L'AIGLE
Pour qui n'est pas naturaliste, les oiseaux de proie se divisent en deux classes, les diurnes comme l'aigle et les nocturnes comme le hibou. Les premiers sont faciles à reconnaître parmi toute la gent ailée, par leur bec large et recourbé, leurs serres crochues, leur grande envergure, la puissance et la vitesse de leur vol. Ils se subdivisent en un grand nombre d'espèces, entre lesquelles l'histoire naturelle établit d'infranchissables barrières, mais que le commun des mortels, aujourd'hui comme sans doute aux premiers temps de l'humanité, confond aisément. Les savants eux-mêmes pourraient s'y tromper. (( De tous les oiseaux, dit un naturaliste, ce sont ceux dont le plumage, dans les dilférentes circonstances de leur vie, présente le plus de variations, et qui offrent le plus de difficulté pour constater l'identité des espèces^ » L'identification précise
' J.-C. Savii^nv. les Oiseaux, dans la Description de rEr/yp(e, l. XXIII, p. .-J...
des oiseaux de proie, à l'aide des noms que leur donnaient les anciens et des descriptions sommaires qu'ils nous en ont laissées, n'est donc pas toujours certaine.
Du reste les classifications des auteurs de l'antiquité, fondées sur la taille, la couleur et l'habitat, n'étaient point scientifiques. Pline l'ancien reconnaît six espèces d'aigles et seize espèces d'accipitres, mais il remarque que les lialiaetes, par exemple, ou aigles de mer, ne constituent pas une espèce à part. (( Ils naissent du mélange de deux autres espèces d'aigles. Leurs petits sont des ossifrages, lesquels à leur tour engendrent les petits vautours. De ceux-là sortent les grands qui sont absolument stériles ^ » Cette science fantaisiste rappelle la généalogie des rapaces, telle qu'elle est donnée dans le Mahabharata - : Tamrà donne naissance à la femelle du faucon et à celle du héron ; de Cyenî, la femme du faucon, naît Yinatâ, laquelle pond Vœuï d'où sortent Aruna et Garuda ; et Garuda, l'énorme oiseau céleste, est père des deux vautours Gàlàyus et Sampàti. Au temps de Pline, les augures ne savaient plus au juste si l'oiseau « Sanqualis » était ou non un ossifrage et si l'immussule était le petit du vautour ou l'aiglon'. Le coucou est, d'après le même auteur, un épervicr qui se métamorphose à une certaine époque de l'année, pour reprendre ensuite sa première forme ! Knfin Pline raconte que les aigles ont l'habitude de chasser du nid un petit sur deux, mais que les ossifrages qui leur sont aWiésfcoc/ncihim fjenus ossifr;i(/ac ) recueillent les aiglons expulsés et les élèvent avec leurs propres rejetons^ !
Ainsi, dans l'évolution des cultes et dans la formation des mythes, où les influences analogiques ont, peut-on dire, force de loi, les diverses espèces de rapaces ont été probablement
' Plin., //. .V., X, 6.
* MaU., III, 20.
^ Plin., X, 8.
* Id., X, II.
' Id., X, 4.
L'mv. m; Lyo>. — Ue.nel. 10
confondues, ou du moins ont joué souvent un rôle identique. Il est donc parfaitement oiseux de rechercher si l'aigle [aquila] qui figurait sur les enseignes romaines était primitivement un faucon, un aigle grand ou petit, ou même un vautour commun. Il a pu n'être aucun de ces oiseaux, ou correspondre à plusieurs, car les anciens, pour leurs classifications, ne se plaçaient pas au même point de vue que nous. Les histoires mythiques qui font de Faigle le fils du faucon et le père du vautour, ou réciproquement, prouvent que sans doute un clan totémique reconnaissant un oiseau de proie pour ancêtre se serait cru apparenté, par ce fait même, à tous les autres rapaces de petit, moyen et haut vol. C'est riiypothèse que propose Frazer pour l'explication des split-totems. « Ils paraissent dus à la segmentation d'un clan unique originel, qui avait pour totem un animal tout entier ; ce clan se serait divisé en un certain nombre d'autres, dont chacun aurait pris le nom d'une partie de l'animal ou d'une de ses variétés ^ »
Pour toutes ces raisons, je me crois autorisé à mettre sur le même plan et à utiliser dans le même chapitre les faits cultuels ou mythiques relatifs à tous les oiseaux de proie diurnes, vautours, aigles ou faucons.
