LE PEIGNE LITURGIQUE DE SAINT LOUP
avec le palmier, aurait inspiré les enroulements complexes de la décoration mvcénienne'.
A mes yeux, la genèse du signe doit être cherchée dans une direction nettement indiquée par une statuette gauloise ou
Fig. 47.
[Ihill. de la Sdc. des anlifiiiaire-t de Frattci', lb;S4, p. 110.)
plutôt gallo-romaine, dont Flouest a été un des premiers à signaler liniportance (fig. 47).
C'est une représentation, trouvée à Châtelet (Haute-Marne), d'un dieu barbu, probablement la divinité gauloise à laquelle les Romains ont donné le nom de Dis pu ter. D'une main, il brandit un foudre fuselé ; de Tautre, il tient une roue qui repose sur le sol. Sur l'épaule droite, il porte en bandoulière un anneau auquel sont accrochés des engins en forme d'S.
1. Xoiivelles recherches sur la faune el la flore des vases peints de l'époque mycénienne extrait de la Rrvuk AucHÉoi.ooiQrF.). Paris. 1897. pp. 11 et suiv.
\m AUCllÉOLOGIb: 1-:T histoire ni-LIGIEUSES
Ainsi que le suggère Flouesl, le fuseau représente Tinstrument qui lance les éclairs; la roue, celui qui produit les roulements du tonnerre; enfin les doubles spirales portées en carquois, l'eau des orages, ou les nuées (jui la renferment. Flouesl lui-même fait observer que cette étrange provision de S remplace, dans les attributs du dieu. Voila qu'il porte, (juand il garde une main libre, et qu'il emploie à déverser les ondées fertilisantes sur les campagnes altérées. Mais où le savant archéologue français croyait
Fig. 48.
trouver la signification seconde du signe, je vois la signification première, et réciproquement.
A mes yeux, c'est une image de la pluie et des nuées, qui en est venue indirectement à symboliser le pouvoir fertilisateur de l'élément humide.
La ligne brisée est Timage la j)lus répandue et sans doute la plus ancienne de l'eau courante (fig. 48 a). Mais ce mouvement, en c[uelque sorte rythmique, est rendu d'une façon à la fois plus gracieuse et plus exacte par un enchaînement de spirales alignées (fig. 48 h).
On obtient ainsi une ébauche du motif qui, géométrisé, devient l'ornement connu sous la dénomination de méandre ou de grecque ^ Par une extension naturelle, il servit à représenter les vapeurs et les nuages qui recèlent les eaux dans leurs flancs ondulés. C'est même la meilleure combinaison qu'on ait trouvée jusqu'ici, dans les arts plastiques, pour figurer en ([uelques traits la ligne du ciel. De là à l'idée de fécondité et de génération, le passage est aisé.
1. M. \\. P. Greg est arrive à la même conclusion, en étudiant, dans l'orncmeulation de lancien Mexique, le méandre, qu'il met en relation avec les ondulations de Teau. Il conclut, d'autre part, que, chez les Aryas, ce signe symbolisa à la fois la pluie et l'éclrir {The Fret ur Key Ornementation in Mexico and Perii, dans ARCH.t;oLOGiA. Londres, 1882, t. XLVII, pp. 157 et suiv.). — Voir aussi, du même auteur. The Fylf"! uiul Sanstiha, dans Awcn.voi.oaw. t. XLVIII. pi. XXI.
LE PKIGM-: LITLHGIQUK DE SAINT LOIT' loi
Dans le même ordre, je signalerai une des stèles que Schliemanii a exhumées à Mycènes. On y observe un guerrier dans un cliaitraîné par un cheval, que précède un éclaireur muni d'un glaive. Au bas, une ligne de spirales enroulées représente soit de IVaii courante, soit une bande d(^ nuages. A droite, au-dessus du che-
Fig. 49. — Stèle funéraire de Mycènes.
(SciiLiEMAXN, Mycenae, iig. 140.)
val, un curieux emblème, isolé dans le champ, fait songer à certains triçûlas de l'Inde^ et pourrait bien être, comme ces derniers, un trident déformé. Je suis tenté d'v voir un emblème de la foudre, formé d'une flamme entre deux flocons de fumée ou de nuages. — Dans l'angle de gauche s'observe un signe en S, dont l'enroulement inférieur a été gêné par le manque d'espace. Schliemann se demande si ce ne serait pas un lituus ou bâton augurai-. Mais on ne s'expliquerait guère la présence d'un pareil instrument et rien ne prouve, du reste, qu'il ait existé chez les Grecs de Mycènes. Je trouve beaucoup plus simple d'y voir le symbole des pluies qui accompagnent la foudre (fig. 49).
Nous aurions donc ici la même association d'images que dans la statuette du Châtelet. Je ne sais si le guerrier du char repré-
1. Voir Bull, de VAcad. roy. de Belgique, 3» sér., t. XVI. pp. 623 et suiv. — William Simpson a déjà signalé la ressemblance de certaines représentations helléniques de la foudre avec des triçûlas de l'Inde [Journal of Ihe Royal Asialic Society, 1890, t. XXII (nouv. sér.), p. 306).