Revue de l'histoire des Religions, 1889, t. XX, p
2. Rossi, Inscriptiones chrislianae. Ronia, 1857-1861, p. 24. î). Flouest, Deux stèles de Laraire, p. 91.
4. Bulletin de la Société des (antiquaires de France, 1883, p. 126.
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vi peut-être dans la stèle de Mycènes, — il concourt à symboliser l'espoir (]ui a soutenu la majorité des hommes depuis dinnoml)ral3les siècles el (jui guidait le vieil évècpie de Sens, ((uand il se peignait liturgiquement : l'aspiration à la vie éternelle, dans h» société des êtres divins, sous la fraîche ramure de l'arbre céleste.
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LA PERSISTANCE ET LA TRANSMISSIBILITÉ DES TYPES ICONOGRAPHIQUES
Dans la séance du 8 octobre 1891, j'avais émis la réflexion que, des deux types de la Vierge les plus répandus dans nos églises, l'un — celui de la Vierge à silhouette pyramidale et à petits bras horizontaux — pourrait bien se rattacher à la représentation antique de Tanit-Astarté sous forme de cône anse (fig. 51), alors que l'autre — celui de la Madone, debout ou assise, tenant dans les bras l'enfant Jésus — nous reporte aux images d'isis avec Horus enfant.
A la séance suivante, M. Joseph Destrée a critiqué, fort courtoisement du reste, cette idée de chercher dans l'iconographie païenne des antécédents à certaines représentations de la Vierge chrétienne. 11 estime que le type des vierges à l'enfant se relie généalogiquement aux peintures des catacombes et, quant aux vierges coniques, il en attribue l'origine à un caprice de la mode; il ne veut voir dans la bizarrerie de leur silhouette que la crinoline du XYi*^ siècle. En tout cas, ajoute-t-il, il ne peut y avoir là de réminiscence païenne ; l'Eglise ne l'eût pas toléré.
Je me contenterai de répliquer à ce dernier argument, que M. Destrée peut avoir raison, en ce qui concerne l'Eglise du xix^ et même du xvi^ siècle. Mais les emprunts auxquels j'ai fait allusion doivent dater d'une époque où la tradition iconographique n'était pas encore fixée — pour ne rien dire du dogme. — La transmission des anciens types s'est opérée dans les couches
1. Annales de la Société d'archéologie de Bruxelles, t. Mil. 1894.
lOC)
AUCIlKOLOGIi: KT HISTOIRE HKLIGIEUSES
l)rofondes des j)opulalions comeilics, et. quand ils ont surgi en pleine lumière, TEi^lise n'avait plus de motif pour les j)roscrire, car il V avait longtemps cpiaux yeux des lidèles. ils représentaient exclusivement la Reine du ciel chrétien.
Il est très vrai que. dans notre pays, l'image de la vierge conique commenta seulement à se répandre sous la domination
Vi-j;. ol. — Symboles de Taiiil-Astarlé'
espagnole, et que la mode du temps y trouva son compte. Mais si cette mode explique la dilVusion du type, elle n'en explique pas l'origine. 11 existe entre la tête et la collerette d'une part, la robe de l'autre, une disproportion qui ne peut s'expliquer par le simple désir d imposer à la A'ierge le costume de l'époque. H faut remarquer aussi que ce type nous est venu des pays méditerranéens, — surtout de TEspagne, de la Sardaigne, de la Sicile, — là où le culte phénico-carthaginois de la Vierge céleste avait jeté ses racines les plus profondes et où ses simulacres coniques s'étaient le plus multipliés sur les monuments figurés-
;%. oi).
« Est-il vraisemblable, disait encore M. Destrée, qu'une tradi-
1. a Sur une monnaie de Paphos: h] sur une monnaie de Carlha^e: ri sur des inlailles de Sardaigne: d) sur un cachet piiénicien; e) sur une stèle punique; f) sur un bandeau d'argent trouve en Algérie; g) sur une stèle punique.
2. La priorité du rapprochement entre ce simulacre et les images triangulaires de la Vierge revient à un savant allemand, M. II. von Lomnitz dont malheureusement je ne connaissais pas louvrage : Solidariliit des Madonna-und-Astarte Cnltus, quand j'ai publié dans la Bévue de l'Hisloire des religions, en 1889, mou essai sur les symboles qui ont influencé la représentation figurée des pierres coniques chez les Sémiles.
