‹ Crustacés Décapodes. Ptie. 1: Brachyures et AnomouresChapitre 11 sur 76 · PIN E · texte numérisé non relu

PIN E

Ethusa granulala et Ethusa mirabilis, Norman, Mess. 1875. Ethusa granulata, Norman in Thompson, Les abïmes de la mer, p. 146. 1881. Cymonomus qgranulatus, À. Milne-Edwards, C. R. Acad. des Se., 28 nov. 1881. 1885. Cymonomus granulalus, — Recueil de Crust. nouveaur où peu connus, pl. VIII.

1885. Cymonomus granulalus. H. Filhol, La vie au fond de la mer, fig. 50, p. 158. 1897. Cymonomus granulalus, E.-L. Bouvier, Bull. de la Soc. philom. de Paris, sér. VII, t. IX, p. 66.

1899, Cymonomus granulalus, À. Milne-Edwards etL. Bouvier, Result. des camp. scient. de l'« Hirondelle » (supplément) et de la « Princesse-Alice », fase. XIII, p. 19.

La carapace de cette espèce, vue du côté dorsal, est sensiblement quadrangulaire ; elle est à peu près aussi large en avant qu'en arrière; ses bords latéraux sont arrondis et sa largeur égale, très approximati-

vement, sa longueur mesurée depuis la base du rostre jusqu'à l'extrémité

SECTION DES OXYSTOMES. 35 postérieure. L'aire gastrique est indistincte, mais l'aire cardiaque est au contraire fort évidente, grâce à deux paires de dépressions qui la limitent de chaque côté dans sa moitié antérieure, et à la saillie assez forte qui s'y produit en arrière. Le sillon branchial, et surtout le sillon cervical, sont à peine sensibles du côté dorsal et apparaissent comme des dépressions fort légères au voisinage des bords latéraux; sur les flancs, le sillon branchial (4°) devient progressivement plus apparent, paraît se réunir au sillon cervical (e) qui n’est pas toujours distinct, puis se dirige en avant vers la région antennaire et forme alors un sillon (4) très profond. A ce niveau, le sillon marginal de la carapace devient aussi plus profond et paraît correspondre au sillon ? des Dromiacés ; comme ce dernier, il limite d’ailleurs, avec à, un lobe très saillant et allongé d'avant en arrière, C'est à peine si l’on peut soupconner, dans quelques individus, la trace de la ligne latérale. Au-dessus du point où se termine en avant le sillon b, le bord de la carapace présente une forte saillie spinuleuse dirigée en avant. La région frontale est un peu moins élevée que la région gastrique ; elle se termine par un rostre triangulaire et aigu, qui dépasse ordinairement un peu l’extrémité antérieure des pédoncules. On n'observe pas d’épines orbitaires, et le bord supérieur de l'orbite se continue régulièrement avec le bord antennaire, jusqu'à la saillie spinuleuse signalée plus haut. La carapace toutentière estcouverte denombreux granules subaigus qui se retrouvent d’ailleurs sur l'abdomen, sur toutes les pattes, et mème sur les pattesmächoires postérieures ; au bord du rostre, ces granules se modifient en spinules ; ils forment de chaque côté, à l’angle antéro-latéral, et un peu en arrière de cet angle, deux saillies spiniformes, d’ailleurs peu développées.

Les pédoncules oculaires sont encore mobiles dans le spécimen mâle qui nous sert de type; beaucoup plus étroits au sommet qu'à la base, ils sont hérissés de spinules sur leur bord interne, qui est légèrement concave. Leur surface cornéenne est encore distincte, quoique tout à fait dépourvue de pigment. On distingue assez bien les limites du sternite qui supporte les pédoncules ; cette pièce est confondue avecle segment antennaire, mais elle se sépare du rostre par une ligne de soudure qui s'étend

