohème, relatée par M. Lethaby, un jeune paysan, Hans, voulant rapporter à une princesse le fruit de l'arbre qui porte sa cime au delà des nuages, rencontre, au cours de son ascension le long du tronc, six personnages successifs qui prennent respectivement le nom de : Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, A'endredi et Samedi; au delà, il pénètre dans une cité d'or où mûrit le fruit cherché-. Cet arbre de la semaine est bien l'arbre des sept planètes.

Terrien de La Couperie avait déjà remarqué que l'arbre sacré de la Mésopotamie comportait fréquemment un nombre régulier de branches, notamment le chillre 7, qui est en rapport avec les sept jours de la semaine, par conséquent avec les sept planètes^. Il cite également, à ce propos, la tradition chinoise qui parle de sept arbres merveilleux , croissant sur les pentes des monts Kouen-lun. L'un d'eux, qui était de jade, portait des fruits conférant l'immortalité.

Longtemps avant les cabalistes, Flavius Josèphe reconnaissait que les sept luminaires du candélabre se rapportaient aux sept planètes ^. Dans les églises chrétiennes, le chandelier pascal donne fréquemment à ses sept branches le caractère de rameaux fleuris.

Un de ces candélabres les plus justement célèbres est celui ({ui porte le nom d Arbre de la Vierge dans la cathédrale de Milan. On y trouve, au centre, la Vierge avec l'Enfant; et, au-des-

1. De GiBEHNATis, MyLholoijie des plantes, t. II. p. 18. Paris, 1878.

2. A\'. R. Lethaijy. Arc h {lecture, Mysti'cism and Myth. Londres, 1892, p. 113.

3. Bahijlonian and Oriental Record, juin 1^88. pp. 1 19 à lii!*.

't. Des antiquités judaïques, \iy. III,chap. ^'II, p. 8U de la traduction de Genebrard. Paris. Ibl6. — Cf. Cosmas Indopleustks, dans Charton, Voyageurs anciens. Paris. 1869, t. II. p. 20.

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sous, parmi les rinceaux de feuillage (jui décoreul la hase, une ([uarantaine de figures d'hommes eL danimaux, .iitisLiqucmenl groupés pour représenter des seènes de lAncien et du Nouveau Testament : « Cet ai-hre, écrit Didron, on serait tenté de l'assimiler à celui du Paradis terrestre et de l'appeler larhre de vie ' . »>

On ne peut sempècher, en lisant cette description, de songer à l'arbre céléhré ] ar l'hymne d'Eridou : << Sa racine, de cristal » brillant, s'étend vers labîme licjuide.... Son emplacement est le » lieu central de la terre ; son feuillage sert de couche à la déesse » Zikoum. Au cœur de cette sainte demeure, qui projette son » ombre comme une forêt où nul humain n'a pénétré, là réside la » mère puissante qui passe au travers le ciel; au milieu se trouve )) Tammouz^. »

Déjà, chez les Chaldéens, auxquels les juifs ont vraisemblablement emprunté leur chandelier, l'arbre sacré, dès l'époque la plus archaïque, emprunte parfois la physionomie d un candélabre, au point qu'on ne sait plus s'il s'agit d'une plante ou d'un chandelier (Voir, plus haut, la fig. ii).

L'équivalence de l'arbre et du chandelier s'est d'ailleurs manifestée dans l'art religieux d'autres nations encore, notamment chez les Grecs, les Perses, les Hindous, les Japonais. Aujourd'hui même, comme sir George Bird^vood nous l'apprend à propos d'un chandelier qui se trouve dans la belle collection indienne du Prince de Galles, les candélabres des temples hindous affectent constamment la forme d'un arbre ou d'une plante ^.

Les figures que je viens de commenter dans la décoration du peigne sénonais sont encadrées par une ligne d'oves juxtaposées, qui suit intérieurement le contour de la base et de l'archivolte. Cette frange fait songer aux projections de la gloire qu'on s'attend à rencontrer autoin^ de l'arbre qui illumine le monde.

