‹ Cubistes, futuristes, passéistesChapitre 19 sur 34 · LH OTE · texte numérisé non relu

LH OTE

vain. Pour Fromentin, jadis, l’accord fut vite fait : le peintre était au-dessous de tout; l’écrivain était renommé. Laissons les confrères de M. Lhote, répéter, eux : « Il a tort de peindre, il écrit si bien! » — alors que si M. Lhote se trouve, par hasard, dans un groupe de peintres, il peut entendre : « Quand on peint comme vous, mon cher Lhote, pourquoi écrire? » Dans ces conditions, convenez qu’un homme — s'il n’avait pas le bon équilibre mental de M. Lhote, — ne saurait vraiment pas ce qu’il doit faire!...

En tout cas, ce que M. Lhote gagne à tout cela, c’est qu’il nous montre toujours des peintures fort bien raisonnées. Elles ne sont pas toujours imprévues, ingénues, candides, puisque le raisonnement a passé par là — et a, souvent, un peu bridé la libre spontanéité si charmante de l’œuvre; mais ce que nous perdons en sensation directe, nous le rattrapons en sensation — peut-on dire? — calculée.

Chaque spectateur est ainsi, devant chaque tableau de M. Lhote, tiraillé par deux forces opposées.

Moi, qui connais pas mal les bateaux, je sais

CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES

bien que M. Lhote les représente avec une parfaite « exactitude ». Je suis donc aisément porté à croire qu’il apporte partout le même souci d’établir, de construire une idée ou un être humain. Alors, il y a belle lurette que, pour mon propre compte, je m’intéresse, en résumé, autant à M. Lhote écrivain qu’à M. Lhote peintre. Je connais de lui de très beaux articles; — et je connais de lui de non moins beaux tableaux, où le dessin grave, sévère, s'associe à une couleur de tonalité générale noble, un peu sourde volontairement parfois, pour nous causer une réelle et durable joie!...

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