C. De la métamorphose
J'ai vu seulement un petit nombre de spécimens aux stades larvaires précédant les plus jeunes Acanthosoma (ou Mysis), tous indéterminables aussi bien directement qu'indirectement, et appartenant sans doute à plusieurs espèces. L'étude d’un semblable matériel ne pourrait donner que de pauvres résultats et doit être abandonnée.
La seule forme dont les premiers stades soient connus avec certitude est S. arcticus ; les matériaux en ont été recueillis à Bergen et Aalesund, ét comme il n'y a pas d'autre Sergesies en Norvège, la détermination des larves peut être considérée comme absolument certaine. C'est en se basant sur ce matériel que Wasserloos (1908) a publié un travail de valeur sur le développement de S. arcticus, et un bref extrait de sa description ne sera pas déplacé ici. Nous laisserons de côté les stades protozoé et zoé décrits par Dohrn (1870) Willemoës-Suhm (1876),
Claus (1876 et 1886), et Bate (1888), sur des spécimens indéterminables.
D. Premiers stades larvaires de Sergestes arcticus.
D’après Wasserloos nous ne connaissons rien concernant le dépôt des œufs et le développement de l'embryon. Le stade le plus jeune capturé est le premier stade protozoé, mais on ignore s’il est le premier, ou bien s’il existe un métanauplius. La carapace n’a pas de rostre, mais une très longue épine médiane près du bord postérieur, et une épine, longue et spinuleuse, près du milieu de chaque bord latéral. L'angle antéro-latéral de ceux-ci est marqué d’une forte protubérance, d'où partent trois longues épines spinuleuses. Les antennules sont ur peu plus courtes et les antennes -un peu plus longues que les épines; les antennules ont cinq articulations, dans la partie proximale, les antennes ont un long sympodite et les deux fouets divisés en articles. Un œil nauplien est présent, mais les yeux pairs ne sont indiqués que par deux taches noirés. Le clypeus se prolonge antérieurement en une très longue épine horizontale. Les mandibules, les maxillules et les maxilles sont semblables à celles des Acanthosoma, qui seront décrites plus loin. Le premier et le second maxillipèdes ont le sympodite très long, un endopodite assez court, avec neuf articles, et un encore plus court exopodite inarticulé ; le troisième maxillipède n’est encore qu’une minuscule protubérance. Les pattes thoraciques manquent, et leurs segments ne sont pas visibles. L’abdomen est un peu élargi à son extrémité, qui a de chaque côté une courte et épaisse protubérance dirigée en bas et surtout en dehors, avec quatre très longues et deux très courtes épines.
Le second stade Protozoé diffère du précédent par trois points : l’armature d'épines de la carapace tout à fait différente des yeux pédonculés, les segments
pie
du thorax très distincts bien que sans membres. La carapace a maintenant un rostre extrêmement long avec trois paires d’épines sublatérales ; l’épine médiane postérieure est essentiellement comme le rostre, les épines des angles antéro-latéraux ont disparu, tandis que les épines latérales sont fortes, modérément longues, avec six épines secondaires. Les ophtalmopodes sont très courts. Enfin, ce stade possède la protubérance médiane mentionnée dans la description de l'Acanthosoma comme « organe dorsal ».
Le siade Zoé ou Elaphocaris diffère du précédent par de nombreux détails, dont on énumérera les plus importants : La carapace, qui atteint à peine le premier segment thoracique, a maintenant une paire de longues et fortes épines supraorbitaires, avec de longues épines secondaires, tandis que le rostre et les autres épines sont quelque peu modifiés comme longueur et épines secondaires. Les ophtalmopodes sont de longueur moyenne. Les antennules les dépassent, et sont tri-articulées, sans pédoncule ni flagelles. Le troisième maxillipède, assez long, est encore informe et dépourvu de soies. Les pattes thoraciques sont, elles aussi, sans articulations ni soies, avec l'endopodite plus long que l’exopodite, et ces membres, courts chez les jeunes, sont proportionnellement assez longs chez les spécimens âgés de ce stade. L’abdomen est segmenté ; sans pléopodes, avec des uropodes rudimentaires, les deux branches étant d'aspect ovoïde allongé (en saucisse) et dépourvues de soies. Il est intéressant de constater que les protubérances latérales, avec leurs très longues épines, sont encore présentes à l'extrémité de l'abdomen.
E. Les stades Acanthosoma (ou Mysis).
Des spécimens d'Acanthosoma, déterminés avec une absolue certitude, sont connus pour cinq espèces atlantiques, S. arcticus Kr., S. tenuiremis Kr., S. robustus Smith, S. corniculum Kr., et S. vigilax Stimp., représentant ainsi les deux groupes du genre, et même les deux tribus du premier groupe. En 1919, j'ai brièvement décrit les Acanthosoma de deux espèces indiennes : S. seminudus H. J. H., et S. orientalis H. J. H. très étroitement alliées, respectivement, à S. corniculum Kr., et S. Edwardsii Kr. On sait (Claus 1876, Wasserloos 1908) que l’Acanthosoma est en réalité non pas un, mais deux stades ; d’après mes recherches, ces deux stades différent surtout par les détails dans l’antennule, l'écaille antennaire, les pléopodes et le telson. Mais il est préférable de donner une descripton générale de l’Acanthosoma, puis. de préciser les différences entre les deux stades.
La carapace (Pl. m, fig. 5°; Pl. v, fig. 2°; PI. vu, fig. 14; Pl. vin, fig. 38; P1. x, fig. 3°) est plus ou moins aplatie, assez large ou très large. Le rostre est toujours très long, parfois un peu plus court que la carapace, parfois beaucoup plus long, suivant les espèces; sa moitié distale porte des spinules, et on trouve aussi une épine médiane dorsale à la base. La carapace a en outre trois paires d'épines généralement longues, à savoir une paire supra-orbitale, une paire sur