FLANDRIN
FLANDRIN (Jules), né à Corenc (Isère), le 9 juillet 1871. Expose au Salon des Indépendants, au Salon de la Société Nationale et au Salon d’ Automne.
Quand on veut choisir dans l’ensemble de l’œuvre de M. Jules Flandrin un tableau, on est très embarrassé.
Choisira-t-on des fleurs, un paysage, une figure moderne ou une évocation mythologique?
Les unes et les autres choses sont également attirantes. Et puis ce n’est pas tout! On rencontre encore des aspects de Paris, des gestes de danseurs, des décorations importantes.
Voilà un peintre qui doit bien dérouter les gens qui achètent des toiles d’après des racontars appuyés. Avec M. Flandrin, on ne sait rien de précis; et sa trop grande facilité apparente à
peindre doit être un sérieux handicap pour sa jeune gloire.
Et, en effet, représente-t-il des figures mythologiques ? Il est alors ingénu et charmant. Ses fleurs? Elles sont d'un éclat joli, d’une délicate fraîcheur. Ses paysages? Ils sont nobles, vastes, en pleine atmosphère. Ses figures modernes, ses portraits? Ils sont peints avec une bravoure, un entrain excessifs.
C’est même cette joie de peindre qui effraie quelques esprits timorés. Ils font un grief à M. Flandrin de safougue, de sa brutalité même, dirais-je pour les contenter. Ils lui reprochent de tout dire, de tout appuyer, de ne rien laisser au rêve, à la méditation, à l’émotion. « C’est une peinture qui a trop de santé! » disent-ils. Elle détonne, elle éclate, en effet, au-dessus de leurs âmes fatiguées; elle est insolente et vigoureuse.
Elle a surtout l’extrême franchise de sa sincérité.
FRIESZ
FRIESZ (Othon), né au Havre, le 6 février 1879. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.
On croit que ce fauve d’hier vient tout droit de la Scandinavie, et l’on se renseigne, curieusement. On apprend alors que M. Othon Friesz est né au Havre, fils d’armateur havrais,et que si son origine est bien Scandinave, elle date du dix-huitième siècle.
L’œuvre de M. Friesz est déjà fructueuse. Toutes ses évolutions ont été rapides. Elles se sont produites aussi bien par des figures et par des paysages que par des marines proprement dites. La Normandie, naturellement, a été pour lui un vaste pays à peindre, et le port du Havre a été, par tous les temps, une sorte de « leit-
CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES
motiv » pictural, qui l’amena aux différentes manières de sa carrière.
Ses Travailleurs à V automne marquèrent un souci de composition qui, désormais, restera une des principales préoccupations de M. Othon Friesz; et, cependant, il se laissera encore entraîner par des sujets en apparence plus simples, tels que la Cathédrale de Rouen ou la 7>apé\iste au cirque Medrano .
Tout de même, je crois que la hantise de la mer constituera encore pour longtemps le meilleur intérêt de son œuvre. En exemple le Bateau dans la calanque, exposé au Salon d’Automne en 1911, est une curieuse toile, d’une grandeur certaine. Ce voilier est une sorte de bateaufantôme très angoissant, qui nage dans les eaux bleues et roses. Des rochers sont cyclopéens. Cette toile, quel vif souvenir elle laisse, si simple de style, si émouvante !
M. Othon Friesz a voyagé en Italie, en Portugal, en Allemagne, en Hollande, etc.; mais je crois que la Méditerranée, de préférence, lui procurera les tableaux que l’on peut attendre de lui, après l’envoi au Salon d’Automne de 1911.
FRIESZ
Il sait bien que là se trouvent les plus beaux paysages du monde : les plus beaux rochers et les plus belles criques. Et en transformant, comme il a le droit de le faire, les mâtures et les voilures des bateaux, quels attirants paysages de rêve il réalise; surtout s’il place sur le rivage ces figures qu’il groupe avec tant d’assurance dans quelques-uns de ses paysages édéniques.
Mais on se souvient aussi qu’il vient de peindre avec le même bonheur la Montagne — et qu’il a réalisé de très belles décorations, qui sont comme des coins enchantés de Paradis terrestre.
FUTURISTES
Or, présentés par le poète Marinetti, au mois de février 1911, les cinq peintres futuristes italiens Boccioni (également sculpteur), Carra, Russolo, Balla et Severini exposèrent leurs tableaux dans une galerie d’art à Paris.
Ces Futuristes ne manquèrent pas d’y susciter quelque surprise et quelque tapage.
Leur profession de foi écrite disait :
« Nous pouvons déclarer sans vantardise que cette première Exposition de Peinture futuriste à Paris est aussi la plus importante exposition de peinture italienne qui ait été offerte jusqu’ici au jugement de l'Europe.
« En effet, nous sommes des jeunes et notre art est violemment révolutionnaire.
« Par nos recherches et nos réalisations qui ont déjà attiré autour de nous de nombreux imitateurs
LES PEINTRES FUTURISTES
doues et d’aussi nombreux plagiaires sans talent nous avons pris la tête du mouvement de la peinture européenne, en suivant une route différente, mais en quelque sorte parallèle à celle que suivent les Post-impressionnistes, Synthétistes et Cubistes de France, guidés par leurs maîtres Picasso, Braque, Derain, Metzinger, Le Fauconnier, Gleizes, Léger, Lhote, etc.
« Tout en admirant l’héroïsme de ces peintres de très haute valeur qui ont manifesté un louable mépris du mercantilisme artistique et une haine puissante pour l’académisme, nous nous sentons et nous nous déclarons absolument opposés à leur art.
« Ils s’acharnent à peindre l’immobile, le glacé et tous les états statiques de la nature ; ils adorent le traditionnalisme de Poussin, d’Ingres, de Corot, vieillissant et pétrifiant leur art avec un acharnement passéiste qui demeure absolument incompréhensible à nos yeux.
« Avec des points de vue absolument aveniristes, au contraire, nous recherchons un style du mouvement, ce qui n’a jamais été essayé avant nous.
« Bien loin de nous appuyer sur l’exemple des Grecs et des Anciens, nous exaltons sans cesse l’intuition individuelle, avec le but de fixer des lois complètement nouvelles qui puissent délivrer la peinture de l’ondoyante incertitude où elle se traîne.
« Notre volonté de donner autant que possible à nos tableaux une construction solide ne pourra guère nous reconduire dans une tradition quelconque. Nous en sommes convaincus.
« Toutes les vérités apprises dans les écoles ou dans les ateliers sont abolies pour nous. Nos mains sont assez libres et assez vierges pour tout recommencer.
« Il est indiscutable que plusieurs affirmations esthétiques de nos camarades de France révèlent une sorte d’académisme masqué.
« N’est-ce pas, en effet, revenir à l’Académie que de déclarer que le sujet, en peinture, a une valeur absolument insignifiante?
« Nous déclarons, au contraire, qu’il ne peut pas y avoir de peinture moderne sans le point de départ d’une sensation absolument moderne, et nul ne peut nous contredire quand nous affirmons qu e peinture et sensation sont deux mots inséparables.
« Si nos tableaux sont futuristes, c’est qu’ils sont le résultat de conceptions éthiques, esthétiques, politiques et sociales absolument futuristes.
« Peindre d’après un modèle qui pose est une absurdité et une lâcheté mentale, même si le modèle est traduit sur le tableau en formes linéaires, sphériques ou cubiques.
« Donner une valeur allégorique à un nu quelcon-
BOCCIONI