Voyez aussi, pour les D. sima et
SECTION DES LOPHYROPES. 237
La seconde section des branchiopodes, celle des PHx1L10pes (Phyllopa) , est distinguée, ainsi que nous l'avons dit de la première, à raison du nombre des pieds , qui est au moins de vingt (1) et de la forme lamellaire ou foliacée de leurs articles. Les yeux sont toujours au nombre de deux, et quelquefois pédiculés ; plusieurs encore ont un œil lisse.
Ces crustacés se distribuent dans deux groupes principaux.
Les uns (CÉRATOPHTHALMES, Cératophthalmu , Lat.) ont dix paires de pattes au moins, et vingt-deux au plus, sans corps vésiculaire à leur base, et dont les antérieures, jamais beaucoup plus longues que les autres, ni ramifiées (a). Leur corps est renfermé dans un test en forme de coquille bivalve (4), ou nu (c}, avec les divisions thoraciques, portant chacune une paire dle pattes à découvert. Les yeux sont tantôt sessiles, petits et très rapprochés (d) ; tantôt, et le plus souvent, silués à l’extrémité de deux pédicules mobiles (e). Les œufs sont intérieurs, ou extérieurs, et renfermés dans une capsule de la base de la queue.
Ici les yeux sont sessiles, immobiles, et le corps est renfermé dans un test ovale, ayant la forme d’une coquille bivalve; les ovaires sont toujours intérieurs. Tels sont
LES LIMNADIES,
(LIMNADIA. Adolp. Brong.) (2;
(PI. 74 fig. 1.)
Qui se lient tellement avec les précédens , que la seule espèce connue avait été placée parmi les daphnies par Hermann fils. Le test est bivalve,
(x) Ces animaux représentent, dans la compose, avec celui d’apus , ma famille des «classes des crustacés, les myriapodes de aspidifores ; il se rapproche de celui-ci par celle des insectes. le nombre des pattes, et des dapbnies par
(2) Dans mon ouvrage sur les familles na- le test.
turelles du règne animal, ce sous-genre
(a) PL 74, fig. ra,:14d,2,2a, ete. (8) PI. 4, fig. re (c) PI, 74, fig. 2. (d) PI. 94, fg: ra, c.
(e) PI: 74, fig. 2, 3, 34, d.
258 CRUSTACÉS BRANCHIOPODES.
ovale, et renferme le corps, qui est allongé, linéaire et infléchi en avant. A la tête (a), se confondant presque avec lui, sont : 1° deux yeux placés transversalement et très rapprochés; 2° quatre antennes, dont deux beaucoup plus grandes, composées chacune d’un pédoncule de huit articles, et de deux branches ou filets, cétacées, divisées en huit articles, et un peu soyeuses, et dont les deux autres et intermédiaires, petites, simples, élargies à leur extrémité; 3° la bouche, située au-dessous, consistant en deux mandibules renflées, arquées et tronquées à leur extrémité inférieure, et en deux mächoires foliacées. Ces parties forment, réunies, une sorte de bec inférieur. Le corps proprement dit est divisé en vingt-trois segmens, portant chacun, à l’exception du dernier, une paire de pattes branchiales. Toutes ces pattes (2) sont semblables, très comprimées, bifides, avec la division extérieure simple, ciliée au bord extérieur, et l’autre quadriarticulée et fortement ciliée au bord interne. Les douze premières paires sont de même longueur, et plus grandes que les autres; la longueur de celles-ci diminue progressivement. La onzième paire et ses deux suivantes ont à leur base un filet mince, remontant dans la cavité qui est entre le dos et le test, et sert de support aux œufs. Le dernier segment , ou la queue, se termine par deux filets. Les ovaires sont intérieurs, et situés sur les côtés du canal intestinal, depuis la base de la première paire de pieds jusqu’à la dix-huitième, et leur issue paraît être située à la racine de quelques-uns d’entre eux. Les œufs, après la ponte, occupent la cavité dorsale, dont nous avons parlé, et y sont attachés au moyen de petits filets, adhérant eux-mêmes à ceux des supports. Ils sont d’abord ronds et transparens ; ils prennent ensuite une teinte jaunâtre, qui s’obscurcit après au centre, et leur figure devient irrégulière et angulaire.
