LE BOXEUR
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MOREAU
comme on l’ânonne toujours, aux Impressionnistes. D’abord, où sont les ligures des véritables Impressionnistes : Monet et Sisley ? Ce n’est pas Renoir que vous appelez un Impressionniste; Renoir qui a peint, lui aussi, de massives figures, des ventres, des gorges, des flancs et des fesses d’une puissance sans égale. Alors, à quoi bon vanter un tableau d’ordre général plus sombre en accablant un tableau qui apporte bien plus de clarté apparente? Il était plus simplement naturel — et presque tout indiqué — que certains jeunes peintres revenant bravement de la guerre, à la manière eschylienne, fussent des peintres épris d’une peinture d’aspect dramatique et sourd. M. Luc-Albert Moreau qui nous présenta tout de suite, au sortir du feu, le Raid aérien est, par sa hauteur de style, le plus qualifié de tous les peintres pour nous émouvoir à force de simplicité résolue — et en ne demandant à la couleur qu’un minimum d’expression.
S’ensuit-il que, demain, il n'y aura plus de nuances dans un tableau de M. Luc-Albert Moreau? Allons donc! Souvenez-vous de tout le choix que le Boxeur nous présenta; et, dans
CUBISTES, FUTURISTES ET PASSÉISTES
quelque temps, s’il vous est donné de revoir ce rare tableau dans la belle collection qui l’a accueilli, vous les verrez épanouis, tous les tons, les rouges, les bleus, les jaunes, les verts, comme pour une chantante et admirable association en vue de la glorification d’une autre durable beauté, — une beauté, je le répète, plus « silencieuse » et plus sévère...
PICASSO
PICASSO (Pablo-Ruiz), né à Malaga (Espagne), le 24 octobre 1881.
Picasso fut reconnu en son temps comme chef de ce cubisme renouvelé — (car le vrai cubisme date au moins de Villars de Honnecourt (xiii6 siècle) — dont les exploits languissants se prolongent encore par la palette attardée de quelques très jeunes huiliers, qui se qualifient simplement « peintres cérébraux ».
A bien dire, ce nouveau cubisme fut, au début, assez explicable. Il fallait partir en guerre contre l'impressionnisme, contre le néo-impressionnisme, etc., etc. Il fallait bannir de la toile le motif anecdotique proprement dit; il fallait « construire » la première chose venue après avoir « impressionné ».
CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES
Pour l'objet ou les objets à représenter, on voulut d’abord avoir des points dits de contact précis avec la nature elle-même de ce ou de ces objets; et, première phase (M. Naudin, encore bien avant Picasso, colla, sur un de ses tableaux de la vraie peau de tambour sur des tambours peints par lui), — on colla, sur la toile, ainsi que l’on sait, des parties matérielles de ce ou de ces objets. D’où ces tableaux portant des coupures de journaux, du sable, des morceaux de pipe, des cordes, etc. Ce fut l’époque dite des « panoplies ».
On supprima ensuite ces collages, et l’on ne montra sur la toile que les différents aspects de la chose ou des choses représentées. On fit inconsidérément de la géométrie qui avait l’air d’être descriptive. S’agissait-il, par exemple, de représenter une guitare, on la mettait en morceaux et l’on représentait la face, le dos, les côtés, etc., de cette guitare. Ce fut l’époque dite de l’échantillonnage. On appliqua ce procédé à la représentation du corps humain; et tout se traduisit pardes angles, des triangles, des cubes, des plans rigides, des équerres en guise de
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têtes, des polyèdres en guise de ventres, etc.
Tout cela n’était pas sans intérêt. C’était, parfois, un joli ensemble de lignes et une complexe féerie de couleurs. Un peu comme un art de marchand de tapis; un peu comme de l’ornementation par trop pittoresque.
Tout cela surtout conduisait à une impasse. Néanmoins, le cubisme eut son apothéose; et, à l’heure actuelle, M. Léger, par exemple, montre encore des enseignes très colorées pour marchands de couleurs; alors que M. Juan Gris est, lui, en quelque sorte, comme l’Aman-Jean du cubisme défaillant.