1. DiDHON, L'arbre de lu Vierge à Milan, dans les An.nales archéologiqi:i;s. t. VII, p. 21G. — Une reproduction en plâtre de ce chef-d'œuvre se trouve nu Musée du Cinquantenaire à Bruxelles (salle des moulages). La même salle renferme la reproduction du chandelier pascal à sept branches de Léau, qui com- Ijinc à la fois le candélabre, la plante et le crucifix.

2. A. -H. Sayce, Religion of iJie âncient Babyloniens. Londres, 1887, p. 238.

3. Indiistrial Arts of India. Londres, 188i, part II, p. 16G.

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Lo chillVe s.^pt se retrouve encore dans le n()nil)re des pierres (jui garnissent la l)ase du déeor. Les sept planètes (|ui eonslitu(Mil les fruits de larbre cc)snii([ue étaient assimilées à des ])ierres précieuses, et cette association, ({ui date de l'astrologie niésopotaniienne, s'est même si profondément ancrée dans Timagination, qu'elle ;i traversé successi^ cMuent l'antiquité classique et le moyen âge chrétien.

(llia({ue lois (jue, au cours de ces deux j)ériodes, on rencontre la mention de sept gemmes, de nature ou de couleur ditTérentes, on peut être certain ({uOn se trouve devant une allusion aux sept grands astres chaldéens et à leur intluence sur les destinées humaines.

Objectera-t-on que ce symbolisme astrologicjue d'origine païenne est assez ditïicile à admettre, quand il s'agit d'un ])eigne destiné à un usage liturgique? Je répondrai que 1 idée d'une influence astrale, s'exerçant à travers les gemmes, pénètre toute la littérature du moyen âge et (pie l'église même avait dû compter avec cette croyance. Jean de Mande ville, dans son Lapidaire, ne nous donne-t-il pas le texte de la formule de bénédiction que le prêtre prononçait à l'église sur les pierres précieuses, pour leur rendre leur vertu disparue ou atl'aiblie' ? Dans son analyse du traité de Genimis, attribué à l'évêcpie Marbode, M. L. Pannier fait observer, à juste titre, qu'en dépit du caractère religieux du moyen âge, quand celui-ci s'occupe d'histoire naturelle, — et, peut-on ajouter, de science astronomi(|ue, — il puise exclusivement ses inspirations dans les ouvrages de l'antiquité classique et orientale, encore tout teintés de spéculations chaldéennes'-. Du reste, que peut signifier, dans l'Apocalypse, l'arbre de vie qui porte douze fruits, un par mois, sinon l'arbre mythique où s'élèvent les douze maisons du soleil; où, tous les soirs, fleurissent les astres; où, chaque mois, une lune nouvelle naît, mûrit et tombe? Peu à peu, le sens métaphysique s'est substitué à la signification purement physique, sans que, pour ainsi dire, il y ait eu changement dans la forme extérieure de

1. Is. DE SoTTO, Le Lupilaire du XI V^ siècle, d'après le trailé de Jean de Mandeville. Vienne, 1862, p. 127.

2. Lapidaires français des Xlb, XIII' et A7\'' siècles, cinquante-deuxième fascicule des publications de l'Ecole des Hautes-Etudes. Préface.

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l'image, ni même rupture dans l'enchaînement des interprétations. C'est toujours l'arbre de l'univers; seulement il est devenu l'arbre du Paradis, symbole d'une vie surhumaine, accessible à tous les esprits de bonne volonté. Un des avantages du symbolisme, c'est (ju'il permet de concilier le progrès des idées avec la continuité du développement religieux et qu'il peut ainsi fournir un lien entre les cultes qui se succèdent. <■< Nous solennisons le dimanche, disait un Père de l'Eglise, non, comme les infidèles, à cause du soleil, mais à cause de celui qui a fait le soleil'. »

La double spirale.

Il me reste à parler d'un symbole qu'on sera peut-être surpris de rencontrer en pareille compagnie. Il s'agit de la double spirale — ou « signe en S, » comme le nomment les archéologues — , qui alterne avec les pierres fines dans le peigne de saint Loup.