Tous les individus observés par M. Adolphe Brongniart, en étaient pourvus. Les mâles, supposé qu’il en existe, ne paraissent pas à la même époque que les femelles, c’est-à-dire au mois de juin, et sont inconnus.
La Limnadie d' Hermann (c) (Limnadia Hermani, Adol. Brong., Mém. du Mus. d’hist. natur., VI, Xuit; Daphnia gigas, Herm., Mém. apterol., V.) a été trouvée en grand nombre dans les petites mares de la forêt de Fontainebleau.
Là, chaque œil est situé à l’extrémité d’un pédicule formé par le prolongement latéral et en forme de corne de chaque côté de la tête (d). Le corps est nu, sans test, et annelé dans toute sa longueur. Les femelles por-
(a) PL. 94, fig.r a. (2) PL. 94, fig. 1d.
fe) PL, 94, fig. (d) PL 74, fig. 2, 3, 3 4.
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SECTION DE LOPHYROPES. 2359
tent leurs œufs dans une capsule allongée, située vers la base de la queue, dans ceux où il se termine ainsi, ou à l'extrémité postérieure du corps et du thorax, dans ceux où il n’y a point de queue.
Ceux-ci ont une queue.
LES ARTEMIES, (ARTEMIA. Leach.)
Dont les yeux sont portés sur de très courts pédicules; dont la tête se confond avec un thorax ovale , poriant dix paires de pattes, et terminé par une queue longue el pointue. Leurs antennes sont courtes et subulées.
L’Artemie saline (Cancer salinus, Lin), Montag.; Trans. Soc. linn., XI, XVI 8—10; Gasznmarus salinus, Fab,; Desm., Consid., pag. 393, est un très petit crustacé, que l’on trouve communément dans les marais salans de Lymington, en Angleterre, lorsque l’évaporation des eaux est très avancée, mais sur lequel nous n’avons encore que des renseignemens très imparfaits.
LES BRANCHIPES
(BRANCHIPUS, Lat. — CAhirocephalus. Bénédict Prévost. Jurin.) (Pl 74, fig. 2,3.)
Ont les yeux portés sur des pédicules très saillans, le corps étroit, allongé et comprimé; la tête distincte du tronc, diversement appendicée selon les sexes , avec deux saillies en forme de cornes entre les yeux (a) ; onze paires de pattes, et la queue terminée par deux feuillets plus ou moins ailongés et bordés de cils.
Quoique Schæffer et Bénédict Prévost (1) aient donné des monographies très détaillées sur deux espèces de ce genre, ces travaux néanmoins sont encore imparfails, quant à la connaissance approfondie et comparative de l’organisation buccale et de quelques autres parties de la tête. Considérés dans les deux sexes, ces animaux nous présentent les généralités
(1) Mémoire sur le chirocéphale, im- de feu Louis Jurine, et qui avait déjà paru
primé à la suite de l'Histoire des monocles dans le Journal de physique.
(a) PL 74, fig. 3 a.