t'ansversalement d’un pédoncule à l’autre. Les sternites antennaires

confondus (antennulaires et antennaires) forment une large surface qui présente en avant trois centres granuleux ; ils sont fusionnés avec l’épistome qu'ils continuent jusqu'au rostre, mais ils s’en distinguent fort nettement par une ligne claire transversale. Un peu en arrière se trouve une ligne culminante qui va d'un tubercule urinaire à l’autre et qui forme la limite de l’endostome. Cette partie des téguments a ici une grande surface, mais elle n’est nullement encaissée et diffère par conséquent beaucoup de la région correspondante des Dromiacés et des autres Dorippiens ; elle rappelle surtout l’endostome des Homolodromies, Dromiacés auxquels l'animal qui nous occupe ressemble d’ailleurs par les rapports de ses sternites antennaires. Les pédoncules antennulaires sont grèles et à peu près aussi longs que la carapace ; leur article basilaire présente quelques granules spinifères. Les pédoncules antennaires sont bien plus courts ; ils sont formés de quatre articles très mobiles et se terminent par un fouet nu et fort grèle qui n’atteint pas l'extrémité des pédoncules antennulaires.

La formule branchiale est la suivante :

PATTES. PATTES-MACHOIRES

ET a a ne V IV III Il I III Il I Pleurobranchies ....... 0 Ô 0 Î 0 0 0 0 Arthrobranchies....... 0 0 0 0 2 2 0 0 Épipodites rer. -#777e ( (0 (0 (] 0 Ep. Ep.rud. Ep.

Les appendices buccaux différent beaucoup de ceux des autres Dorippiens : les mâchoires de la 1" paire ressemblent à celles du Carcinus meenas par l'allongement et la faible largeur de leur lacinie interne, mais elles n’ont qu’un palpe rudimentaire ou nul; les mâchoires de la 2° paire sont encore plus bizarres : leur palpe est à peine saillant, et leurs deux lacinies sont unilobées, la supérieure étant assez allongée, l'inférieure au contraire fort réduite. Les pattes-mächoires de la 1” paire ressemblent surtout à celles des Homolodromies, bien que leur exopodite soit plus allongé et se dilate en avant dans sa partie basilaire, comme chez les Dorippiens ; les palpes de ces appendices diffèrent assez peu de ceux des Homolodromies et ne se rapprochent jamais l’un de l’autre

pour former une gouttlière respiratoire, comme on l’observe dans les

SECTION DES OXYSTOMES. 37 Dorippes et les Éthuses ; leur épipodite n'est pas plus développé que celui des Homolodromies et ne s'étend pas en arrière sur une grande longueur de la chambre branchiale, comme chez les autres Dorippidés. Au reste, tous les épipodites sont fort réduits, mème celui des pattes-màchoires postérieures; celui des pattes-mächoires intermédiaires est tout à fait rudimentaire. Les pattes-mächoires externes sont assez aplaties et présentent des spinules sur le bord externe de l’ischiopodite et du méropodite; ce dernier article se prolonge très loin en avant du point où il s’articule avec le carpe.

Les pattes antérieures sont sensiblement égales et semblables; leur méropodite est arrondi et un peu plus long que la portion palmaire des pinces ; leur carpe est égalementarrondi, il présente une gouttière longitudinale un peu profonde en dessus, el quatre ou cinq spinules en dedans de cette gouttière, au voisinage du méropodite, La pince s'infléchit un peu vers la base, au niveau de l'articulation des doigts, et présente en ce point sa largeur maximum; les doigts ont à peu près la même longueur que la région palmaire ; ils présentent quelques dents très inégales et sont séparés par un léger hiatus, sauf à leur extrémité. On observe un fort lobe spinuleux et saillantau-dessus de l'articulation supérieure de la pince. Les pattes des deux paires suivantes sont très allongées et très grèles ; leur méropodite est bien plus long que le propodite et un peu plus court que les doigts, qui sontstyliformes, dépourvus decôteset légèrement arqués. Les pattes des deux paires suivantes sont beaucoup plus courtes; à l'extrémité distale du propodite, elles sont ornées d’une toulfe serrée de poils gros et assez courts ; leurs doigts sont très arqués et aigus.