L'aigle apparaît fréquemment sur les monuments figurés de la Chaldée et de l'Assyrie. Dans la fameuse stèle dite des vautours^ est figurée une enseigne militaire portant l'aigle éployée. D'autre part, les sculpteurs d'Assur prennent plaisir, semblet-il, à répéter, à multiplier sur les bas-reliefs où sont représentées des batailles l'image d'un oiseau de proie qui vole audessus des guerriers. Tantôt il semble précéder et conduire à la victoire le char du roi^; tantôt il plane sur des groupes d'archers ou de soldats armés de la lance' ; tantôt il enlève du champ de bataille soit une tête humaine, soit le corps tout entier
' Frazer, Totem., p. 8«j.
* Layard, Mon. of Xin., l, I, [)1. i4 et 18.
•^ Id., pi. 20 et 26.
lài
d'un ennemi lue '. Ces représentations, il est vrai, peuvent n'avoir rien de religieux. Les artistes assyriens, grands animaliers, onl peuL-elre figuré des aigles dans les scènes de bataille tout simplement parce que les oiseaux de proie suivent les armées et planent sur les champs de carnage pour se repaître de la chair des cadavres ; celte explication même aurait chance d'être vraie, puisque l'aigle est figuré quelquefois ^ ,, -V-^j^&W emportant sa proie dans -"«^ty^oJÈf^ ^A«h.iïCfi£i*L-*:iiw\. *
les airs. Mais on peut répondre que précisément cet enlèvement d'un cadavre d'homme tout entier est contraire à 1 hypothèse. L'art assyrien est réaliste dans la représentation des scènes de guerre et de chasse. Dès qu'il cesse de l'être, c'est qu'il y est autorisé par le symbolisme religieux.
L'aigle, figuré du reste dans une attitude assez raide et en quelque sorte conventionnelle, semble donc bien ici représenter un animal sacré. Nous savons, par d'autres monuments que dans certaines processions religieuses où l'on portait solennellement les statues des dieux, figurait un aigle-. Tous ces oiseaux sont évidemment apparentés de près à celui dont les Chaldéens avaient fait une enseigne militaire.
L'aigle divin qui planait sur les champs de bataille est-il le prototype du dieu guerrier Assur ? « Le Dieu suprême de l'Assyrie et de la Chaldée, dit M. J. Menant, est représenté sur les marbres et sur les pierres gravées par une figure saisis-
FiG. 20. — Enseigne clialtlcenne à Taij^le. (D'après de Sarzcc, Découv. en Chald., pi. IV his.)
' Layard, Mon. of \in . pi. 18 et 23. ■'■' Ici., pi. 4o a et 67 a.
santé, un buste humain terminé par des plumes en éventail et accompagné de deux ailes étendues. Serait-il téméraire de rechercher l'idée première de ce symbole dans l'image de cet
oiseau divin qu'on portait en triomphe dans les processions religieuses? Assurément non. Quoi qu'il en soit, à laide d'un subterfuge qui dissimule le corps humain passé dans un anneau, l'artiste nous montre le dieu emporté sur des ailes, ne paraissant plus toucher à la terre et planant dans l'immensité ^ » Est-ce là l'explication de ce symbole si commun dans l'art mésopotamien ? Ou bien y a-t-il eu confusion de deux symboles primitivement distincts, un dieu aigle de plus en plus anthropomorphisé d'une part^ et d'autre part un disque ailé figurant le soleil ? Quels sont les rapports de ces représentations avec le symbole égyplien du disque ailé? C'est aux assyriologues qu'il appartient de résoudre ces problèmes.
Enfin Elien rapporte deux légendes persiques où apparaissent des survivances peut-être totémiques. Les mages prédirent à Seuachoras, roi de Babylone, que de sa fille naîtrait un enfant qui ravirait l'empire à son grand-père ; il fit aussitôt enfermer la vierge dans la cita-
FiG. 20. — Aigle-dieu (Layard, pi. XLIX a.)
FiG. 27. — Dieu assyrien.
' .1. Menant, Pierres gravées, H, p. 17.
- On trouve aussi dans les monuments assyriens un dieu à corps d'homme, à ailes et à tête d'ai<,4e; Perrot, Histoire de l'Art, Chahlce et Assyr., p. GH5, fig. 34''5; Layard, t. I, pi. .'50.
■« Ael., XII, 21.
délie, mais elle devint enceinte du fait d'un homme obscur. Le roi ordonna de précipiter l'enfant du haut d'une tour : un aigle le soutint avec ses ailes et le porta au loin dans un jardin où il fut recueilli et élevé. Plus tard, il accomplit l'oracle et devint roi. Elien, à ce propos, rapporte la tradition d'après laquelle Achéménès, le fondateur de la dynastie des Achéménides, fut nourri par un aigle. Quelques-uns des faits cités plus haut pourraient servir à l'illustration de ces légendes.