240 CRUSTACÉS BRANCHIOPODES.
suivantes : le corps est presque filiforme, composé d’une tête distincte du tronc par une espèce de cou; d’un tronc ou thorax creux en dessous dans sa longueur, divisé, du moins en dessus, le cou non compris, en onze segmens, portant chacun une paire de pattes branchiales, très comprimées, généralement composées de trois articles lamellaires, avec les bords garnis d’une frange de poils ou filets barbus; et d’une queue allongée, allant en pointe, de neuf segmens, terminée par deux feuillets plus ou moins allongés, bordés de cils. Le dessous de son second segment présente les organes sexuels masculins , et dans Ja femelle un sac allongé, contenant les œufs qu’elle est près de pondre. La tête offre : 1° deux yeux à réseau écartés, situés à l'extrémité de deux pédoncules flexibles, formés par des prolongemens latéraux de la tête; 2° deux antennes au moins, frontales, guère plus longues que la tête, menues, filiformes, composées de très petits articles ; 3° deux saillies, au-dessous d’elles, tantôt en forme de cornes et d’un seul article, tantôt digitiformes (le premier doigt des mains, Bénéd, Prévost), de deux articles; 4° une bouche inférieure, composée de deux sortes de mandibules dentées, sans palpes, et de quelques autres pièces (a). Nous présumons que ces saillies en forme de cornes ne sont qu’un appendice ou division, mais plus grand et autrement conformé dans les mâles, des antennes frontales ; les deux autres antennes peuvent manquer ou s’oblitérer dans les femelles, et former dans l’autre sexe de l’une de ces espèces (Chirocéphale diaphane, Prévost) ces singuliers tenlacules, appendicés et dentés, en forme de trompe mollasse, pouvant se rouler en spirale, que Bénédict Prévost désigne sous le nom de doigts des mains. Il est probable que la bouche a ainsi que dans les apus, deux paires de mächoires, une languette et un labre, mais dont les formes et les situations respectives n’ont pas encore été bien reconnues. Il me parait hors de doute que cette pièce, en forme de bec, dont parle Schæffer, et que M. Prévost appelle soupape, ne soit le labre; que les quatre corps ou mamelons placés sur les côtés et mentionnés par le premnier, ne soient les mandibules et les deux mâchoires supérieures; et que les pièces, considérées par le second comme des barbillons ne soient aussi maxillaires. Les deux premières pattes, qui, suivant Schæffer, ne sont composées que de deux articles, et dont le dernier allant en pointe, représenteraient les deux premiers pieds mâchoires des cruslatés décapodes , et les deux grandes pattes antenniformes des apus (Voyez la 1° partie des Mémoires sur les animaux sans vertèbres, de M. Savigny). Les principaux organes sexuels masçulins, ou du moins ceux que l’on regarde comme tels, consistent en deux corps conoïdes, biarticulés, et ne sortant que par la pres-
(a) PL. 54, fig. 3a, 30, 3 d;3e.
ER ER EEE 7 AQU AS
SECTION DES PHYLLOPES. 241
sion (Schæffer), situés sur le dessous du second anneau , et auquel abou-
tissent des vaisseaux partant du premier. M. Prévost présume que les
deux vulves de la femelle sont à l'extrémité de la queue, mais ne donnent
point issue aux œufs. Cette issue (deux ouvertures, selon Schæffer) est au second anneau, et communique intérieurement avec le s
sac renfermant les œufs et servant de matrice extérieure. Mais nous ne connaissons au-
cun crustacé dont les organes sexuels féminins soient placés à l'extrémité postérieure du corps, et dès-lors cette Opinion nous parail peu fondée. Les observations de Schæffer sur les poils des pattes de ces crustacés
nous montrent qu'ils sont autant de canaux aériens, et la surface même
des pattes dont elles se composent parait absorber une portion de l qui s’y attache sous la forme de petites bulles.
air,
Le Chirocephale diaphane de Bénédict Prévost, et qui nous semble avoir les plus grands rapports avec notre hranchipe des marais, si toutefois même il en diffère, a, en sortant de l'œuf, le corps partagé en deux masses à-peu-près égales, et presque globuleuses. La première offre un œil lisse, deux antennes courtes, deux très grandes rames ciliées au bout, et deux pattes assez courtes, gréles, de cinq articles. A la suile de la première mue, les deux yeux composés paraissent, le corps s’est allongé postérieurement, et se termine en une queue conique, articulée, avec deux filets an bout. Les mues suivantes développent graduellement les pattes et les rames s’évanouissent. La soupape, qui dans le jeune âge s'étend jusque sur le ventre et le recouvre, diminue aussi à proportion.
