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ORGUEIL

UTTER

portraits gardent une signification plus certaine, affirment une volonté plus résolue : celle de rester agressif. C’est là — surtout, plus que partout ailleurs, qu’il faut voir s’épanouir la sécheresse, tout le « coupant » de son caractère...

VALADON

VALADON (Suzanne), née à Limoges. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.

Mme Valadon est maintenant justement célèbre. Elle peint solidement; Cézanne eût meme employé un autre mot. Rien, dans sa peinture, n’est mou, irrésolu, féminin. Ses dessins et ses eaux-fortes sont également abondants et forts.

Mme Valadon a peint tout ce qui est autour de nous : des paysages, des natures mortes, des nus — et elle a réalisé d’enviables portraits. Ses amis savent quels beaux « ensembles » elle détient en ce dernier genre : depuis son portrait par elle-même (un unique pastel, digne des meilleurs musées) jusqu’aux portraits de son fils Maurice Utrillo, de son mari

VALADON

André Utter, de sa propre mère — et du bon chien qui fut si longtemps son compagnon.

Ses compositions se comptent par centaines, et elles sont héroïques. Il y a une force illimitée — et d’une qualité nerveuse extravagante — en cette femme d’apparence menue et frêle . Elle ne se contente pas de peindre — virilement — , elle cerne encore ses nus de traits accusés, pour préciser un dessin entêté et impeccable. Elle ne se plie à aucune concession; elle préfère même parfois la vulgarité évidente à la jolie expression qu’elle ne veut pas subir.

Patiente quand il le faut, elle se lance parfois à recréer sur sa toile toute une ville. Elle fit cela pour deux villes au moins au cours d’un voyage en Corse: Belgodère et Corte; et si tout était représenté, l’ensemble restait d’une saveur incomparable.

Car son goût du détail ne va jamais jusqu’au maniérisme; elle ne saisit que l’essentiel; mais elle exprime tout l’essentiel. Pas de trompel’œil, mais jamais d’à-peu-près. Cette femmepeintre est venue pour peindre la vie; elle veut peindre toute la vie.

CUBISTES, FUTURISTES ET PASSÉISTES

Ne choisissez pas Mme Valadon si vous voulez posséder de vous un portrait aimable, séduisant. Elle exagérera votre caractère; elle enflera vos bajoues ou, au contraire, elle amincira votre poitrine. Derrière ses lunettes, cette terrible femme a un regard méprisant, hostile; et elle est cependant, dans la vie même, toute charité et toute bonté. Elle est comme ces religieuses qui dès qu’elles ont avalé l’hostie deviennent féroces; elle, dès qu’elle a pris sa palette, et groupé ses pinceaux, après avoir soigneusement préparé ses couleurs, elle s’arme de cette implacable résolution de vous peindre comme « elle vous voit! » et nulle flatterie ne la peut apaiser.

Elle ne fait donc que des portraits graves? Oui, dramatiques même quelquefois. Voyez son propre portrait au pastel, d’une cruauté si absolue, — ce portrait où tout est mauvais et froid — yeux, nez et la bouche si durement scellée. Si vous êtes fleur, c’est la seule chance que vous aurez de l’attendrir.

Certes, ses natures mortes, — ses bouquets, bien que faits de fleurs que ne connaissent pas les

VALADON

Photo Bernés et Marouteau

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