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HÉHODOTE. liv. I, C

150 ARCIIKOLOGIK ET HISTOIRE RELlGIErSES

il est invoqué, comme dieu protecteur, à côté d'Ahoura Maçda et de la déesse Anahita.

L'Avesta est plus explicite. Mitlna, toutefois, n'y occupe ({u'uiie position en apparence secondaire. Au sommet, trône Ahoura Maçda, la souveraine personnification de la Lumière et du Bien. Autour de ce dieu suprême se tiennent sept abstractions personniiiées, les Amshaspands; puis vient l;i foule des Gazatas, à la tète desquels figure Mithra, « lui, qui, le premier des êtres célestes, pointe au-dessus des monts Ilaran, avant le soleil immortel aux chevaux rapides. » 11 n'est ni le soleil, ni l;i lune, ni les étoiles, mais, à l'aide de ;< ces mille oreilles et ces mille yeux, » il préside à la fécondation des plantes et des êtres. 11 combat les méchants sans relâche et se fait l'jdlié de ses fidèles tant contre leurs ennemis terrestres ({ue contre les démons. A la mort, il recueille l'àme des justes, l'assiste dans ses épreuves posthumes et la conduit au paradis.

Tous ces traits, y compris même la distinction entre Mithra et le Soleil, se retrouvent dans les mvstères. Toutefois, entre la doctrine de ces derniers et l'Avesta, il reste des divergences considérables, qui sautent aux yeux les moins prévenus. Aussi admettait-on généralement que le mithriacisme occidental était un écho affaibli de la religion avcstéenne.

Cependant, les conclusions récentes de l'éranisme, notamment des travaux poursuivis par de Harlez et James Darmesteter, tendent à rajeunir considérablement la rédaction des livres attribués à Zoroastre et à ne plus y l'echercher l'expression olïîcielle du maçdéisme antérieur au règne des Sassanides. Partant de ce point de vue, M. Cumont soutient que le culte occidental de Mithra ne dérive pas du maçdéisme avestéen ; qu'il s'est formé à coté et en dehors ; qu'ils sont l'un et l'autre un développement de l'antique religion iranienne et même que, des deux, c'est le mithriacisme qui représente le mieux la religion des Achéménides.

« Celle-ci, dit-il, est d'accord avec les doctrines des mystères de Mithra, même lorsque ces doctrines diffèrent de celle de l'Avesta. »

Voici les principaux arguments qu'il émet à l'appui de cette hypothèse à la fois hardie et séduisante :

LES MYSTI>Ri:S DK MITIIRA DANS L'EMPIRE ROMAIN loi

1° Les seules divinités mentionnées avec Ahoura Maçda dans les inscriptions des Achéménides sont Mithra et Anahita ; ce sont aussi les seules qui aient eu leurs temples dans l'empire romain ; Anahita (Anaïtis) fut assimilée à Cybèle, dont les mystères sont restés étroitement associés à ceux de Mithra ;

2^ Sous les Achéménides, au lieu du dualisme, qui prend dans l'Avesta un caractère si tranché, nous trouvons la crovance ([u'Ahoura Maçda est Fauteur des maux comme des biens. Le dieu du monde souterrain, x\hriman, n'est pas encore un objet d'exécration, comme dans l'Avesta; on lui offre des sacrifices. Or, parmi les inscriptions mithriaques, se trouvent des dédicaces Dco Arimanio ; ce qu'un sectateur de l'Avesta eut regardé comme sacrilège ;

3" Hérodote dit que les Perses de son temps vénéraient la sphère céleste assimilée à Zeus; qu'ils sacrifiaient, en outre, au feu, à la terre, à l'eau et au vent. Ce sont là les mêmes divinités naturistes que nous trouvons, dans le mithriacisme, associées au culte de Mithra et de Zeus Oromazdès, alors que, dans l'Avesta, elles ont cédé le pas à des abstractions divinisées ;

4^ Dans l'Avesta, le sacrifice d'animaux est devenu exceptionnel; dans le mithriacisme, ces sacrifices sont aussi fréquents que chez les Perses contemporains d'Hérodote et de Strabon;

o*^ Les auteurs anciens ont remarqué que les Perses n'avaient pas de temples ; qu'ils sacrifiaient en plein air et de préférence siw le sommet des montagnes. D'où M. Gumoiit tire cette conséquence, peut-être un peu forcée : « C'est peut-être cette coutume qui a donné naissance à celle de célébrer le culte de Mithra diins des grottes, dont les spelaîa romains sont l'imitation;

G° L'Avesta défend d'enterrer ou d'incinérer les morts pour ne pas souiller la terre ni le feu. Les Achéménides se faisaient enterrer, ni plus ni moins que les jDarticipants aux mystères de Mithra.

Ce n'est pas que l'Avesta ne puisse jeter une vive lumière sur certains détails du mithriacisme. Mais, sur ces points, l'un et l'autre ont puisé dans le fond commun de l'ancien maçdéisme. Ainsi, sans l'Avesta, on n'eûtprobablement jamais donné la véritable interprétation du principal thème de l'iconographie mithriaque : la représentation sacrée de Mithra égorgeant le taureau.

qui se trouve à la place d'honneur dans tous les sanctuaires. L'Avesta rapporte qu'Ormuzd créa d'abord un taureau; celui-ci fut mis à mort par Ahriman, mais de son sang et de sa moelle sortirent toutes les plantes connues. Or, certains bas-reliefs nous montrent la queue du taureau immolé se transformant en une gerbe d'épis; ailleurs, l'épis s'élance de la blessure même. D'après un autre passage, à la lin du monde le héros Çaoshyant sacriflera un taureau dont le sang doit assurer la vie éternelle aux Justes ressuscites. — Ce sera un de ces mylhes, peut-être les deux fusionnés, qui se seront introduits dans la légende de Mithra.

II s'en faut cependant que les mystères mithriaques et. en particulier, leur symbolisme astronomicjue, soient restés l'imitation servile des rites iraniens.

Quand les Achéménides eurent renversé l'empire de Babylone, ils subirent forcément l'influence d'une civilisation plus avancée, surtout dans le domaine de l'art et de la science. Jusque-là, leur culte semble s'être passé de représentations figurées ; désormais, ils s'assimilèrent les créations dp l'iconographie mésopotamienne, pour donner un corps à leurs propres conce]:tions théologiques ; d^autre part, tout en gardant la supériorité de leur morale religieuse, ils s'ouvrirent aux spéculations théosophiques et astrologiques de la Ghaldée.

De cette époque daterait, suivant M. Cumont, la conception panthéistique d'un principe premier, indéterminé, absolu, qui était représenté dans les mystères par un monstre léontocéphale ceint d'un serpent. Ce personnage, que certaines dédicaces nomment Cœlus ou Saturne, ne serait autre que Zervan Akarana, le Temps sans bornes, que, dans la Perse des Sassanides, la théologie de certaines sectes devait, plus tard, mettre au-dessus d'Ormuzd et d' Ahriman.

Les divinités iraniennes furent conservées ; seulement, sous l'influence de Tastrolàtrie chaldéenne, on plaça au premier rang celles qui représentaient les sept planètes, les constellations du zodiaque, les vents et les saisons. Ormuzd régnait dans le ciel

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