Dans la mythologie égyptienne, les oiseaux totémiques ont laissé de nombreuses survivances. Horus était un ancien dieufaucon ff<ilco pej^egrinus) ;-dVépoque archaïque « il se présente partout, dit M. Loret, sous l'apparence d'un faucon batailleur qui aide le roi dans ses guerres, en môme temps que sous l'aspect d'un oiseau tout particulièrement uni au roi... Et c'est bien ainsi qu'on se représente en effet ce que devait être pour les premiers rois Horiens le totem du clan dont les conquêtes leur avaient donné un trône. Ce devait être surtout un compagnon de combat, un auxiliaire sur les champs de bataille, un protecteur dont on portait l'image au sommet des enseignes militaires' ».
De même Maut, devenue dans le panthéon postérieur la femme d'Ammon. est une déesse-vautour. Selon la conception habituelle à l'Egypte, Maut a conservé la tête de l'animal totémique sur un corps de femme. Souvent elle est complètement anthropomorphe, mais son front reste alors surmonté parfois d'une tête de vautour avec les ailes de l'oiseau rabattues derrière l'oreille en guise de coiffure. A l'âge symbolique, Maut étant la mère des dieux', le vautour est considéré comme l'emblème de la maternité.
Dans l'Inde védique, le dieu Indra et parfois aussi Agni
*■ V. Loret, Horus le Faucon, dans Bull, dr llnsl. franc. (VArch. Or. du Caire, igoS.
^ Le vautour en hiéroglyphe signifie mère ou c;V/.
apparaissent sous forme de faucon [çyena). Le char des Açvins est attelé de faucons d'après l'hymne 1 18 du Rig-Véda ; mais c'est là sans doute une simple image, car ce même char est traîné par des animaux fort variés. Dans la mythologie postérieure on sait le grand rôle joué par l'oiseau Garuda, qui semble se confondre en certains cas avec Visnu lui-même ^
En Grèce, l'anthropomorjDhisme, prépondérant dès l'époque archaïque, a fait disparaître presque toutes les survivances totémiques. Pourtant le culte de l'aigle a laissé des traces nombreuses dans les mvthes et les rites de Zeus. En Arcadie, en
Argolide, Zeus est adoré sur les hauts lieux que hante l'aigle ; il est le dieu du ciel et, des profondeurs de l'air, il contemple la terre étendue au-dessous de lui : tel un aigle qui plane ; aussi lui donne-t-on l'épithète de 'j-aTo; ou 'j'^icrTO^; à Athènes l'autel de Zeus Hypsistos était placé sur un rocher de la colline du Pnyx, comme l'aire d'un oiseau de proie. C'est aussi le dieu de la tempête et des perturbations atmosphériques ; les Lacédémoniens adoraient en lui le dispensateur du vent^ et, sur mer, c'était lui qui faisait souffler la brise favorable pour pousser les navires. Or, chez un grand nombre de peuples sauvages, les troubles de l'air, les vents et les orages, ainsi que le bruit du tonnerre, passent pour être produits joar le mouvement des ailes d'un oiseau gigantesque. Mais ces rapprochements incertains n'auraient aucune signification précise, si nous ne trouvions d'autre part l'aigle nommément mis en rapport avec le dieu et même se subsliluant à lui en plusieurs circonstances. D'après les Eginètes, c'est sous la forme d'un aigle que Zeus enleva Aiginé, la fdle du fleuve Asopos et en eut le héros Aeaque. Il est bien tentant de voir là un mythe d'origine tolémique : l'aigle, uni à une femme dont le nom indique le caractère symbolique, est l'ancêtre des hommes du clan. C'est en
' (jubernalis (De), MijlJi., zooL, trad. fr.. t. IF, p. igS. ■i Zrj; rlivcao;, Paus , III, i3, 8.