Les branchipes se trouvent, et ordinairement en grande abondance, dans les petites mares d’eau douce et trouble, et souvent dans celles qui se forment à la suite des grandes pluies, mais particulièrement, à ce qu’il parait, au printemps et en automne. Les premiers frimas les font périr. Ils nagent avec la plus grande facilité sur le dos, et leurs pattes, incapables de leur servir à la marche, présentent alors un mouvement ondulatoire très agréable à voir. Ce mouvement établit un courant d’eau entre elles, et qui, suivant le canal de la poitrine, porte à la bouche les petits corpuscules dont l'animal se nourrit; mais lorsqu'il veut avancer, il frappe vivement l’eau de droite et de gauche avec sa queue, ce qui le fait aller comme par bonds et par sauts. Retiré de ce liquide, 1l remue pendant quelque temps sa queue, et se recourbe circulairement. Privé d’un degré suffisant d'humidité, il ne fait plus aucun mouvement.
Au rapport de Bénédict Prévost, le mâle de l’espèce qui est l’objet de son mémoire, voulant s’accoupler, nage au-dessous de sa femelle, la saisit au cou avec les appendices en forme de cornes de sa tête, et s’y tient fixé, jusqu’à ce que celle-ci recourbe l'extrémité postérieure de sa queue, afin de rapprocher les deux valves des organes copulateurs ; cet accouplement
12 CRUSTACÉS BRANCHIOPODES.
tO
ressemble ainsi à celui des libellules. Les œufs sont jaunâtres, d’abord sphériques, ensuile anguïeux, avec la coque épaisse et dure, ce qui favorise leur conservation. Il parait même que la dessiccation, à moins qu’elle ne soit trop forte, n’altère point le germe, et que les petits éclosent lorsqu'il vient à tomber une quantité de pluie suffisante. M. Desmarest a souvent observé des branchipes dans de petites flaques d’eau pluviale, sur les sommités des grès de Fontainebleau. Les femelles des chirocéphales font plusieurs pontes distinctes, à la suite d’un seul accouplement, chacune en plusieurs reprises , et qui durent ensemble quelques heures, et jusqu'à un jour entier. Chaque ponte est de cent à quatre cents œufs : ils sont lancés au dehors avec beaucoup de vitesse, par jets de dix ou douze, et avec assez de force pour pouvoir s’enfoncer un peu dans la vase.
Bénédict Prévost a observé que le chirocéphale diaphane était sujet à quelques maladies, dont il donne la description. Cette espèce;, ainsi que nous l'avons dit, nous semble peu ou point différer de notre branchipe des marais (1). Les deux cornes situées au-dessous des antennes supérieures sont composées, dans l’un et l’autre sexe, de deux articles, mais doni le dernier, grand et arqué dans le mâle, très court et conique dans l'autre sexe. Dans le Lranchipe stagnal (2), les cornes ne présentent qu’un article, et celles du mâle ressemblent, par leur forme, leur direction et leurs dents, aux mandibules des mâles de notre Iucane cerf-volant.
Ceux-là n’ont point de queue ; leur corps se termine presque immédiatement à la suite du thorax et des dernières pattes. Tels sont
LES EULIMÈNES.
(EULIMENE. Latr.)
Leur corps est presque linéaire, et offre quatre antennes courtes, presque filiformes, dont deux plus petites, presque semblables à des palpes placées à l’extrémité antérieure de la tête; une tête transverse, avec deux yeux portés sur des pédoncules assez grands et cylindriques; onze paires
(1) Cancer paludosus, Mull., Zool.
dan., xzvir, 1-83 Herbst., xxxv, 3-5; Chirocephalus diaphanus ? Bened. Prév., Journ. de phys., messidor an 11; Jurin., Monoc, xx-xx1r. Voyez Desmar., Consid., Lv1, 2-5, Cette dernière espèce a été dé-
crite dans le manuel du naturaliste de Du-
chesne , sous le nom de marteau d’eau douce.