L'abdomen est régulièrement ovalaire et ses segments sont tous distincts, aussi bien chez le male que chez la femelle ; le premier est très réduit et complètement caché sous la carapace. Les mâles sont munis de deux fausses pattes sexuelles ; ces appendices sont assezsemblables à ceux des Dromies, abstraction faite, toutefois, de l’article terminal des fausses pattes de la 2° paire, qui n’est pas styliforme. Les femelles sont munies de trois paires de fausses pattes biramées et à rameaux articulés, qui ressemblent beaucoup à celles des Dromies. Les œufs sont très gros et mesurent plus d'un demi-millimètre de diamètre.

38 GRUSTACES.

Hamrar, Variations. — Travailleur, 1880 : 23 juillet, n° 7, 1019 et 1 107 mètres; golfe de Gascogne : lat. N. 43°35", long. O. 6°25'. Vase.

Une quinzaine de spécimens, dont beaucoup de femelles munies d'œufs. La longueur du céphalothorax, dans la plupart de ces spécimens, varie de 4 à 5 millimètres.

24 juillet, n°9, 1190 mètres ; golfe de Gascogne: lat. N. 43°36', long. O. 9°22”. Vase.

Trois femelles ovigères, de même taille que les exemplaires précédents.

31 juillet, n° 21, 435 mètres; golfe de Gascogne : lat. N. 43°40", long. 0. 3°58". Vase.

Un exemplaire femelle.

Travailleur, ASS : 4 juillet, n°4, 555 mètres; au large de Marseille : lat. N. 43°2”, long. E. 2°58'. Vase.

Deux spécimens, un mâle et une femelle, cette dernière dépourvue d'œufs et mesurant 4 millimètres de longueur du bord postérieur de la carapace à la base du rostre.

6 juillet, n°8, 307 mètres ; au large de Villefranche : lat. N. 43°1', long. E. 3°28. Vase.

Un spécimen mäle semblable aux précédents; longueur du céphalothorax, non compris le rostre, 2 millimètres et demi,

13 juillet, n° 19, 540 mètres; au large d’Ajaccio: lat. N. 41°52", long. E. 68’. Fond coralligène.

Un exemplaire femelle.

Travailleur, 1882 : 18 juillet, n° 16, 627 mètres; au large de Vigo: lat. N. 42°487, long. O. 11°57'. Sable, gravier.

Un spécimen femelle dont la cornée est légèrement teintée de noir.

19 juillet, n° 19, 1350 mètres; au large de Porto: lat. N. 41°32", long. O. 11°41". Vase.

Deux exemplaires : une femelle avec des œufs, et un mâle.

24 juillet, n° 26, 370 mètres ; au large du cap Sines: lat. N. 38°3', long. O. 11°32". Vase.

Huit spécimens, presque tous femelles et munis d'œufs. La surface cornéenne est très claire et très distincte.

25 juillet, n° 32, 440 mètres; au large de Gibraltar : lat. N. 3656", long. O. 9°46". Sable.

Une femelle dépourvue d'œufs, à rostre assez large; longueur du céphalothorax, 3 millimètres.

Talisman, 1883 : 13 juillet, n° 89, 655 mètres; au large du banc d’Arguin : lat. N. 2153, long. O, 1950’. Sable vasard verdâtre.

Six beaux exemplaires de l’un ou l’autre sexe.

Disrrisurion. — D'après les dragages du « Travailleur », cette espèce habite la Méditerranée et l’océan Atlantique, dans lequel elle s'étend au

sud jusqu'au Sahara. Elle a été trouvée par l’« Hirondelle » au large

SECTION DES OXYSTOMES. 39 des côtes du Portugal, plus au nord par le « Porcupine », jusqu'à Valentia, sur la côte irlandaise, Elle habite des fonds compris entre 307 et 1 200 mètres.