prenant l'aspect d'un coucou, d'après une légende Argienne, que Zeus posséda pour la première fois liera ; or, on a vu que dans la tradition antique le coucou passait pour un oiseau de proie ayant changé momenlanémentde forme. Enfm l'aigle qui enlève Ganymède n'est qu'un substitut du dieu lui-même et la légende primitive montrait sans doute le maître du ciel sous la forme de l'oiseau, roi des airs. Sur la plus haute cime du mont Lycée, Pausanias raconte qu'il n'y avait point de statue du dieu, mais devant l'autel deux aigles dorés placés sur des colonnes. Or c'était là un lieu de culte extrêmement ancien et on peut conclure du texte de Pausanias qu'on y faisait encore des sacrifices humains selon le rite préhistorique '. Quand on conçut le dieu à forme humaine, l'aigle qu'il était peut être primitivement devint son animal sacré, et c'est pourquoi la tradition artistique de la (irèce a maintenu l'aigle au pied du trône de Zeus ou l'a placé en haut du sceptre que le dieu tient à la main. C'est ainsi que le décrit Pindare dans sa première pythique :
E'joît 0 àvà TxaTTfo A'.bc y.li'iz, (ô/.î'.av r.-iz'jy àu-ooTÉocoOEV yaXâ^a'.ç, àp/'o^ oIlovCjv
Et les sculpteurs mettaient dans la main du dieu le sceptre surmonté de l'aigle ou quelquefois du coucou^.
Plus d'une légende, soit archaïque, soit même récente, a conservé le souvenir de la forme ou plutôt d'une des formes animales qui furent plus lard confondues et unifiées dans le concept de Zeus. Celle de l'aigle appartenait sans doute à quelque peuplade dorienne importante, car c'est d'elle que le dieu panhellénique prit son animal sacré. Une ancienne fable racontait aussi que la femelle de l'aigle avait confié à Zeus ses œufs et l'espoir de sa race, mais que le dieu, après les avoir
1 Paus., VIII, 38, 7.
* Pind.. Pytlu, I. 6 sq.
3 L'aigle par exemple dans la statue de Phidias, le coucou dans celle de Polyclèle, décrite par Pausanias II, 17, 4 ; Paus. décrit encore une statue de Zeus à Megalopolis : le dieu tenait un thyrse supportant un aigle [VIII, .'îi, 4].
cachés en son giron, les en avait laissé tomber, à cause d\ine ruse de l'escarbot.
Enfin, la forme d'oiseau revêtue par le dieu dans plusieurs de ses aventures amoureuses est caractéristique. Ces traditions étaient restées très vivaces en Grèce et l'imagination populaire en était hantée sans doute même à l'époque historique, où naissent encore des cultes nouveaux. Pline raconte à ce sujet une histoire intéressante. Il y avait une fois dans la ville de Sestos une vierge qui apprivoisa un aigle. L'oiseau lui témoignait beaucoup d'amitié et lui apportait les produits de sa chasse. La jeune fdle mourut. L'aigle se jeta dans le bûcher où on brûlait le corps et fut consumé avec son amie. Or, sur cet emplacement même, les habitants élevèrent un hérôon, dédié à Zeus et à la vierge, « parce que l'aigle est l'oiseau de ce dieu » .
Les oiseaux de proie tiennent une place importante dans un certain nombre de superstitions populaires, où se sont conservées sans doute de très anciennes croyances et les restes de cultes disparus. On croyait en Grèce que le fiel d'aigle, avec du miel pris eu collyre, rendait la vue excellente, et que la pierre aétite, pourvu qu'elle eût été ramassée dans l'aire d'un aigle, était bonne pour les femmes en couches et empêchait les avortements. En brûlant des plumes de vautour, on pensait faire sortir les serpents de leurs trous^ On attribuait aux oiseaux de proie une véritable science magique : les milans protégeaient, dit-on, leurs nids contre les sortilèges avec la plante appelée Rhamnus^ les faucons avec une autre herbe nommée picris, les aigles avec la pierre aétite-. Aussi ne devait-on pas négliger les avertissements donnés par ces devins ailés : un faucon sacré (iipa^) n'avait-il pas dénoncé un jour à Delphes la présence d'un sacrilège en fondant sur lui et en le chassant à coups de bec hors du téménos'''? Les faucons, disail-on encore.
* Ad., I, /,:..
^ Ifl, II. 4:i.
s'abstenaient, par une sorte de scrupule religieux, de manger le cœur des animaux, et, quand ils trouvaient un cadavre humain, non seulement ils n'y touchaient pas, mais encore ils jetaient sur la face quelques becquées de terre, en manière de rite d'ensevelissement'.
Chez les peuples du nord de l'Europe, chez les Germains et les Scandinaves entre autres, l'aigle, sans avoir un rôle ^ussi important, inlervient cependant plus d'une fois dans les cultes et dans la tradition mythologique. D'après l'Kdda, le géant Hraesvelgr, sous la forme d'un aigle, se tient au bord de l'horizon ; l'agitation de ses ailes produit le vent et les tempêtes^. On a vu que dans l'Inde l'oiseau Garuda remplissait le même office et cette conception se rencontre^ chez plusieurs peuples sauvages. L'aigle d'airain qui surmontait le faîte du palais de Charlemagne à Aix-la-Chapelle avait une signification religieuse : il attirait la prospérité sur les terres du possesseur du château, selon qu'on le tournait dans telle ou telle direction; il semble aussi qu'il était en rapport avec les vents, et enfin il avait une influence magique dans les expéditions guerrières, car on dirigeait sa tèle du côté de l'ennemi qu'on voulait attaquer^. Cet aigle, en somme, paraît avoir eu la même signification que la tête de cheval, dont les usages religieux ont été étudiés dans une autre partie de ce travail, et il nous fournil un nouvel exemple des avertissements et des présages
» Ael., II. 42.