DES TYPES ICONOGRAPHIQUES Ki:
lion néi^lig'ée depuis plus do douze à (piaLorze siècles se lasse jour tout à coup et sans cause apparente? )>
(Quelques semaines plus tard, l'Académie française des inscriptions et belles-lettres recevait communication d'un mémoire sur les tatouages des Tunisiens modernes, dû aux observations d'un médecin militaire, M. le docteur Vercouvre. Ce n'est pas, je l'avoue, sans une certaine satisfaction, que j'y ai trouvé une conGrmation assez inattendue de mes remarques sur l'importance et la vitalité du vieux simulacre de Tanit. M. ^>rcouvre Ta retrouvé parmi les tatouages dont les indigènes de la Tunisie se couvrent encore aujourd'hui les mains et la figure. C'est, dit-il, « une sorte de poupée vue de face et les bras étendus. » L'identité des deux symboles a été confirmée, dans une séance postérieure de l'Académie, par le savant bibliothécaire de l'Institut, M. Berger, dont la compétence en matière d'antiquités sémitiques est si universellement admise'.
Ainsi, en Afrique, ce simulacre de la déesse carthaginoise a traversé intact non seulement le paganisme classique et le christianisme des Pères, mais encore toute la domination de l'Islam qui cependant frappe d'une proscription absolue les représentations figurées des êtres surhumains-. On fera peutêtre observer, et à juste titre, qu'il doit sa durée à l'oubli de sa signification primitive. Mais c'est là précisément ce qui lui aura permis également de se maintenir chez les anciens sujets de Cartilage, restés sous l'autorité du christianisme ; ceux-ci ont même eu l'avantage de pouvoir le maintenir dans leur culte ofïïciel, en l'appliquant à la représentation de la nouvelle Reine des cieux.
Piien n'empêche d'admettre que cette application chrétienne du vieux symbole païen se soit faite de bonne heure parmi les populations du midi. Il est très vrai que je ne puis vous mettre sous les yeux aucun type intermédiaire. Mais il s'en faut que nous possédions toute la cliaine des représentations iconographiques qui ont traversé notre moyen âge. Quelques vierges des catacombes, représentées dans l'attitude de l'orante, oiFrent déjà
1. Académie des inscriptions et belles-lettres. Pvoccs-vcvhaux des SL'ances du 9 déc. 1892 et 27 avril 18')3.
2. J'ui moi-même retrouvé ce symbole sur une amulette syrienne, de fabrication moderne, que j'ai reproduite dans mn Migration des symboles, p. 249.
108 Mjciii-oi.ocii: i:r histoire heligieises
une tendance à reproduire la silhouette des grandes déesses asiatiques. Des monuments iio'urés appartenant aux premiers siècles présentent l'image de la Vierge entre deux colombes. Or, c'est ainsi que nous apparaissent, le plus fréquemment, les simulacres de Tanit-Astarté (fig. 5i et 52). Souvent aussi ces derniers simulacres sont dessinés entre deux arbres. J'appellerai l'attention, à cet égard, sur un verre doré des catacombes qui reproduit la même disposition. La ^'ierge. ou du moins une jeune femme au-
Fig. 52. — Monnaie cypriote.
(GuiGNAi-T. Religions <lc VautiquihK l. IV. pi. MV. fig. 206.)
dessus de laquelle est inscrit le nom de Maria ^ s'y trouve représentée de face, en orante, les bras horizontaux. A ses côtés, deux arbres et, par-dessus ses épaules, deux fûts de colonne supportant chacune une colombe '.
Ajoutez que le mouton, le serpent, le poisson et le lièvre — ainsi que le globe et le croissant — jouent un rôle dans l'iconographie des deux cultes, comme accessoires de l'image, bien qu'ils n'v soient pas toujours disposés de la même façon.
Enfin, nous avons la preuve que, tout au moins dans certaines représentations figurées du paganisme grec, on peut constater \v passage du cône lithoïde à l'image conique d'une déesse-. 11 n'v aurait donc dans ce phénomène de transmutation rien d'anormal, ni même d'inusité.
