Revue de l'Histoire des Religions, t. XLVIII
d'évangiles s'ajoutèrent des épîtres considérées comme apostoliques et ({uelques écrits, en nombre variable, (jui jouissaient d une popularité spéciale dans la généralité des Eglises.
Il se forma ainsi le noyau d'un Canon (jui renfermait à peu près le contenu actuel du Nouveau Testament et qui jouit, dès la fin du second siècle, d'une autorité égale à celle des livres de l'Ancienne Alliance. Les limites en restèrent assez longtemps flottantes ; toutefois le caractère sacré de ce recueil prévalut de plus en plus, et les documents qui le constituaient furent considérés comme inspirés par l'esprit de Dieu.
Mais, en même temps se constituèrent diverses écoles d'interprétation : l'école allégori({ue (à Alexandrie), dont l'inlluence fut prépondérante ; l'école historique (ii Antioche) ; l'école littéraliste (Epiphane).
Peu à peu prévalut la croyance à l'inspiration non seulement du texte, mais encore de la lettre des écrits canoniques; les obscurités et les contradictions furent résolues par des compromis qui furent à leur tour regardés comme inspirés.
Cette situation se maintint pendant tout le moyen âge. Seuls les hérétiques — et ils le devenaient par ce fait même — cherchaient des interprétations dilférentes, à l'aide d'une exégèse souvent plus arbitraire encore.
Cependant l'Eglise ne pouvait trancher définitivement des problèmes sans cesse renaissants. De là un renouvellement constant de préoccupations exégétiques ({ui prirent une direction raisonnée, quand la Renaissance eut créé les études philologiques et remis en honneur l'étude directe des documents, de préférence à celle des Pères de l'Eglise et des commentateurs.
La Réforme restitua aux fidèles le droit d'interpréter l'Ecriture suivant les lumières de la raison. Mais ce droit, à peine reconnu, fut ramené dans les limites de confessions qu'adoptèrent successivement toutes les Eglises protestantes.
Néanmoins, la critique littéraire et grammaticale, qu'encourageait le protestantisme, devait conduire à la criti({ue historique. Spinoza avait montré le chemin par ses études sur l'Ancien Testament. Un oratorien français, Richard Simon, s'y engagea résolument ; mais son Histoire critique du Vieux Testament fut mise au pilon en 1678, sur la dénonciation de Bossuet.
Les études d'exégèse biblique passèrent alors en Allemagne, où, dans la seconde moitié du xviii'' siècle, Ernesti et Semler formulèrent le principe que la Bible doit être interprétée par les mêmes procédés que les ouvrages profanes des littératures anciennes.
L'école rationaliste qui s'inspirait de de Wolfîet plus tard de Kant, en partant de cette idée préconçue que tous les textes de TAncien et du Nouveau Testament doivent nécessairement comporter une signification morale et rationnelle, faussa les progrès de l'exégèse, tout en émancipant celle-ci de la tradition.
Vint ensuite l'école mythique, dont la plus célèbre production est la Vie de Jésus par Strauss. On peut lui reprocher également d'avoir négligé la réalité historique et d'avoir dissipé dans les brumes du mythe les faits évangéliques et même la personne de Jésus.
C'est avec Christian Baur et l'école de Tubingue (1847-1867) — bien qu'ils se maintiennent encore trop dans les cadres de la dialectique hégélienne, — que l'exégèse du Nouveau Testament est réellement entrée dans les voies de la saine critique historique .
La critique historique, en cherchant les origines d'une institution ou d'une croyance, ne s'arrête pas à la question de leur valeur religieuse, philosophique ou morale; elle ne se préoccupe pas davantage de la distinction entre sources canoniques et extracanoniques, sauf comme indice de l'état d'esprit qui a présidé à cette différenciation. Elle s'attache exclusivement à recueillir les documents, à les rétablir dans leur forme originaire, à les classer, à en chercher l'auteur et la date, à reconstituer le milieu dans lequel ils se sont produits, leurs rapports entre eux, les influences qu'ils révèlent, l'objet qu'ils poursuivaient, l'action (pi'ils ont exercée sur les idées et les sentiments de leurs contemporains, aussi bien que des générations suivantes.
Se sont surtout placés à ce point de vue, parmi les écrivains récents, en Allemagne, Otto Pfleiderer et Ad. Harnack ; en Angleterre, Edwin Hatch, et Estlin Carpenter; en France, Ed. Reuss, Ernest Renan, les deux Réville, A. Sabatier, Loisy, etc.
B. — Les Sources.