D’après Norman, les spécimens du « Porcupine » présentent dans leur conformation une « modification des plus extraordinaires. Les exemplaires trouvés de 110 à 370 brasses, dans les parages les plus méridionaux, ont la carapace armée, dans sa partie antérieure, d'un rostre aigu d’une longueur considérable. L'animal paraît être aveugle, mais il a deux remarquables tiges oculaires, lisses et arrondies à l'extrémité où l'œil est ordinairement placé. Cependant, chez les spécimens venus du Nord, habitant une profondeur de 542 à 705 brasses, les pédoneules oculaires ne sont plus mobiles; ils se sont complètement fixés dans leurs alvéoles, et leur caractère est changé. Leurs dimensions sont beaucoup plus grandes ; ils sont plus rapprochés à leur base, et, au lieu d’être arrondies, leurs extrémités se terminent par une pointe très solide. Ne servant plus pour les veux, ils fonctionnent comme rostres, et le véritable rostre, si saillant dans les spécimens venus du Midi, a (chose étonnante) disparu ».

Dans tous les spécimens que nous avons étudiés, et ils sont nombreux, les pédoncules oculaires sont mobiles, la surface cornéenne est lisse et parfois mème un peu colorte, le rostre en outre est très saillant. Comme ces spécimens habitent des profondeurs très variables {de 300 à 350 mètres), on peut conclure que la transformation des yeux en pointes rostrales est fonction, non point de la distribution bathymétrique, mais de la distribution géographique. Les exemplaires du Nord, en d’autres termes, présenteraient seuls cette transformalion.

Comparaisox. — Le Cymonomus quudratus À. Milne-Edwards est une forme représentative, dans la mer des Antilles, du €. granulatus. Elle en est d’ailleurs extrêmement voisine. Elle s’en distingue toutefois par sa ligne latérale très accusée, par son sillon branchial plus apparent sur la face dorsale de la carapace, par ses pédoncules oculaires également grèles dans toute leur étendue, par l’article terminal allongé de ses pédoncules antennaires, et par son segment antennaire absolument lisse.

La saillie latérale des flancs, au voisinage des pédoncules antennaires,

10 CRUSTACÉS est transformée en épine; les pattes antérieures se font remarquer par leur carpe qui est muni d’une seule épine, et par l'absence de toute saillie à la base des pinces; les doigts des deux pattes suivantes sont presque aussi longs que le carpe et le propodite réunis, et les doigts des pattes postérieures sont beaucoup plus courts que ceux du €. granulatus.

La formule branchiale est la même que celle de cette dernière

espèce. FAMILLE DES LEUCOSIIDÆ, Ebw.

SOUS-FAMILLE DES ILINÆ, Mrers TRIBU DES ILLE, Mirs.

ILIA, Fabr.

Ilia nucleus, HERBST.

1783. Cancer nucleus, Herbst, AXrabben und Krebse. L. 1, p. 87, pl. IL, fig. 14 1798. Leucosia nucleus, Fabr., Suppl, p. 851.

1817. /lia nucleus, Leach, Zoo!: Mise, EU, p. 24:

1855. /lia nucleus. T. Bell, Trans. linn. Soc. London, vol. XXI, p. 292 (ubi syn.). 1863. Zlia nucleus. C. Heller, Crust. südl. Europa, p. 122.

Dans le mâle de cette espèce, les segments abdominaux Î et 2 sont soudés, de mème que les segments 3, # et 5, de sorte que l'abdomen se compose de quatre pièces. Dans la femelle, les trois segments antérieurs sont libres, de même que le septième; les segments 4, 5 et 6 sont soudés et forment une pièce très développée.

Hamrar. — Travailleur, 1881 : Nice.

Deux individus, l'un mâle, l'autre femelle.

T'alisman, 1883 : 28 juin, n°56; Canaries, 162 mètres: lat. N.28°49', long. O.16°15 Sable, rochers.

Un exemplaire mâle.

Juillet, 60 mètres ; au voisinage de l'ilot Branco.

Une femelle qui mesure environ 1% millimètres en tous sens ; les exemplaires de la Méditerranée sont plus grands.

Disrriguriox, Arrinités. — C'est la première fois, croyons-nous, que cette espèce a été signalée dans l'Atlantique. Notre spécimen ressemble tout

à fait à ceux de la Méditerranée et diffère complètement, par la lon-

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