- Grimm , I, jj. ûaô.
3 Lang, Myth., Cuit, et Bel., Irad. fr., p. 104.
* Les textes sont très précis en ce qui concerne l'existence de cet aigle d'airain et sa signification magique; mais les rites cjui s'y rattachent sont assez obscurs; il semlde qu'au temps où les textes ont été rédigés, on ne savait plus la manière d'utiliser l'aigle du toit. On comprend du reste que cette superstition païenne ait été difficilement tolérée par le clergé chrétien, que de bonne heure on se soit caché en quelque sorte pour accomplir ces rites du culte de l'aigle, ou qu'on ait alTecté de ne leur attribuer qu'une valeur symbolique, pour éviter les remontrances des évèques. Références dans f'iiimm, t I. p. r>27.
donnés par un animal primitivement totémique. Les survivances de ce genre sont assez nombreuses dans les religions des peuples du Nord. Dans la légende d'Ygdrasil, il est dit qu'au sommet de Tarbre sacré se tient un aigle qui sait le passé, le présent et Favenir. Krimhilt voit en rêve le faucon sauvage qu'elle apprivoisait étranglé par deux aigles, et sa mère Uote interprète ainsi ce rêve : a Le faucon que tu élevais est un noble époux que tu dois bientôt perdre. » Plus tard des aigles annonceront par leurs cris plaintifs la mort du héros Sigurd, et Brunhilt, montant sur le bûcher funèbre, immole deux chiens et deux faucons'.
C'était l'image d'un oiseau de proie qui servait à Attila d'enseigne militaire, et les devins avaient prédit jadis au roi des Huns, alors qu'il s'apprêtait à fondre sur la Gaule, que la victoire suivrait partout le vol de l'oiseau sacré".
Les Romains à l'époque de Pline distinguent six espèces d'aigles et quinze espèces d'accipitres; mais la plupart de ces variétés ont des noms grecs et il ressort des textes latins qu'en Italie on divisait communément les oiseaux de proie diurnes en trois genres, aigles, accipitres, vautours. D'autre part tous les noms de rapaces cités par Pline et qui ont un aspect latin, se retrouvent dans des noms gentilices ou dans des surnoms^. C'est la double gens Valeria, patricienne et plébéienne, qui fournit à Rome, dès le début de son histoire, un grand nombre d'hommes célèbres'*, et qui tire son nom de l'espèce d'aigle
' Cf. Gubern.. Mytli. zooL, t. II. p. aoa sq.
* Jorn., de reb. Gel , chap. 3/,.
' Sauf vultiir et accipiter; encore a-t-on considéré quelquefois accipiler comme une transcription plus ou moins approximative de tôxyiiéTr); ou de (I)y.-j7tTspoc; cf. sU. âsupatrà.
' On verra plus loin le rapport étroit qui existe entre la gens Valeria et l'aigle Valeria. l'our (ju'on puisse se faire une idée du rôle ([u'a joué ce clan
répiilée la plus courageuse, le [xsXavàsToç des Grecs, le petit aigle noir. C'est la gens Aquilia, une des plus vieilles familles patriciennes. Les Aquilii, avec les Vitellii, étaient au nombre de ces nobles, compagnons de jDlaisir des princes, qui, après l'expulsion du dernier roi de Rome, regrettèrent leurs privilèges en partie perdus, et conspirèrent contre la jeune Liberté. La conjuration découverte, ils furent attachés au poteau et frappés de la hache. Cette tache ignominieuse sur le nom des Aquilii n'empêcha pas cette gens de fournir à Home un certain nombre de consuls. En 4^5 avant Jésus-Christ, C. Aquilius Tuscus, avec une armée consulaire, vainquit les Ilerniques. Un siècle plus tard, en 385, on retrouve un L. Aquilius Gorvus comme tribun militaire avec puissance consulaire. De
de l'Aigle dans la cité romaine, nous donnons une liste dos membres les plus célèbres de la famille :
P. Valerius Publicola, quatre fois consul après l'expulsion des rois, en 507, 5oC, 5o5, 5o4.