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LES MYSTÈRES DE MITIIRA DANS L'EMPIHE ROMAIN

quelques rares passages, empruntés à la polémique chrétienne des m'', iv*^ et v'^ siècles, rappelèrent seuls que ce culte avait joué un rôle considérable dans les derniers temps du paganisme ; qu'il se célébrait dans des sanctuaires souterrains; qu'il possédait toute une échelle d'initiations où chaque grade avait reçu un nom bizarre ; enfin, qu'il renfermait des cérémonies assez analogues aux rites de l'Eglise chrétienne; — ce que les Pères ne manquaient pas d'attribuer à un plagiat inspiré par le Malin.

Les nombreux monuments mithriaques, découverts à partir de la Renaissance, notamment les bas-reliefs représentant Mitlira qui immole un taureau, n'avaient fait que piquer la curiosité sans la satisfaire. On était dans la situation où se trouveraient nos descendants du l^ siècle après Jésus-Christ, s'ils n'avaient pour s'éclairer sur la nature du christianisme que les dénonciations des apologistes païens et les bas- reliefs de nos églises. Aussi l'école allégorique, qui fleurit au commencement de ce siècle, se donna-t-elle libre carrière dans l'interprétation des rites et des doctrines mithriaques. Après Dupuis, qui avait soutenu l'identité de Mithra et du Christ, vint Creuzer, qui supposa l'existence d'une divinité androgyne, Mithras-Mitra, empruntée par les Perses aux Ethiopiens!

Cependant, la découverte et la publication du livre sacré de la rebgion zoroastrienne, 1' « Avesta, » retrouvé par Anquetil-Duperron chez les Parsis de l'Inde occidentale, était venu jeter un jour nouveau non seulement sur la théologie et la morale du maçdéisme, mais encore sur la conception qu'on s'y formait du dieu Mithra. Deux écoles se partagèrent les érudits, suivant qu'ils prétendaient reconstituer le mithriacisme à l'aide des textes avestéens ou des monuments classiques. Lajard ne contribua pas à éclaircir le problème, en y faisant intervenir ses interprétations de l'iconographie assyro-babyloniennc.

Le volumineux atlas, où Lajard réunit, en 1847, tous les monuments, alors connus, qui pouvaient se rapporter au culte de Mithra, est familier à tous ceux qui se sont occupés des mystères antiques et de leur symbolisme. Malheureusement, les reproductions du savant archéologue ne sont pas toujours d'une exactitude absolue dans les détails, et le commentaire qu'il en donna dans son ouvrage posthume de 18()7 est plus fantaisiste

encore'. Depuis lors, on a vu s'accumuler, dans ce domaine, des nouvelles découvertes archéologiques qui, toutefois, n'engendrèrent que des monographies plus ou moins étendues — en dehors de ([uelques vues d'ensemble, comme les chapitres consacrés au culte de Mithra par le P. Allard, dans son consciencieux travail sur le Pac/anismc au /!'<" siècle, et par M. Jean Réville, dans sa belle étude sur la Religion à Home sous les Sévères, ou encore l'ingénieux essai récemment publié sur le CuUc et les mystères de Mithra, par M. A. Gasquet, recteur de l'Université de Nancy.

Bref, le travail, aucjuel Lajard avait consacré sa vie, était à refaire avec les procédés et les ressources de l'érudition contemporaine. Sur ses entrefaites parut, en 1895, une brochure qui lit immédiatement sensation dans le monde de l'archéologie et de l'histoire. C'était le premier fascicule d'un ouvrage in-4 intitulé : Textes et monuments figurés relatifs au culte de Mithra, avec une introduction critique (Bruxelles, Lamertin). L'auteur était un jeune professeur de l'Université de Gand qui, après avoir obtenu, en 1889, au concours universitaire, une bourse de voyage pour une thèse brillamment soutenue sur la propagation des mystères de Mithra dans l'empire romain, avait consacré six années de voyages et de recherches à réunir et à commenter tous les documents relatifs à cette page si intéressante de l'histoire religieuse.

La publication est aujourd'hui terminée; elle comporte deux volumes in-4, respectivement de 554 et de 377 pages, contenant ensemble 1 carte, 9 planches et 507 figures. La correction des textes, la netteté et la fidélité des reproductions, l'élégance des caractères, l'ordonnance générale de l'impression font de ce traité une œuvre monumentale dont la typographie belge peut être justement fîère. J'ajouterai ce détail que l'auteur en a poursuivi la publication avec ses seules ressources personnelles, sans autre encouragement qu'une souscription du gouvernement pour 60 exemplaires !

Le tome II — qui renferme la reproduction des textes et des monuments, distribués d'après leur ordre de provenance géogra-

1. Recherches sur le ciiUe public el les mystères de Mithra. par FlHx Lajard, 1 vol. in-4. Paris. 1867

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phique et accompagnés de commentaires purement descriptifs ou explicatifs — a paru avant le tome P'", qui donne la critique de ces sources et renferme \' introduction critique où Fauteur nous expose ses conclusions, en s'appuyant sur les matériaux réunis et discutés dans le reste de l'ouvrage. Ce plan combine les avantages de deux méthodes : celle qui consiste à publier les documents en les faisant suivre d'un commentaire, et celle (jui tend à présenter une vue d'ensemble, en y ajoutant les pièces justificatives.

Le premier problème à résoudre, dans l'histoire du mithriacisme, c'est son point de départ. 11 n est pas douteux cpie les mystères de Mithra ne se rattachent par une filiation ininterrompue à la vieille religion des Perses. Comme le démontre M. Cumont, tous les dieux adorés dans ces mystères sont d'origine perse, et, s'ils s'v montrent sous les traits de divinités "rréco-romaines, c est que celles-ci leur ont été simplement assimilées. Ce fait, qu'une grande partie du panthéon iranien a accompagné Mithra en Europe, tend à prouver que les doctrines religieuses des Perses sont également restées la base de l'enseignement mithriaque, sauf, bien entendu, les interpolations qui ont pu s'y introduire dans l'intervalle.

Il semblerait donc que, pour interpréter les monuments du mithriacisme occidental et en restituer les mvstères, il sutTise de déterminer la théologie dont s'inspiraient les mages, quand ils ont commencé leur migration vers l'Occident.

Mais cette détermination n'est pas aussi simple qu'on pourrait se l'imaginer. Nous tenons d'Hérodote, dont le témoignage est confirmé par des inscriptions déchitïrées au cours du xix'^ siècle, que Mithra était, au temps des Achéménides,une des principales divinités vénérées par les Perses. Mais tout se borne à renonciation de son nom ; encore Hérodote en fait-il une divinité féminine ^ Xénophon le représente comme le dieu gardien des serments. Dans les inscriptions d'Artaxerxès Mnémon et d'Artaxerxès Ochus

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