C.\L.\BHE. — Tarente. Dr. : tête de Jupiter
R. : aigle éployé sur un foudre.
Llc.^me. — Les Lucaniens. Dr. : tête de Jupiter.
R. : aigle éployé.
Bruttium. — Les Brulliens. Dr. : tête de Jupiter.
R. : aigle éployé, quelquefois sur un foudre. Crotone. Dr. : trépied et Victoire.
R. : Aigle debout, ou aigle éployé déchirant un serpent, ou aigle debout tenant en ses serres un sceptre. Valentia. Dr. : tète de Jupiter.
R. : foudre ailé.
^ [Mionn,, Suppl., 1, p. 263, 275 sq., 294 sq., 332 sq., 343,]
guerres puniques, figurent des pièces qui portent au droit la tête de Mars et, au revers, Taigle sur un foudre. Certains lingots de bronze (aes signatum), de date incertaine mais ancienne sans aucun doute, présentent un aigle éployé vu de face et tenant un foudre dans ses serres ^ Des monnaies frappées dans le Bruttium à Tépoque de la seconde guerre punique ont au droit la tête de Minerve, au revers Taigle portant un foudre^. En 2o4, d'autres pièces semblables ont la tête de Mars et Faigle
FiG. 28. — Monnaies roniano-canipaniennes à la Lou\e et à l'Aigle.
avec le foudre, vu de profil''. Enfin, dans la série romanocampanienne, figure un sextans qui porte au droit la Louve romaine et, au revers^ un aigle ^ tourné à droite, tenant en son
' Babelon, Monn. de la licp., I, p. 6.
'^ Id., p. 14.
■' Id., p. 25.
■• D'après M. Babelon (t. I, p. ao et 21), l'oiseau qui fir]fure sur ces monnaies serait un corijcau ; nous avons examiné de très près les nombreux types de ce sextans que possède le cabinet des médailles (81 A ii !)5 A); pour certains exemplaires, il peut y avoir doute sur l'identification de l'oiseau (87 A par exemple et 88 A), mais il nous semble évident, dans la plupart des cas, ([u'on
bec tantôt une feuille ou une fleur, tantôt un gland de chêne.
Il serait fastidieux de continuer Fénumération des types monétaires où apparaît Taigle. L'oiseau de Jupiter devient en quelque sorte, en même temps que l'emblème du dieu, le symbole delà grandeur de Rome. La Ville a pour ainsi dire lié son sort à celui de la divinité qu'elle adore au Capitole, et cette alliance lui semble un gage d'éternité. L'aigle, dans la symbolique animale, est alors le parèdre de la Louve et on le montre parfois, comme celle-ci, près de la déesse Roma. Une monnaie de Domitien représente l'aigle éployé sur un foudre, avec la légende : Jupiter Con^ervator^ Quand l'oiseau céleste étend ses ailes pour en couvrir le globe figuré au-dessous de lui, on ne sait s'il exprime la toute-puissance de Jupiter ou la toutegrandeur de Rome^. Lorsqu'au sortir des mauvais jours de Néron, la Ville renaît à l'espoir et à la joie, le nouveau prince fait frapper des monnaies avec cette légende : Roma Renascens, où Rome est représentée portant la haste surmontée d'un aigle ^. Le bâton en haut duquel se dresse un aigle, symbole divin de la puissance chez les anciens Etrusques, et peut-être vieil emblème totémique de quelques clans de l'Ralie primitive, a servi de guide aux légions sous le nom d'enseigne et d'enseigne aux chefs sous le nom de sceptre : le symbole est pareil et de même origine. On le trouve aux temps légendaires entre les mains des derniers rois de Rome et, à l'époque historique, les princes qui ont confisqué de nouveau la liberté à leur profit empruntent au passé ce signe de grandeur.
Tibère apparaît ainsi, figuré dans un quadrige, avec une branche de laurier et un sceptre surmonté d'un aigle ^. L'em-
a bien affaire à un aigle et non à un corbeau ; la forme des serres et du bec, l'aplatissement de la tête sont caractéristiques.
1 Cohen, .V. /., t. I, p. 408.
- Aigle éployé sur globe: Coh., t. I, p. 72 (Til)ère), p. ^j\ (Titus), t. Il, p. 286, 35i (Antonin le Pieux), etc.
3 Coh., t. I, p. 224.
* /(/,, p. 66, 119 sq.; Germanicus avec le même aUribut, p. iSS-i.'Sg.
pereur devenu dieu conserve naturellement un emblème qu'il partage avec Jupiter. Certaines monnaies d'Antonin le Pieux le représentent assis dans un temple rond à deux colonnes, et portant le sceptre en haut duquel s'éploie l'oiseau divin ^. De l'empereur au dieu l'aigle sert d'intermédiaire : sur une médaille, Hadrien est assis tenant un livre à la main et il reçoit un sceptre que lui apporte le messager ailé de Jupiter. Sur une autre Hadrien prend un globe, symbole de la domination universelle, des mains de Jupiter Fulgurator et, entre eux, un aigle entr'ouvre ses ailes ^.