(2) Branchiopoda stagnalis , Latr., Hist.
des crust, et des ins, IV, pag. 297 ; Cancer stagnalis, Linn.; Gammarus stagnalis, Fab.; 4pus pisciformis, Schæff. ; Gamma-
rus stagnalis, Herbst., xxx, 3-10.
SECTION DES PHYLLOPES. 243
to
de pattes branchiales , dont les trois premiers articles et le dernier, plus petits, allant en pointe; et immédiatement après elles une pièce terminale, presque demi-globuleuse, remplaçant la queue, et de laquelle sort un filet allongé qui est peul-être un oviducte. J'ai observé vers le milieu de la cinquième paire de paites, el des quatre suivantes, un corps globuleux analogue peut-être aux vésicules que présentent ces organes dans le sous-genre suivant, celui d’apus.
La seule espèce connue (lEulimène blanchätre, Lalr., Règne animal, par M. Cuv., IT, pag. 68 ; Nouv. Dict. d’hist. nat., X, pag. 333; Desmar., Consid., pag. 353, 354) est très pelite, blanchâtre, avec des yeux et extrémité postérieure du corps noirâtres. On la trouve dans la rivière de Nice.
Les autres et derniers phyllopes (ASPIDIPHORES, Aspidiphora, Latr.), ont une soixantaine de paires de pattes (a), toutes munies extérienrement, près de leur base, d’une grosse vésicule ovalaire {1), et dont les deux antérieures, beaucoup plus grandes et rameuses, ressemblent à des antennes (2); un grand test recouvrant la majeure portion du dessus du corps, presque entièrement libre, clypéiforme, échancré postérieurement, portant antérieurement, sur un espace circonscrit, trois yeux, simples, sessiles, dont les deux antérieurs plus grands et lunulés (c); et deux capsules bivalves, renfermant les œufs, et annexées à la onzième paire de pattes (d). Ces caractères signalent
LES APUS, (APUS. Scop.) (Pianche 55.)
Qui font partie du genre binocle de Geoffroy et de celui de limule de Müller.
Leur corps, en y comprenant le test, est ovalaire, plus large et arrondi par-devant, et rélréci postérieurement en manière de queue; mais, abs-" traction faite du test ou mis à nu, il est d’abord presque cylindrique, convexe en dessus, concave et divisé longitudinalement par un sillon en dessous, et se termine ensuite en un cône allongé. Il se compose d'une trentaine d’anneaux, diminuant beaucoup de grandeur vers l'extrémité
(r) Analogues peut-être aux vésicules formant le second article des pattes des daphnies.
(a) PI. 73, fig. 18, Jr 9. (b) PI, nb, fig. ICE fig ny
(e) PL 55, fig. 1. (d) PI, 95, fige 1 4.