La spirale en elle-même n'a rien de forcément symbolique. Le plus souvent, elle n'est qu'un motif d'ornement. Là même où elle devient un signe représentatif, elle se prête à des traductions multiples. Un artiste distingué, qu'on n'accusera pas de timidité en matière d'interprétation symbolique, M. Soldi-Colbert, confesse (jue, si c'est la forme géométrique la plus gracieuse, l'ornement le plus simple, c'est aussi l'écriture symbolique la plus difficile à traduire. « Les spirales, ajoute-t-il, suivant leurs formes et leurs places, sont tour à tour l'image du soleil, du feu, du ciel, l'indice du ^mouvement, l'orage, l'éclair, l'eau, le squelette de la l)lante et de l'homme lui-même-. » — A cette énumération, on pourrait ajouter : les spires de la fleur, les cornes, les tentacules, les trompes et les antennes de certains animaux, la silhouette de l'autruche, les enroulements de l'ammonite, la crosse épiscopale, un hameç'on, le chiffre 2 — et surtout le point d'interrogation : ?.

1. Sai.nt AiGUSTiNj In nnlnlc Domini, dans Mk.m:, l. \', première partie, p. 1.007.

2. La Langue sacrée, 2 vol., Paris, J 897-1899, t. I, p. 4b0. Sans entrer dans la discussion des thèses symboliques de M. Soldi, on doit rendre justice à la patience et à l'érudition avec lesquelles il a consciencieusement reproduit, dans ses deux volumes, plus de onze cents figures se rapportant à certains emblèmes.

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La spirale redoublée, le signe en S, est d'une application plus restreinte. Toutefois, ici encore, la question de savoir si elle se présente avec un caractère de symbole ou d'ornement dépend des circonstances dans lesquelles elle se montre, de la place qu'elle occupe et des images auxquelles elle est associée. En somme, les cas où elle trahit une intention symbolique nettement déterminée restent plus nombreux qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord et, en les groupant, on ne peut se défendre de la conclusion qu'ils se rapportent à un même ordre d'idées.

C'est surtout parmi les populations celtiques que cet emblème a acquis une importance exceptionnelle. On l'y rencontre sur des armes, des bijoux, des monnaies, des amulettes, des vases, des urnes funéraires, des squelettes, des dolmens, des édiculeset des idoles. Ses origines orientales ne sont pas douteuses, car il apparaît déjà sur de nombreux objets appartenant à la civilisation mycénienne. Quelques archéologues ont voulu y reconnaître le ymbole de la marche du soleil sur l'écliptique. D'autres y ont retrouvé l'image du serpent dressé : S — ou rampant :(/)'. — M. Soldi y voit les enroulements du disque solaire, la représentation de l'éther lumineux*. — H y a une quinzaine d'années. Ed. Flouest en fît l'objet d'un mémoire à la Société des antiquaires de France, où il approcha la vérité de très près, en montrant que ce signe « venu d'Orient en Occident, comme la croix gammée ou swastika, à une époque très reculée, » se rattache « aux idées de fécondité et de vitalité'; » seulement il en voyait l'origine dans la petite vrille ou gemmule, qui est « la manifestation première de la vie expansive de la graine, lorsque, échauffée et animée par l'action combinée de la chaleur et de l'humidité du sol, elle brise son enveloppe, disjoint ses cotylédons et laisse échapper le premier élément de la tige qui sera, un jour, plante ou arbre, suivant l'espèce. »

Telle est également l'explication de M. Frédéric lïoussay, qui précise même la plante dont le bourgeonnement a fourni l'image de la double crosse : ce serait la Vallisneria spiralis qui, de concert

1. E. Bai.foi R, The évolution of décorative Art. Londoii, 1893, pp. \il-i'22.

2. Là Ifingiie sacrée, l. I. Le mystère de la création, p. 4u2.

3. En. Floiest, Deux stèles de Larairc, suivi d'une note sur le signe symbolique en S. Paris. 18S:i, pp. 78 cl ?uiv.

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