Je n'ai pas en ce moment l'intention de m'étendre sur l'histoire des images qui ont servi à représenter la mère de Jésus. Mais je voudrais dire quelques mots encore des conditions générales dans lesquelles les types iconographiques se transmettent d'un culte à un autre.
d. RoLLER, Les catacombes de Rome, t. II, pi. LXXVII.fig. 6. 2. Voyez une statuette d'Aphrodite en terre cuite reproduite par François Lenormant dans la Gazette archéologique de 1876. page 68.
DES TYPES ICONOGHAPllIQLES Klîl
Il n'y a rien de plus persistant que les lormes extérieures du culte. Ernest Renan a écrit quel(|ue part ([ue Thonime a toujours prié dans les mêmes lieux. On pourrait presc[ue ajoutei* (ju il a toujours prié devant les mêmes icônes, c'est-à-dire (|u"il épiouve une tendance à toujours matérialiser sous les mêmes traits les objets successifs de sa vénération.
Les modifications des croyances relij^ieuses n'agissent qu'à la longue sur les manifestations de l'art consacrées par le culte. Lorsqu'un peintre veut représenter des personnages ou des traditions qui n'ont pas encore reçu d'expression plastique, il sera naturellement enclin à traiter le sujet d'après les conventions de l'art contemporain. C'est ainsi que les chrétiens des catacombes n'éprouvèrent aucun scrupule à s'approprier certains thèmes de l'art mythologique'. Orphée, apprivoisant les animaux avec sa lyre, devint un symbole du Christ instruisant les hommes. Psyché resta une représentation figurée de Tàme humaine et Mercure criophore — lui-même originairement une simple représentation du prêtre ou du fidèle portant au sanctuaire l'agneau du sacrifice — fournit l'image si essentiellement chrétienne du Bon Pasteur. — Les premières descriptions du Père céleste comme un vieillard assis sur un fauteuil à haut dossier ont été sans doute inspirées par certaines statues du Jupiter gréco-latin ; peut-être même le prototype de ces représentations se trouve-t-il parmi les sculptures assyriennes de dieux assis, dans les bas-reliefs de Malthaï^. — Il n'est pas jusqu'à des figures aussi incontestablement païennes qu'Apollon et Diane qui ne se maintiennent sur des lampes chrétiennes, pour figurer le soleil et la lune, l'un sous les traits d'un adolescent à la tête radiée, l'autre sous ceux d'une jeune femme à la chevelure surmontée d'un croissant, audessus d'une scène figurant le Bon Pasteur entouré de ses brebis^.
En faisant ces emprunts à l'art païen, les premiers artistes chrétiens n'avaient évidemment qu'une intention allégoricpie. Mais leur entourage pouvait s'y tromper, et leur successeurs s'y
i. RoLLER, Les catacombes de Rome, t. II, p. 371. 2. Pf.rrot et Chipiez, Histoire de Vart dansVantiqiiité, t. II. fig:. 313. 3 Lajard, Culte de Cyprès, dans\c9 Mém. de l'Aead. desinscr. et Belles-I.oUrcs. t. XX. impart., pi. XX, fi^-. I.
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trompèrent certainement. Le procédé leur ollVait, du reste, un doul)lc avantagée, qu'ils lo voulussent ou non : d'une part dérouter les soupçons de leurs persécuteurs, d'autre part reporter les hommaji^es, dont les divinités païennes étaient l'objet, sur les personnages .sacrés du nouveau culte avec lesquels ces divinités avaient le plus de rapports par la physionomie ou par les attributs.
Aux derniers temps du paganisme, nn plaçait sur l'autel domesti([ue l'image de certaines divinités populaires: Harpocrate. Sol, Isis, Sérapis, la l''ortune. etc., ou même on portait cette image sur soi comme un talisman. Les chrétiens gardèrent 1 usa^e, en substituant à ces figurines l'image du CUirist, de la A icrge ou des principaux Apôtres. Un païen converti venait à mourir. Il avait gardé ses anciennes amidettes, par une de ces contradictions si frécjuentes aux épocjues de transition religieuse. Ses enfîuits lui trouvaient sur la poitrine 1 image de Jupiter, d Isis ou de Mithra. Comment n'auraient-ils pas cru y reconnaître le portrait de saint Pierre, de Marie ou du Christ ?
