LES MYSTERES DE MITUHA DANS L'EMPIRE ROMAIN
hors de conteste qu'il faut le chercher en Asie Mineure. Dans toutes les représentations figurées, le personnage de Mithra est invariablement coifTé du bonnet phrygien ; son costume est celui des dieux Mèn et Atys — sauf dans les bas- reliefs d'un temple élevé par Antiochus I**'', sur le Nemroud Dagh, où le dieu porte le costume des rois de la Gommagène.
Placés sur le chemin de la Cappadoce à la Grèce — appartenant par l'habitat à l'Asie et peut-être par le sang aux races européennes — professant surtout le culte de Mèn, le seul dieu, en dehors d'Hélios, que des monnaies de Tépoque impériale nous montrent assimilé à Mithra. ainsi que le culte de Gybèle, qui resta associé jusque sous l'Empire aux mystères mithriaques — peuple de patres et de laboureurs comme semblent lavoir été les créateurs des légendes représentées sur les murs des mithrea — les Phrvo^iens offrent bien toutes les conditions exigibles du milieu où a pu se constituer définitivement un culte tel (jue le mithriacisme, appartenant par sa théologie et sa morale à hi Perse, par son eschatologie à la Ghaldée, par son symbolisme à l'Asie Mineure : « Pas plus dans les fêtes phrygiennes d'Atys que dans les fêtes syriennes d'Adonis, écrit M. Perrot. les fidèles n'étaient les spectateurs silencieux et recueillis des rites célébrés devant eux par le prêtre ; ils étaient les acteurs mêmes de la pièce qu'on représentait plusieurs fois par an, lors des changements de saison, autour des sanctuaires'. » Il est probable que ces cérémonies étaient de véritables initiations, comme les mystères d Eleusis, où les néophytes remplissaient le premier rôle et assumaient momentanément la personnalité du dieu ou de la déesse dont la légende était mise en action-.
M. Gumont n'est pas aussi afïirmatif; il semblerait tourner ses regards plutôt vers l'est de l'Asie Mineure, la Gappadoce et le Pont, où régnaient des dynasties qui prétendaient continuer les traditions politi({ues et religieuses des Achéménides — à commencer par la vénération de Mithra, regardé comme le dispensateur de la victoire. — Peut-être les découvertes ulté-
1. Pehkot cl Gmi'iLZ, Histoire de l'A ri dans l'Anliquilé, t. V. p. 33.
i. Les trois élapes du mithriacisme me semblent nettement indiquées dans les commentaires de Stace, attribués à Lactance : Q:iœ sacra prinium Persœ habiteriinf. a Persis Phrygcs, a Phrygihus Piomani.
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rieures do noire jciino savant porniettront-olles de trancher la question.
En attendant, ce (|iie M. Cuniont a parfaitement établi, c'est la fa^on dont le niithriacisme. définitivement constitué en Asie Mineure, s'est propagé dans l'Empire romain. A l'époque d'Auguste, le domaine de Mithra. qui s'étendait de l'Indus au Pont-Euxin, était encore presque tout entier hors de l'Empire. Les mystères de Mithra — ([ui existaient peut-être déjà antérieurement dans les ])as-fonds de Rome, importés par les pirates faits prisonniers sur les cotes de (]ilicie, aux derniers temps de la llépuhlique, — aj)parurent oiïiciellement dans la seconde moitié du 1"" siècle et se développèrent surtout au siècle suivant, sous les Antonins, tant dans la capitale (juc dans des provinces, comme l'atteste le nombre des monuments et des sanctuaires qu'ils nous ont laissés.
Le principal élément de leur dill'usion a été certainement l'armée. Des contingents asiaticjues servaient parmi les légions de la Dalmatie, de la Dacie, de l'Afrique ; ces soldats orientaux gardaient, en général, le culte de leurs dieux, et un de leurs premiers soins, ({uand ils arrivaient dans une garnison nouvelle, était d'ouvrir un mithréum. Ils admettaient, dans leurs confréries, des compagnons d'armes de toute origine, des fonctionnaires de toute catégorie et même des habitants de la localité. Après leur départ, l'élément indigène maintenait le culte et même le propageait dans le voisinage. Les centurions qui changeaient de corps, les militaires en congé ou en retraite [emeritï) contribuaient également à introduire les mystères dans les localités où ils allaient s'établir.
Ailleurs, dans les provinces plus éloignées des confins, ce furent les colonies de marchands syriens (jui remplirent le même rôle. C'est à eux. notamment, qu'on doit l'introduction du mithriacisme dans le midi de la Gaule.
Enfin, il y avait les esclaves, les (dfranchis, les petits employés, — en partie, eux aussi, d'origine syrienne, — qui se firent les importateurs du dieu perse, par exemple à Rome et dans les villes maritimes.
M. Gasquet dit, pour expliquer la supériorité de la propagande chrétienne, que celle-ci s'adressait aux petits et aux pauvres,