Sur Picasso, j’ai écrit, dans la première édition de ce livre, les pages suivantes :
« Picasso autrement dit le Chef des Cubistes; et nous ne sommes pas au bout de ses continuelles évolutions. Il a une extraordinaire virtuosité. Il ignore tout et il s’assimile tout; mais rien ne reste en lui. Notons ses principales aventures.
CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES
« Arrivé à Paris, très jeune, il inaugure la période Steinlen. Il peint la rue, les jardins, les maisons, les gamins et les femmes de la Ville. Il les peint très vite, à raison d’une dizaine de tableaux par jour. Il y en a bientôt tant que j’organise chez Vollard, en juin 1901, sa première exposition publique. On n’a que l’embarras du choix. C’est une exposition juvénile et diverse. Chacun peut y trouver le sujet qu’il affectionne. Les filles, les enfants, des intérieurs, des paysages, des cafés-concerts, des dimanches ayx courses, aux bals publics, etc., etc., voilà les sujets généralement représentés. A considérer cette manière , ce style preste et hâtif, on se rend vite compte que Picasso veut tout voir, veut tout exprimer. On imagine aisément que la journée n’est pas assez durable pour ce frénétique amant de la vie moderne. C’est alors un harmoniste des colorations claires, mais un peu éperdu, impatient, que le lendemain trouve encore tout armé, en éveil et dispos.
« Je le répète, c’est le moment pour lui des sujets variés. Voici des titres, en exemple : Toledo; Iris; la Mère; Morphinomane ; l'Absin-
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the ; Moulin-Rouge ; la Buveuse; le Soir; le Square; Boulevard de Clicliy ; le Matador ; Café- Concert; El Tango; Eglise d’Espagne; Au bord de Veau; la Foire; Don Tancredo ; etc., etc.
« Il se fatigue lui-même; et, de Steinlen, il passe à Lautrec. De cette seconde période, il laisse encore en tas des tableaux de danseuses, de filles, des portraits bâclés dans les bars et dans les promenoirs. Il ruse, d’ailleurs. Ainsi ses clowns, ses arlequins de cette époque-là ont un air emprunté parfois à d’autres peintres. Ce sont des personnages plus « amusants de couleur » que significatifs.
« Mais tout cela ne contente pas Picasso. Il part et il revient, après un voyage en Espagne, chargé de portraits barbares et, à la vérité très curieux. Cela encore ne dure pas; il court toujours après une originalité; et comme il s’est épris soudainement du Greco, qu’il a placé les photographies des tableaux de ce Maître tout autour des murs de sa chambre, il innove la « période bleue ». Les amateurs recherchent présentement beaucoup les œuvres de cet instant-là. A un autre moment, Picasso a copié
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Puvis de Chavannes; je connais aussi des amateurs pour cette période-là. Mais la période bleue, je l’avoue, l’emporte. C’est la période squelettique des couples affamés, agrafés devant un verre d’absinthe. Picasso logeait alors place Ravignan.
« Puis vient la « période rouge » qui nous gratifie d’extraordinaires portraits. Picasso se cherche toujours. Sa virtuosité lui permet, d’ailleurs, d’essayer toutes les difficultés. La peinture est pour lui un sport. Il tente toujours l’impossible et il suit toutes les routes. C’est alors qu’il tombe sur une sculpture nègre et que, d’un bond, il se lance dans la peinture nègre. Les carrés, les cubes, les triangles lui sont révélés par cette étrange sculpture africaine. Il ignore toute la géométrie ; mais, plus fort que Pascal lui-même, il se l’assimile tout entière en contemplant ce « griot » que le hasarda mis sur sa route. Et, le lendemain, il inaugure, avec quel éclat! la « période nègre ».
« Les amateurs, ahuris, s’étonnent, se secouent; puis iis s’interrogent entre eux. Estce du génie ou de la fumisterie? Alors, voici le
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Photo Galerie Simon