La confusion dut aller en grandissant, à mesure que se perdit le souvenir des traditions classiques et que, d'autre part, le christianisme, en s'étendant dans les provinces, s'y trouva en contact avec 1 iconographie populaire des paganismes locaux. Non seulement dans certaines régions de l'Occident, les «chapelles» étaient alors aussi frétjuentes (jue de nos jours, mais encore on rencontrait partout de rustiques figurines suspendues aux arbres, aux carrefours, près des fontaines. — Où les pères avaient vu des dieux, les fils pouvaient bien voir des saints. On leur attribuait les mêmes légendes, on leur adressait les mêmes demandes, on leur présentait les mêmes offrandes. Il n'y avait que le nom de changé, et encore ! Beaucoup de ces figurines furent détruites. Mais, dans le nombre, il s'en rencontra qui survécurent, enfouies dans le sol ou dissimulées dans la profondeur des bois et qui, retrouvées ensuite, longtemps après que leur signification orig-inaire se fût perdue, passèrent sans dillîculté pour la représentation de quelque héros chrétien.
11 faut aussi tenir compte qu'une religion, surtout au moment où elle vient de triompher, doit souvent tolérer la vénération instinctive qui persiste à entourer les simulacres de cultes antérieurs. Crégoire le (irand a beau recommander aux missionnaires
DES TYPES ICONOGHAPHIOLES 111
anglo-saxons de détruire les idoles, tout en conservant les sanctuaires des païens pour y célébrer le culte du vrai Dieu, dans bien des cas, la pression populaire a dû être la plus forte et les antiques représentations de la piété locale reçurent simplement un nouveau nom qui justifiait la persistance de leur culte, tout comme les dolmens, les menhirs et peut-être les perrons reçurent une croix qui sanctifiait, par sa présence, les hommages originairement adressés à la pierre.
Un fait contemporain, rapporté par M. Ad. Leroy-Beaulieu dans ses belles études sur la Religion en Russie, montre bien comment les méprises de ce genre ont dû se produire chez nous, au commencement du moyen âge. Au couvent russe de Posolsk sur le lac Baïkal, on voit une ancienne idole bouriate en bois peint, qui, transformée en saint Nicolas, est, paraît-il, également populaire parmi les chrétiens et les païens'. Il est clair que cette adaptation du simulacre bouriate a eu pour auteurs, ou du moins pour complices, les moines russes (jui devaient savoir à quoi s'en tenir sur l'authenticité de l'image. Mais que, au bout dune génération ou deux, le paganisme disparaisse du canton : 1 idole ne sera plus aux yeux de tous qu'une représentation authentique de saint Nicolas, et ce type aurait même chances de devenir définitif, si la physionomie du grand saint n'était depuis longtemps fixée dans l'imagerie byzantine. La laideur et la grossièreté de l'image n'y feraient pas obstacle, bien au contraire. (( Chez les Russes, nous dit M. Leroy-Beaulieu, les icônes les plus vénérées sont d'ordinaire les plus anciennes et les plus noires, quelques-unes passent pour achéroporèdes, pour n'avoir pas été faites de main d'homme-. » 11 y a plus de quinze siècles, Porphyre faisait la même remarque à propos du paganisme grec, où les sinnilacres les plus vénérés étaient, à l'entendre, moins les chefs-d'œuvre de l'art religieux que les idoles les plus grossières et les plus informes, les vieux xoana de la Grèce primitive ; ([uelques-unes passaient même pour être tombées du cieP.
Un ancien résident de l'Inde anglaise, M. Charles F. Oldhani,
1. La. Religion dans l Empire des Tzars. Paris. ISS'J. p. 113.
2. La Religion dans l'Empire des Tzars, p. llo. a. De Ahslinenlia. t. II. p. 13.
112 AliCllKOLUCill-: ET IIISTOIHK HKl.KilKlSKS
explique de la même façon comment les dieux de 1 orthodoxie hindoue tendent à remplacer parmi les populations de 1 Himalaya les divinités des vieux cultes locaux. « Kn plus d'une occasion, dit-il, j'ai entendu des ascètes civaïtes assurer aux habitants d'un villaj^e que leur Dcola (c'est-à-dire l'idole locale) était identi(jue à Çiva ou à ([uehpie autre divinité. Les indigènes sont souvent tlattés d'apprendre (jue leur dieu est aussi célèbre, et ils se laissent persuader d'adopter la nouvelle dénomination*. »
C'est peut-être de la sorte (|ue peut le mieux s'expliquer la présence, dans l'iconographie oiïicielle du christianisme, de certains thèmes qui auraient dû disparaître avec la foi aux mythes et aux légendes du })aganisme. Ainsi Ilorus hiéracocéphale frappant le crocodile de sa lance a fourni, comme l'a si bien montré M. Clermont-Ganneau, le type de saint Georges transperçant le dragon-. On m'a assuré que dans l'église de Xanthen. on voit une représentation analogue de saint Mctor, laquelle se rattache incontestablement à la tradition de la lutte entre Siegfried et le dragon Fafnir.