244 CRUSTACES BRANCHIOPODES.
postérieure, et qui, à l'exception des sept à huit derniers, portent les pattes. Les dix premiers sont membraneux, mous, sans épines, offrent de chaque côté une petite éminence en forme de bouton , et n’ont chacun qu’une paire de pieds. Les autres sont plus solides ou cornés, avec une rangée de petites épines au bord postérieur; le dernier est plus grand que les précédens, presque carré, déprimé, anguleux, et lerminé par deux filets ou soies articulées. Dans quelques espèces composant le genre LÉPIDURE ( Lepidurus) du docteur Leach, on voit dans leur entre-deux une lame cornée, aplatie et elliptique. Si le nombre des pattes est d’environ cent vingt, il faut que les derniers anneaux, à partir du onzième ou douzième, en portent plus d'une paire, ce qui, sous ce rapport, rapproche ces crustacés des myriapodes. Le test, parfaitement libre depuis son atlache antérieure, recouvre une grande partie du corps. et garantit ‘ainsi les premiers segmens , qui , comme nous l’avons observé, sont d’une consistance plus molle que les suivans. Il consiste en une grande écaille cornée, très mince, presque diaphane, représentant les tégumens supérieurs de la tête et du thorax réunis, et formant un grand bouclier ovale , convexe, enlaillé en manière d’angle, et dentelé à son extrémité postérieure. Il est divisé, à sa face supérieure, par une ligne transverse et formant deux arcs réunis, en deux aires, dont l’antérieure, presque semi-lunaire , répond à la tête, et l’autre au thorax. La première offre, au milieu, trois yeux simples ou sans facettes sensibles, très rapprochés, dont les deux antérieurs plus grands, presque en forme de rein, et dont le postérieur beaucoup plus petil et ovale. Une duplicature de la portion antérieure du test forme en dessous une sorte de bouclier frontal, aplati, en demi-lune, servant de base au labre. L’aire postérieure, celle qui répond au thorax, est carénée au milieu de sa longueur. Ce test n’est fixe que par son extrémité antérieure, de sorle qu’à partir de ce point, on peut découvrir tout le dos de l'animal. Les côtés de cette écaille, vus en dessous et à la lumière, présentent chacun une grande tache formée d’un grand nombre de lignes dessinant des ovales concentriques, et qui paraissent être des tubes remplis d’une liqueur rouge. Immédiatement audessous du bouclier ou disque frontal, sont situées les antennes et la bouche. Les antennes (a) sont au nombre de deux, insérées de chaque côté des mandibules, très courtes, filiformes, et de deux articles presque égaux. La bouche est composée d’un labre carré et avancé; de deux mandibules (4) fortes, cornées, ventrues inférieurement, comprimées et dentelées à leur extrémité, sans palpes ; d’une grande languette (c) profon-
(a) PL 55, fig re, ce. (&) PI. 55, fige x à.
(c) Pl 55; Bgre
SECTION DES PHYLLOPES. 245
dément échancrée; et de deux paires de mAchoires («), en forme de feuillets, appliquées lune sur l’autre, dont les supérieures, épineuses et ciliées au bord interne, et dont les inférieures, presque membraneuses, semblables à de petites fausses pattes; elles se terminent par un article grêle, allongé, et se prolongent extérieurement, à leur base, en une espèce d’oreillette, portant un appendice d’un seul article et cilié, que lon peut considérer comme une sorte de palpe. La languette offre, suivant M. Savigny (Mém. sur les anim. sans vertèb., l'e part,, 1 fasc.), un canal cilié qui conduit droit à l’æsophage. Les pattes, dont le nombre est d'environ cent vingt, diminuent insensiblement de grandeur, à partir de la seconde paire; elles sont toutes très comprimées, foliacées (4), et se composent de trois articles, non compris les deux longs filets du bout des deux antérieures et les deux feuillets terminant les suivantes, pièces que l’on peut regarder comme formant, réunies, un quatrième article, en pince ou à deux doigts prolongés et convertis en espèces de filets antenniformes {c). Sur le côté postérieur du premier article est insérée une grande membrane branchiale, triangulaire, et le suivant ou le second porte aussi, sur le même côté, un sac ovalaire vésiculeux et rouge. Le bord opposé de ces pattes offre quatre feuillets triangulaires et ciliés, dont le supérieur est très rapproché des doigts de la pince, et parait en former un troisième sur les secondes pattes et les suivantes, jusqu’à la dixième paire. Au fur et à mesure que la grandeur de ces organes diminue, les feuillets se rapprochent les uns des autres, la pince est moins prononcée et moins aiguë, et le premier doigt s’élargit aux dépens de la longueur et s’arrondit. Les deux antérieures, beaucoup plus grandes, en forme de rames, ressemblent à des antennes ramifiées, et ont élé considérées:comme telles par quelques auteurs (1) : elles offrent quatre filets sétacés composés d'un grand nombre d'articles, et dont les deux du bout, l'un surtout, bien plus long que les deux autres, qui sont situés au côté interne ou l’antérieur. Il est évident que les deux de l'extrémité sont les analogues des deux doigts de la pince, et que les autres représentent aussi deux feuillets latéraux; on pourra s’en convaincre en comparant ces pales avec leurs analogues et les deux ou trois suivantes des jeunes individus. Après leur sixième ou septième mue, celles-ci ressemblent beaucoup aux deux antérieures, et les antennes même y sont proportionnellement plus longues que dans l’état adulte, et terminées par des soies
(x) Elles paraissent aussi représenter les deux premiers pieds-mächoires.
