Revue de illisloire des Religions, t. LXV
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trois; 2" le type familial ou principe de la Lrénératioii : '.V' la théorie de la médiation.
Je commencerai par faire observer à 1 auttîur (jne le sens dans lequel il prend le terme de Trinité manque de précision. La plupart des Trinités a ethniques » qu'il attribue aux cultes polythéistes ne sont, en réalité, que des juxtapositions de trois divinités se différenciant simplement des autres dieux par un peu plus de puissance ou de prestig'e ; tandis rjue, au sein du christianisme, les membres de la triade ditfèrent des autres êtres, tant surhumains qu humains, en nature et en substance. La vraie distinetion — que l'auteur admet, du reste, jusqu'à un certain point — c'est celle qui existe entre les triades mythologiques ou naturistes, ducs à des circonstances accidentelles^ et les Trinités philosophiques, c'est-à-dire fondées sur un raisonnement métaphysique. Ces dernières ne se rencontrent que dans le christianisme et le brahmanisme, peut-être le zoroastrisme.
M. Paine passe assez rapidement sur les triades des Egyptiens et des Ghaldéens, pour s étendre sur les « Trinités » des races aryennes. Voyons jusqu'à quel point il est fondé à y constater la présence des facteurs ci-dessus mentionnés :
1" On peut spéculer indéfiniment sur l'application des nombres à des séries régulières de phénomènes; mais en dehors de l'arithmétique mystique des pythagoriciens , nous ne connaissons aucun système reliijieux où certains nombres auraient été vénérés, de propos délibéré, pour eux-mêmes et non à raison de ce t|u'ils représentent. Nulle part il n'y a eu trois dieux, parce que le chilfre 3 est doué d'une vertu spéciale, mais le chitïre 3 a été doué de cette vertu, parce qu on croyait à trois dieux — à trois mondes — à trois éléments personnifiés, etc. C est ainsi que le chilFre 7 est également vénéré chez les anciens — non ])as. comme le suppose l'auteur, parce que c'est un nombre impair — mais parce que, depuis les découvertes de l'astronomie chaldéenne. toute l'antiquité, y compris l'Inde brahmanique, a admis l'existence de sept planètes. M. Paine reconnaît lui-même que beaucoup de ses « Trinités ethniques » offrent une certaine élasticité, passant à des combinaisons plus complexes de 4, o. (i, divinités. Même en ce qui concerne les Trinités métaphysiques, peut-on entièrement assimiler le cas où les médiateurs sont au
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nombro do deux (^comiiu' dans la rrinilé tle Plolin, où l'Htre par excellence, To "Ev, se révèle successivement par l'Esprit, ô vojç, el par lànie iiniverselli\ r, 'V-*"/*/,) et le cas où ils sont au nombre de trois ^^comme dans la Trimourli, où l'Etre unicpie et absolu se manifeste successivement en tant que Brahma, Vishnou et Çiva)?
2" I /application de l'idée de <»énération à la formation de l'univers a conduit la j)lupart des peuples polythéistes à la conception d'un couple primordial. Toutefois ni dans la mythologie des Grecs et des Latins, ni dans celle des Germains, ni dans celle des Hindous, le fruit de cette union n'a été regardé comme unique et n'a formé, à coté de ses divins parents, le troisième membre d'une trinité ou même d'une triade. Zeus, Poséidon et Iladès représentent trois mondes ou trois éléments juxtaposés — tout comme chez les Brahmanes, Sourya, ^'ayou (ou Indra) et Agni. — Le type familial ne se rencontre pas davantage dans la Trimourti et, au sein de la Trinité chrétienne, il se réduit aux relations du Père et du Fils. M. Paine déploie beaucoup d'érudition à montrer que la Vierge BsoTOxo; aurait dû logicjuement constituer la troisième personne; — mais, enfin, elle ne l'est pas devenue, et c'est le Paraclet qui a pris les devants.
3*^ « C'est surtout l'élément médiateur, écrit M. Paine, qui met la Trinité chrétienne dans la relation la plus étroite et la plus intime avec les trinités ethniques. » — 11 est certain que, partout, la désanthropomorphisation progressive de la Divinité amène l'introduction d'un Médiateur. Cependant, comme l'observe l'auteur lui-même, cette idée de médiation n'implique nécessairement que deux êtres divins. Pourquoi donc un troisième? M. Paine répond à cette objection, dont il sent la force, en empruntant à un compte rendu paru dans la Revue de l Histoire des lieligions de 1898 ce passage de M. Nathan S<)derblom : (( L'homme, efîrayé de se trouver devant la puissance et la majesté divines, place des intermédiaires entre son Dieu et luimême, qui, divinisés à leur tour, demandent encore des intermédiaires. » Mais alors pourquoi s'arrêter à deux ou même à trois ?