J'ai eu l'occasion d'exposer au dernier Congrès archéologique de Bruxelles, comment une des sculptures les plus anciennes de l'église Sainte-Gertrude, à Nivelles, représentant Samson terrassant le lion, avait dû être directement inspirée parla scène antique si souvent reproduite, de Mithra immolant le taureau^. A cet égard, nos confrères de la Société d'archéologie de Nivelles n'auraient pu se placer sous un meilleur patronage, quand ils ont gravé, en tête de leurs diplômes, une reproduction de ce basrelief que M. Al vin a proclamé « peut-être le plus ancien morceau de sculpture encore en place dans notre pays* » (fig. 53).
\. Native Fniths in Ihe Himalaya dans la Contemporary Review de mars 1883. '2. Horus el saint Georges dans la Bévue archéologique de 1873, fig. 13.
3. Compte rendu du Congrès archéologique el historique de Bruxelles. BruxcWcs, 1S92, p. 354.
4. A lappui de Ihypothèse que l'autcurde cette sculpture se serait inspiré do ([uelque bas-reliel" antique, il convient de signaler parmi les rinceaux qui décorent les montants du linteau la représentation fort élégante d'un centaure. Ce motif a été reproduit naguère par M. J. Destrée dans ses Etudes sur la sculpture brabançonne au moyen âge, fig. 3 (voy. Annales de la Soc. d'arch. de Bruxelles, [. VIII, l'Mivraison). Au cours de la même étude. M. Désirée cite ce passage caractéristique de M. le chanoine Keussens : << Dans toutes les contrées où des monuments existaient au moment de la formation du style roman, leur présence
DES TYPES ICONDCnAPIIIOUES
La scène l'avorite des mystères mitliraïques a encore reçu d'autres applications dans Fart chrétien. M. Roller en signale une sur un bas-relief du iii'^ ou du iv'' siècle. Le Christ y est représenté sous les traits d'Orphée jouant de la lyre, coilîé comme Mithra d'un bonnet phrygien, la jambe droite reposant sur le corps d'un agneau qui tourne la tète vers le musicien ce (|ui est
Fig-. u3. — Bas-relief de Sic Gerlrudc, à Nivelles.
Fig-. 54. — Bas-relief mithraïquc du Louvie.
exactement, comme Ta remarqué M. Roller lui-même, l'allure du taureau immolé par Mithra'.
En quoi serait-il inadmissible qu'un artiste du moyen âge se serait inspiré, pour représenter Samson, d'un bas-relief mithriaque encore debout 'dans la localité ou observé ailleurs? 11 existe, à la cathédrale de Strasbourg, une statue qui représente un personnage vêtu dune peau de lion et tenant à la main une massue. Longtemps les archéologues crurent y voir une statue antique qui aurait trouvé place dans l'église. M. Albert Dumont a montré que c'était une œuvre du moyen âge, probablement inspirée par des images de l'Flercule gallo-romain, analogues aux statuettes en bronze qu'on a déterrées en grand nombre, à diverses époques, dans les environs de Strasbourg-.
M. Gaidoz, dont les ingénieuses et patientes recherches ont abouti à de si curieuses constatations dans la question qui nous occupe, a cité toute une série de pierres gravées où les chrétiens
a exercé une grande influence sur la décoration des édifices. Les sculpteurs des XI" et XII* siècles, nov'ices dans leurart, s'inspiraient, pour ainsi dire instinclivement, des modèles qu'ils avaient sous les yeux. Au contraire, dans les endroits où les monuments faisaient défaut, ils sefl'orçaient souvent d'imiter, dans la sculpture monumentale, les types variés apportés de l'Orient. »