‹ Cubistes, futuristes, passéistesChapitre 29 sur 34 · VAN DON GE N · texte numérisé non relu

VAN DON GE N

Et, miracle de tout ce qu’il dessine et de tout ce qu’il peint, ce peintre glorifie aussi de je ne sais quelle race les « produits » les plus abâtardis de la loge de concierge et de l’échoppe, d’où sortent généralement les longues triques qu’il représente. Bien mieux, en Espagne, au Maroc, à Venise, à Cannes ou à Scheveningue, c’est partout le même miracle; partout nous avons, grâce à Van Dongen, la même idole penchée, mourante ou se ployant comme une acrobate.

Heureux dons qui permettent de toucher à tout avec le même éclat. Bateaux, ânes, chiens, chevaux, Marocaines et gitanes, officiers italiens minces comme des guêpes ou vieilles dames que d’innombrables artifices redressent, palais du Grand Canal vénitien, gondoles d’amour ou gondoles de spleen, comme tout cela est spirituel, léger, comme tout cela est, de par la sensibilité de Van Dongen, d’une extravagante fantaisie! Et les peintres, ses mornes confrères, en ce temps triste, sont enfin bien forcés de convenir qu’il est un peintre rare, un peintre fastueux, et que nul, pour de longues années,

CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES

ne pourra déposséder de son pouvoir de représenter si parfaitement lès souples femelles, fleurs et pierreries, dont s’accommodent si bien nos reins fatigués!...

VLAMINCK

VLAMINCK (Maurice), né à Paris, le 4 avril 1876. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.

Ce peintre ne pouvait pas rester en cage dans les ateliers.

Il se terra du côté de Rueil; et, tout seul, il se mit à peindre. Comme il aimait l’eau au point d’être une sorte de champion-canotier, il fixa la Seine dans des toiles noires, angoissantes: La Seine , l'hiver ; la Vallée de la Seine , à Marly;les bords de la Seine; la Seine au Pecq; etc., etc., autant de tableaux qui exprimèrent d’une manière originale le fleuve, les arbres, les petites villes aux maisons de jouets d’enfants et les ciels bousculés de nuages blancs et bleus.

Aux jours héroïques du Salon d’Automne, on classa tout de suite Vlaminck parmi les

CUBISTES, FUTURISTES ET PASSÉISTES

Fauves. Il méritait cette appellation. Par sa vie, d’abord; sa vie à l’écart de la ville; sa vie de vagabond de la peinture qui abat des kilomètres, avec, sur le dos, la charge de la boîte à couleurs, des toiles et du chevalet.

Par sa peinture, Vlaminck fut un Fauve ensuite; par sa peinture barbare, inculte, où les tendresses étaient cachées sous des noirs, des bleus et des verts profonds.

Mais il restait un peintre passionnément mobile. On le voyait aux Andelys, à Rouen, au Havre, ne quittant point les bords de la Seine; quelques jours plus tard, il apparaissait dans le Midi, épris toujours de l’eau, et représentant sauvagement encore le pittoresque vieux port de Marseille ou les eaux de rêve des Martigues.

Entre temps, il exécutait des céramiques : des centaines d’assiettes et de vases qu’il décorait de la plus ingénieuse façon. Il fut un des premiers à mettre en scène des « intérieurs » si souvent reproduits depuis au Salon d’Automne. On connaît, par Vlaminck, une grande table peinte, qui reste le modèle de tous les essais

VLAMINCK

que tentent aujourd’hui les fabricants, ces camelotiers attardés.

Des gravures sur bois, d’une brutalité émouvante, commentèrent encore, avec quel éclat! un apport de dons rares, sincères et résolument contrastés.

Mais, surtout, ses tableaux ont une saveur certaine.

Voici des œuvres enfin qui ne recherchent aucune complication, qui ne sont pas des rébus, des jeux de puzzle ou des épures d’aliéné; elles vous prennent nettement par la franchise des tons et par la rudesse des lignes. Elles évoquent, à propos de sites pour tous d’aspect au premier abord anodin, des paysages encore sous le soubresaut d’une épouvante, des villages mal essuyés d’orages, des eaux encore apeurées du fracas des trombes. Du pesant malheur vient de passer qui a laissé les arbres tachés de tons sinistres et les maisons balafrées d’horreur. C’est un art très poignant; et, Vlaminck, peintre français, né d’un père flamand (son vrai nom est Devlaminck) fait penser souvent à Cézanne, ce dieu de toute la peinture.

Cela fut écrit en 1914.

Aujourd’hui, en 192*3, Vlaminck estun peintre toujours un peu trop abondant, peut-être; mais faut-il lui tenir rigueur de sa joie de peindre, alors que tant d’huiliers restreignent, pour un profit purement commercial, leur production éternellement, sempiternellement inexistante!...

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