MAN O LO
dans une arène ou dans une salle de spectacle, toute l’attention féminine et toute sa sottise.
Les clowns et les paillasses n’ont point le même succès, parce que simplement ils sont, de par leur rôle, déplaisants. A eux, il n’est pas permis, en effet, de seprésenter, les cheveux ondulés, les yeux « habillés » de rimmel. Ils sont donc laids : et les femmes s’en détournent.
Manolo, dans la sculpture ici reproduite, a, très originalement, saisi la bêtise de la plupart des toréadors. Ces faces rondes, niaises, qualifient ces cabots prétentieux qui taxent à prix d’or la mise à mort — souvent ratée! — d’un taureau épuisé, fourbu, et sans défense.
Cette sculpture est, à sa façon, un juste plaidoyer en faveur des chevaux étripés, pour la plus grande gloire de toutes les Espagnes!
Mais Manolo, on le devine, a sculpté ou modelé bien d’autres intéressants spécimens de la grave et joyeuse humanité!
Depuis un certain nombre d’années, il vit à Céret, la petite ville illustrée par les Cubistes.
Pourtant, Manolo, tout en étant l’ami de ces derniers, leur fit une guerre acharnée, taxant
CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES
leurs prouesses d’indécrottables jobarderies. Manolo, en effet, adore les « grands classiques », et il prétend que « tout est contenu en eux ».
Esthéticien, ardent causeur, il obligea vite Picasso et ses acolytes à décamper. La succursale du Lapin agile que ces messieurs, aidés de quelques Polonais, avaient constituée dans la charmante petite ville des cerisiers, ne convenait nullement à Manolo, qui entendait rester désormais isolé.
Il a bien assez, répète-t-il, de sa peur : oui! la peur de la tramontane, ce sacré vent des montagnes qui secoue parfois les maisons et les habitants de Céret, et emporte un toit aussi aisément qu’il le ferait d’un chapeau.
ZADKINE