‹ Croyances, rites, institutionsChapitre 69 sur 132 · LES MYSTÈRES DE MITHRA DANS L'EMPIRE ROMAL · texte numérisé non relu

LES MYSTÈRES DE MITHRA DANS L'EMPIRE ROMAL

soumettait à diverses épreuves, comme de le faire sauter au-dessus d'une fosse pleine d'eau ou de le faire passer à travers une flamme; ensuite, on procédait à des ablutions qui avaient un caractère symbolique ; enfin, un voile se levait dans le fond du sanctuaire, et le néophyte était admis à contempler la représentation sacrée du dieu. Des jeux de lumière inattendus, habilement ménagés, ajoutaient à cette mise en scène.

Les textes ne nous renseignent guère sur les détails des initiations aux grades respectifs. Nous savons seulement, d'après Tertullien, qu'à la réception du miles, on lui ollVait une couronnesur une épée ; il prenait l'épée mais repoussait, la couronne, en disant: « Mithra est ma couronne. » Il y avait aussi un banquet, sorte de communion à laquelle ne participaient peut-être que les initiés ayant reçu les léontiqucs. hc célébrant y consacrait des pains mélangés de vin. Un bas-relief, de Sarrebourg, récemment publié, nous montre deux personnages couchés sur des coussins devant un trépied qui porte des petits pains ronds, marqués chacun d'une croix; tout autour, des initiés de différents grades sont munis de cornes à boire.

11 y avait aussi, comme nous venons de le voir, des épreuves physiques assez sérieuses où le néophyte jouait le rôle de patient*.

Peut-être feignait-on de vouloir le mettre à mort par un glaive qu'on levait sur sa tête. Dans d'autres circonstances, il devait prendre part à un meurtre simulé; d'après un auteur syriaque, Zacharie le Scholastique, le prêtre se bornait à produire « une épée teinte du sang d'un homme qui était censé avoir péri de mort violente. »

11 n'est pas étonnant que dans ces conditions, les chrétiens aient accusé les mithriastes de pratiquer des sacrifices humains.

1. On a souvent cité le passage de Nonnus le grammairien, où cet écrivain Je la fin du vi° siècle décrit les épreuves des néophylcs dans le mithriacisme. Ceux-ci devaient traverser le feu et reau. endurer le froid, la faim, la soif la fatigue de la marche, etc. M. Cumont traite ce récit d'hallucination et n'est pas éloigne de croire que l'imagination de Nonnus aurait invente ces supplices. Cependant, nous sa\ ons que plusieurs de ces épreuves liguraicnt réellement dans l'initiatiun, du moins suus forme de simulacres. Pourquoi n'en eùt-il pas été de même des autres détails que rapporte l'écrivain byzantin? Il est certain qu'il avait dû puiser aux sources, puisque c'est lui qui nous révèle les termes d'hypobase et danabase employés dans les mystères pour indiquer la descente et l'ascension des àmcs.

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C'est sans doute une imputation à ajouter sur la liste des prétendus meurtres rituels que les défenseurs de certains cultes ne se sont jamais fait faute d'attribuer indûment à leurs rivaux. Les sacri- Hces d'animaux étaient nombreux dans les mystères; la purification par excellence consistait même dans le taurobolc emprunté au culte de Gvbèle ; le néopbyle se plaçait dans une fosse, sous un plancber à claire-voie, et on faisait déj^outter sur son corps le sang d'un taureau qu'on égorgeait à la surface. Mais rien n'implique des attentats à la vie humaine, du moins pour l'époque dont nous nous occupons. L'empereur Commode, qui avait voulu se faire initier, causa un scandale énorme, pour avoir, paraît-il, pris au sérieux le meurtre simulé et causé la mort de la victime, (( alors, dit Lampride, qu'on avait coutume d'y dire ou d'y faire ([uelque chose de semblable en vue de produire un vain elfroi. » — Un autre argument, (fue je tirerai des monuments, c'est que là où les bas-reliefs nous exhibent un sacrilice de taureau ou do bélier, le glaive disi)araît dans le corps de l'animal ; là, au contraire, où il s'agit d'un homme, l'arme est simplement brandie, et rien n'indique qu'elle dût s'abaisser.

A chaque degré, on expliquait sans doute au néophyte le sens des symboles qui l'entouraient ; peut-être cette interprétation allait-elle en s'approfondissant et, pour mieux dire, en se s, iritualisant à chaque initiation nouvelle. Plusieurs passages d'écrivains antiques confirment cette hypothèse. Nous avons vu plus haut ce que devait signifier l'immolation du taureau, suivant l'Avesta. Or, Firmicus Maternus, dans son traité de Erroribus profanarum religionum, nous dit que « les mages feignent d'adorer (( un homme tuant un bœuf, mais ils rapportent ce culte à la u puissance de la lumière. » — Plus explicite encore est Pallas : « L'opinion commune, dit-il, est que ces noms d'animaux et de '< monstres se rapportent au zodia({ue; en réalité, les sectateurs « de Mithra veulent faire entendre ainsi certains secrets sur l'àme « qu'ils représentent comme apte à revêtir plusieurs corps'. » Telle est également l'opinion de M. Gumont : « Le symbolisme astronomique, — écrit-il (page 73) — le seul dont les auteurs anciens parlent avec quelque détail, paraît aussi le seul (|ui ait

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