PE Ne i (CAM ENS fig. riere: (2) PL 9è, fig. 14, 18, 14
(c) Pl/55; fig. 1f°
246 CRUSTACÉS BRANCHIOPODES.
ou des poils. La onzième paire est très remarquable (1). Le premier article présente, derrière la vésicule, deux valves circulaires (a) appliquées Pune sur l’autre, formées par deux feuillets, et renfermant les œufs, qui ressemblent à de pelits grains d’un rouge très vif. Tous les individus qu’on a étudiés jusqu’à ce jour ayant tous été trouvés munis de pattes semblables, on a soupconné qu’ils se fécondaient eux-mêmes, et qu'il n’y avait point de mâles.
Ces crustacés habitent les fossés, les mares, les eaux dormantes, et presque toujours en sociélés innombrables. Enlevés, ainsi rassemblés, par des vents très violens, on en a vu tomber sous la forme de pluie. Ils paraissent plus communément au printemps et au commencement de Pété. Leur nourriture consiste principalement en têtards. Ils nagent très bien sur le dos, et lorsqu'ils s’enfoncent dans la vase, ils tiennent leur queue élevée. Ils offrent en naissant(?; qu’un seul œil, que quatre pattes en forme de bras ou de rames, ayant des aigrettes de poils, et dont les secondes plus grandes. Leur corps n’a point de queue, et leur test ne forme qu'une plaque recouvrant la moitié antérieure du corps. Leurs autres organes se développent peu-à-peu par suite des mues successives. M. Valenciennes, employé au Muséum d'histoire naturelle, a remarqué que ces animaux étaient souvent dévorés par l’oiseau connu vulgairement sous le nom de Lavandiere. |
Les espèces connues étant très peu nombreuses, il n’est point nécessaire de former, comme la fait M. Leach, avec celles qui ont une lame entre les filets de la queue, un genre propre (LÉPIDURE, Lepidurus); telle est l’Apus prolonge (Monoculus Apus, Lin.; Schæff., Monoc., VI; Limule serricaude, Herm. fils. ; Desmar., Consid. LIT, 2). La carène du bouclier se termine postérieurement en une petite épine que l’on ne voit point dans la suivante, l’Apus canciforme (le Binocle à queue en filet,
GeofT. Insect. XXI, 4; Lèmutus palustris, Müll. ; Schæff., Monoc., I-V ;
l’Apus vert, Bosc.; Desmar., ibid. LI, 1.); celle-ci n’a point d’ailleurs
de lame entre les filets de la queue; elle est le type du genre apus proprement dit du docteur Leach. Il en a figuré (Edinb. Encyclop., Suppl.,
[. XX) une autre espèce (4pus Montagui).
(rx) Schæfler les distingue sous la déno- ceux qui viennent après les pieds à matrice, mination de pieds & matrice. Les neuf paires ou la douzieme paire et les suivantes, des précédentes sont, pour lui, des pieds ex pieds branchiaux. Les sacs vésiculaires s’alpince; ceux de la première, des pieds ex longent et se rapetissent aussi graduellerames, où des pieds proprement dits ; enfin, ment ; leur usage est inconnu.
(a) PL:55, fig. 1 2. L (b) PI, 55, fig. 17, tr, rê.
— ————— mm — —
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