LES MYSTERES DE MITURA DANS L'EMPIHE ROMAIN
alors que seules les classes élevées se faisaient initier aux mystères de Mithra. M. Gumont établit, au contraire, d'une façon péremptoire, que le mithriacisme fut d'abord une religion des humbles. C'est seulement sous les Antonins qu'il sortit de sa demi-obscurité, lorsque les littérateurs et les philosophes commencèrent à s'y intéresser. Ce fut surtout quand Commode eut donné l'exemple qu'il conquit des adhérents dans l'aristocratie. L'apogée fut atteint au iii^ siècle; Aurélien, Dioclétien, Constance Chlore, peut-être Constantin lui-même, semblent avoir figuré parmi les adeptes. Enfin, avec Julien, il s'assit sur le trône des Césars.
La façon dont les mystères de Mithra se sont répandus dans l'empire romain a son parallèle dans la ])ropagation de la franc-maçonnerie issue de l'Angleterre au commencement du xviii^ siècle. Si M. Cumont a jamais eu sous les yeux une Histoire de la Franc-Maçonnerie, par J.-G- Findel, R.-F. Gould ou quelque autre auteur, il a pu voir les Loges anglaises essaimant sur le continent, ici par l'entremise de garnisons britanniques, là par des colonies de négociants ou de résidents. D'abord exclusivement peuplés d'Anglais initiés dans leur patrie, ces premiers centres s'ouvrirent graduellement à des indigènes, cpii continuèrent et développèrent l'œuvre après la dispersion des Tondateurs. Ce n'est pas d'ailleurs le seul point où la franc-maçonnerie rappelle le mithriacisme.
M. Cumont décrit, avec une abondance de documents et une sûreté de méthode, qui ont malheureusement man([ué à Lajard, l'organisation et le rituel de ce qu'il n'hésite pas à appeler le maçdéisme de l'Occident.
Les sectateurs de Mithra se réunissaient dans des souterrains. Parfois leur sanctuaire était une grotte naturelle ou artificielle; plus souvent, dans les villes, c'était une cave précédée d'un parvis ou /)ro/iao5, qui s'ouvrait directement sur la voie publi([ue. Le sanctuaire, proprement dit, était une salle rectangulaire qui, au témoignage de Porphyre, symbolisait 1 univers. File était
divisée en trois parties dans le sens delà longueur. A droite et à gauche, le long du mur, s'étendaient lespodiu. bancjuettes exhaussées sur les(juelles s'agenouillaient les fidèles. La partie centrale était réservés aux cérémonies. Dans le tond, ({ui se terminait parfois en abside, on plaçait invariablement l'image, parfois voilée, de Mithra tauroctone, entre la représentation du soleil et de la lune. Les images des deux dadopliores, portant l'un une torche élevée, l'autre une torche abaissée ; une fontaine ou une vasque d'eau lustrale, disposée près de l'entrée ; des symboles astronomi(pies (^signes du zodiacjue, autels dédiés aux planètes, ; un pyrée où brûlait un feu perpétuel ; les statues du dieu léontocéphaleet de Mithra sortant du rocher, tel était l'ameublement ordinaire de ces cavernes (spelœa).
Les initiations comportaient sept degrés, donnant accès à autant de grades, où les mystes prenaient successivement le titre de Corbeaux, Occultes, Soldats, Lions, Perses, lléliodromes et Pères ^ Le tableau sacré était souvent entouré de bas-reliefs représentant des scènes plus ou moins dramatiques, dont le sens nous échappe. Les uns y ont vu des rites d'initiation: d'autres, et M. Gumont se range à leur avis, une reproduction de détails empruntés à la légende de Mithra. Ainsi, un panneau assez fréquent ligure un personnage qui, vêtu comme Mithra, est accueilli par Hélios sur le char solaire. Est-ce Mithra lui-même ou urf initié dont on représente l'ascension? Peut-être y a t-il moyen de concilier les deux opinions, en supposant que certaines de ces scènes figurent des initiations où, comme c'était souvent le cas dans les mystères antiques, l'on faisait jouer au néophyte le rôle légendaire du dieu.
Tout ce que M. Gumont a cru pouvoir établir avec quelque certitude, en se servant des textes autant que des monuments, c'est que le candidat devait s'engager par serment à ne pas divulguer les secrets du grade qui allait lui être conféré, en outre d'autres vœux plus spéciaux ; puis on l'introduisait, les yeux couverts d'un bandeau, les mains attachées avec des cordes en boyau, qu un officiant coupait au cours de la cérémonie. On le
1. D'après certains auteurs, ces degrés étaient au nombre de douze; mais il est possible que certains ijrades aient comporté plusieurs subdivisions.