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ÉLASTICITÉ

LES PEINTRES FUTURISTES

que en tirant la signification du tableau de l’objet que le modèle tient dans sa main ou de ceux qui sont disposés autour de lui est pour nous la manifestation d’une mentalité traditionnelle et accadémique.

« Cette méthode assez semblable à celle des Grecs, de Raphaël, de Titien, de Véronèse, est bien faite pour nous déplaire.

Tout en répudiant l’impressionnisme, nous désapprouvons énergiquement la réaction actuelle qui, pour tuer l’impressionnisme, ramène la peinture à de vieilles formes académiques.

« On ne peut réagir contre l’impressionnisme qu’en le surpassant.

« Rien n’est plus absurde que de le combattre en adoptant les lois picturales qui l’ont précédé.

« Les points de contact que la recherche du style peut avoir avec ce qu’on appelle art classique ne nous regardent pas.

« D’autres chercheront et trouveront sans doute ces analogies qui ne peuvent en tout cas être considérées comme un retour à des méthodes, des conceptions et des valeurs transmises par la peinture classique. »

CUBISTES, FUTURISTES ET PASSÉISTES

On lisait ensuite :

« Quelques exemples illumineront notre théorie.

«Nous ne voyons pas dedifférence entre un de ces nus qu’on appelle couramment artistiques et une table d’anatomie. Il y a, en revanche, une différence énorme entre un de ces nus et notre conception futuriste du corps humain.

« La perspective telle qu’elle est entendue par la majorité des peintres a pour nous la valeur qu’ils donnent à un projet d’ingénieur.

« La simultanéité des états d’âme dans l’œuvre d’art : voilà le but enivrant de notre art.

« Expliquons-nous encore par des exemples. En peignant une personne au balcon, vue de l’intérieur, nous ne limitons pas la scène à ce que le carré de la fenêtre permet de voir; mais nous nous efforçons de donner l’ensemble de sensations visuelles qu’a éprouvées la personne au balcon : grouillement ensoleillé de la rue, double rangée des maisons qui se prolongent à sa droite et à sa gauche, balcons fleuris, etc. Ce qui veut dire simultanéité d’ambiance et, par conséquent, dislocation et démembrement des objets, éparpillement et fusion des détails, déli-

LES PEINTRES FUTURISTES

vrés de la logique courante et indépendants les uns des autres.

« Pour faire vivre le spectateur au centre du tableau, selon l’expression de notre manifeste, il faut que le tableau soit la synthèse de ce dont on se souvient et de ce que Von voit .

« Il faut donner l’invisible qui s’agite et qui vit au delà des épaisseurs, ce que nous avons à droite, à gauche et derrière nous, et non pas le petit carré de vie artificiellement serré comme entre les décors d’un théâtre.

« Nous avons déclaré, dans notre manifeste, qu’il faut donner la sensation dynamique, c’est-à-dire le rythme particulier de chaque objet, son penchant son mouvement, ou, pour mieux dire, sa force intérieure.

« On a l’habitude de considérer l’être humain sous ses différents aspects de mouvement ou de calme, d’agitation réjouie ou de gravité mélan" colique.

« Mais on ne s’aperçoit pas que tous les objets inanimés révèlent, dans leurs lignes, du calme ou de la folie, de la tristesse ou de la gaîté. Ces tendances diverses donnent aux lignes dont ils sont formés un sentiment et un caractère de stabilité pesante ou de légèreté aérienne.

« Chaque objet révèle par ses lignes com ment il

CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES

se décomposerait en suivant les tendances de ses forces.

« Cette décomposition n’est pas guidée par des lois fixes, mais elle varie selon la personnalité caractéristique de l’objet et l’émotion de celui qui le regarde.

« De plus, chaque objet influence son voisin, non par des réflexions de lumière (fondement du primitivisme impressionniste ), mais par une réelle concurrence de lignes et de réelles batailles de plans, en suivant la loi d’émotion qui gouverne le tableau (fondement du primitivisme futuriste).

« Voilà pourquoi nous avons dit, parmi l’hilarité bruyante des imbéciles :

cc Les seize personnes que vous avez autour de vous dans un autobus en marche sont, tour à tour et à la fois, une, dix, quatre, trois; elles sont immobiles et se déplacent; elles vont, viennent, bondissent dans la rue, brusquement dévorées par le soleil, puis reviennent s’asseoir devant vous, comme des symboles persistants de la vibration universelle. Que de fois sur la joue de la personne avec laquelle nous causions n’avons-nous pas vu le cheval qui passait très loin au bout de la rue.

« Nos corps entrent dans les canapés sur lesquels nous nous asseyons, et les canapés entrent en nous. L’autobus s’élance dans les maisons qu’il dépasse,

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