Quand on se place au point de vue purement historique^ on ne peut se soustraire à l'impression que la troisième personne de la
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Trinité chrétienne lait double emploi avec le Lo«^os. Le savant professeur d'histoire ecclésiastique au séminaire de Bangor, fjui se trouve, dans cette question, sur son véritable terrain, nous explique, avec autant de sagacité (jue d'érudition, comment le Paraclet s'est graduellement fait une place à côté du Logos, pour constituer lînalemenl la Trinité athanasienne. Mais il ne nous donne pas le pourquoi psychologique de cette évolution. A la vérité, il insiste spécialement — et non sans raison — sur l'influence qu'a pu exercer ici la conception trinitaire de Plotin. Mais, dans ce dernier système, le troisième terme, y, '^j'/y,, est également, soit une superfétation, si on se place au point de vue d'une médiation unique, soit un arrêt illogicjue, dans la chaîne des éons que les écoles gnostiques du temps déroulaient à volonté.
Parmi les autres cultes, où la nécessité d'une médiation aurait amené la formation d'une Trinité, l'auteur cite encore le zoroastrisme, en invoquant une citation de Plutarque : '< Entre Oromasdès et Ahriman se tient Mithra, qui, pour cette raison est appelé ])ar les Perses aîa-'lr/",; » [De Is. et Osir. c. 46). D'après tout ce ([ue nous connaissons de l'ancienne religion perse, ce passage signilie simplement que Mithra, dieu de la lumière répandue dans l'atmosphère, occupe une position intermédiaire entre le ciel, où rèi>*ne AhouraMacda, et le monde souterrain, où réside Ahriman avec ses milices ténébreuses. Mithra exerce certainement des fonctions médiatrices ; mais, ([uoi qu'en dise M, Paine, c est entre l'honmie et Dieu, non entre celui-ci et le génie des ténèbres, dont il reste l'adversaire inconciliable. Chose étrange! il existe dans le zoroastrisme une combinaison théologique, devenue oiFicielle sous les Sassanides, qui otfre bien plus le caractère d'une Trinité et que cependant notre auteur s'abstient de citer : c'est le système (jui, au-dessus des deux principes irréductibles de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal, respectivement personnifiés par Ormuzd et Ahriman, place l'Etre absolu et primordial. Zervan Akarana, le Tenq)s sans bornes.
En résumé nous accorderons volontiers à l'auteur que le développement de tous les phénomènes religieux sans exception s'opère suivant des lois générales; mais il ne s'ensuit point que ces phénomènes, là même oii ils olfrent quel([ue ressemblance
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extérieure, imissenl loujours être ramenés à des iacteiirs ideiili([iies. Les triades ne sont pas forcément des Trinités, et même ces dernières ont des orii;ines diverses dans les cultes où nous les rencontrons.
CHRISTS païens
John H. Robertson. — Paçjun Christs- Londres, \V;itts, 1 vol. de x-442 pages, l'.)03.
Encore un ouvrag-e qui dépense beaucoup d'érudition et d'inf^éniosité à soutenir que Jésus est un personnage purement mythique. L'école la plus récente en mythologie comparée — celle qui cherche la source des mythes dans un désir plus ou moins conscient d'expliquer des rites dont le sens originaire s est oblitéré — après avoir vaillamment lutté pour se faire attribuer la part qui lui revient légitimement dans l'explication des traditions religieuses, commence à prendre la voie où ont trébuché ses devancières, en prétendant à son tour ramener à sa formule unique non seulement toute la mvtholoo'ie, mais encore la légende et même une bonne partie de l'histoire.
Déjà M. Frazer, sans contester le fond historique de l'Evangile, avait laissé entendre que les détails, sinon le fait de la crucifixion, pouvaient avoir été suggérés par un rite analogue à la cérémonie des Sacées, où les Babyloniens pendaient ou crucifiaient un criminel qu'ils avaient commencé par revêtir d'ornements royaux et par traiter en roi durant trois journées. G. Allen allait plus loin, en supposant que toute l'histoire du Christ était une explication du traitement infligé à un dieu du blé et du vin ((u'on mettait à mort pour mieux le faire renaître. William Simpson, de son côté, voyait dans la passion et la résurrection du Christ un vieux rite d'initiation, où l'on feignait d'immoler le néophyte, ahn de le ressusciter à une vie nouvelle.