NU DE DOS
LE FAUCONNIER
a là-dessus bien des explications à donner, sans doute; mais que vaudraient-elles quand on est entièrement ravi par ce nouveau et vigoureux témoignage de l’art de peindre?
Je sais bien que cela amuse les peintres de nous raconter comment ils entendent, eux, cet art de peindre. EtM. Le Fauconnier aime peutêtre s’exprimer — par des mots; tous les cubistes, passés et présents sont des parleurs ; mais pourrait-il, mieux que par ses peintures, me vanter, par des mots, les superbes et fastueux accords de ses beaux tableaux? J’en doute; en tout cas, je ne lui demanderai jamais ces sortes d’explications qui me détournent toujours de tout plaisir; et puis il y a des mots qui reviennent trop dans toutes les raisons que l’on s’évertue à nous donner; ces mots, vous aussi vous les avez trop entendus', ils ne peuvent plus vous intéresser. En entrant dans une galerie de tableaux, faites comme lorsque vous entrez chez un coiffeur qui ne vous connaît pas; montrez que vous êtes sourd et muet, — et regardez!
Les tableaux de M. Le Fauconnier sont
CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES
capables de vous enivrer seuls, sans l'aide des mots. A la galerie Joseph Billiet, rue de la Ville-l’Evêque, vous verrez tout un choix des plus beaux tableaux de ce peintre. Oui, entrez — et regardez!...
LHOTE
LHOTE (André), né à Bordeaux, le 5 juillet i885. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’ Automne.
M. Lhote dessine, peint — et il écrit. Il fait tout cela avec le même entrain et avec le même bonheur. Bien entendu, on lui reproche d’écrire. On désigne ses confrères qui, bêtas, ne comprennent pas qu’écrire cela prend du temps; et moins M. Lhote peindra, mieux..., etc.
Oui, M. Lhote — et il a bien raison! — écrit de longs articles sur l’art. Il est un de ces peintres qui ont peur de ne pas assez dominer par la seule puissance de l’art de peindre; et surtout, pour lui, pas de bonne peinture, y compris la sienne, si elle ne s’étaye sur de prolixes et savantes dissertations.
M. Lhote a-t-il donc tellement de temps à
CUBISTES, FUTURISTES ET PASSÉISTES
perdre? On ne le croit pas, quand on le voit préoccupé par tellement de sujets. M. Lhote est non seulement, en effet, un savant et patient dessinateur, mais aussi un peintre fort bien doué à qui nul motif n’est étranger. Né à Bordeaux, il va de soi qu’il peint admirablement les bateaux; mais il peint aussi non moins admirablement, les filles qui vivent autour d’eux — et les matelots qui les animent : les filles comme les bateaux. Il peint des paysages également, des intérieurs — et des natures mortes surtout, dont une exposition, un jour, dans la galerie Druet, fut pour nous un total enchantement.
Selon une plate plaisanterie connue, M. Lhote ne va sans doute jamais au café; et c’est sur ce temps-là, le temps de déguster quelques liqueurs, que M. Lhote prend ses moments pour écrire. Il sait bien — lui, le premier — que cela le diminue un peu auprès des gens, — et ils sont légion! — qui veulent à tout prix vous spécialiser; mais M. Lhote ne s’inquiète pas des on dit. Il dessine, il peint — et il écrit.
Cela dit, ne cherchons pas à établir qui, chez M. Lhote, l’emporte : du peintre ou de l’écri-
IOO