C'est aussi Voiseau Romain qui est chargé de transporter dans le séjour céleste, après leur mort, les empereurs élevés au rang des dieux. El, de même que dans les présages militaires on voyait quelquefois des aigles vivants voler devant les légions et figurer ainsi à côlé des aigles d'argent éployés sur les enseignes, de même dans la consec ratio un aigle réel jouait un rôle et, par un rite digne de la mentalité des Aborigènes, rendait compréhensible pour le plus obtus des Romains la cérémonie de Tapolliéose. Hérodien nous a laissé la description détaillée de la consécration d'un empereur^. On dresse au Champ-de-Marsun monument en bois formé de quatre édifices carrés, de plus en plus petits et superposés l'un à l'autre. L'intérieur est rempli de parfums, d'aromates et d'ofTrandes combustibles ; de magnifiques étoffes, des ornements d'ivoire et des peintures décorent l'extérieur. Un lit funéraire, sur lequel est couchée une image de cire ressemblant parfaitement à l'empereur mort, est placé au deuxième étage de cette espèce de tour. Puis des évolutions d'un caractère religieux et symbolique ont lieu autour du monument, des chœurs de vierges et de jeunes gens chantent des hymnes, et le nouvel empereur, avec une torche, met le feu au bûcher. Tout s'embrase en un instant et « du faîte du dernier édifice on voit s'élever avec les
* Cob., t. II, p. 294.
'^ I(], p. 235 et p. i52.
■« Ilérod., IV, 3.
flammes, comme des créneaux d'une tour, un aigle qui emporte au ciel, selon l'opinion commune, l'àme de l'empereur : dès ce moment l'Olympe compte un dieu de plus ».
Beaucoup de monnaies ont été frappées par les empereurs en mémoire de la consécration de leurs prédécesseurs et c'est presque toujours l'aigle qui symbolise ce rite, avec des attitudes et des attributs divers: aigle éployé sur un foudre, sur un autel, sur un globe ; aigle tenant une couronne, un fer de lance, un sceptre; la légende consecratio précise la signification du symbole ^ Quelquefois la cérémonie est plus exactement représentée - : c'est le bûcher à quatre étages, en forme de pyramide, orné de guirlandes, de draperies et de statues séparées par des colonnes; au milieu est une porte; au sommet tantôt Tempereur-dieu conduit un quadrige, tantôt un aigle ouvre ses ailes pour s'envoler vers le ciel. Ailleurs, c'est un aigle qui s'élève dans les airs en emportant un personnage porte-sceptre ; quand il s'agit d'une femme, mère, épouse ou fille d'empereur, l'oiseau de Jupiter est souvent remplacé par le paon, consacré à Junon: simple substitution symbolique.
Terminons cette digression trop longue par l'étude d'un type monétaire qui nous ramènera à l'aigle totémique romain et, par conséquent, à l'oiseau des signa. Au i^"" siècle avant Jésus-Christ ^, L. Valerius Acisculus frappa un certain nombre de monnaies fort intéressantes *. Elles portent au droit la tête diadémée d'Apollon Soranus avec V acisculus, sorte de marteau emmanché dans un bâton court et, au revers, un aigle à tête de femme casquée, portant un bouclier. Cet oiseau à demi anthropomorphe est l'aigle Valeria, décrit par Pline et totem sans doute de la gens à laquelle il a donné son nom. Il inter-
* Par exemple Cohen, t. II, p. 458 sq., p. 017 sq., p. ôSo sq., p. Goi,
* Coh., t. II, p. 352.
3 Exactement 46-45 avant Jésus-Christ.
* Cf. Babelon, t. II, p. 5i5 sq.
vient comme protecteur de la famille Valeria dans une légende que nous a conservée Plutarque ^ « La peste décimait les Faléiiens et causait parmi eux de grands ravages; un oracle annouça que le fléau prendrait fin, si on sacrifiait tous les ans une vierge à Héra. La superstition en maintenait toujours riiabilLide et une année le sort désigna Valeria Luperca, qu'on conduisit au sacrifice. Elle allait se percer du glaive lorsqu'un aigle vola vers elle, le lui arracha et plaça sur les offrandes un bâtonnet portant (à son extrémité) un petit marteau. Quant au glaive, il le laissa tomber sur une génisse qui paissait près du temple. La vierge comprit, sacrifia la vache, prit le marteau et s'en alla de maison en maison, frappant doucement et réveillant les malades, tout en disant à chacun de se bien porter. »
Ce récit est formé d'éléments très divers combinés ensemble: une explication étymologique de Valérius rattaché à valere (se bien porter); une allusion au culte grec d'Apollon Akesios, confondu avec un ApoUo Soranus, dieu local, et représenté par le marteau guérisseur ou c7c/5c«/«s; la substitution d'un sacriEce animal à d'anciens sacrifices humains, institués pour faire cesser la peste ; enfin l'utilisation de ces éléments d'âge et de provenances diverses dans une légende relative à la gens Valeria, et l'introduction de l'aigle, animal totémique de cette gens. Cet oiseau joue dans le récit un rôle important : il est en quelque sorte le deus ex machina qui résout le drame et permet de substituer à la victime humaine de son sang une victime quelconque. Il est à remarquer que Valeria Luperca réunit dans son nom deux symboles totémiques, ceux de l'aigle et du loup. Or Volesus ou Valcsus, le fondateur légendaire de la gens Valesia ou Valeria^ et le compagnon du roi Sabin Titus Talius, était originaire de Paieries, la ville de Valeria Luperca, bâtie au pied du mont Soracte. On a vu plus haut qu'un clan de
* Plut., Parall., ."iS, D.
' Festus, Valcrii-Valosii.
Hirpi axait apporté dans cette région le culte du loup ; d'autre part la présence des Yalerii et de leurs traditions y témoigne du culte de Tai^fle. On retrouve donc là les deux animaux toténiiques qui président au primitif synoecisme de Rome et c est sans doute l'indice d'une parenté entre les clans de Romulus et de Titus Tatius d'une part, et les tribus qui s'établirent anciennement à Paieries, située en un lieu géographique où viennent se confondre les limites des Latins, des Etrusques et des Sabins. « Deux hautes cimes, laissant passer le Tibre comme par une porte triomphale, se dressent en forme de pyramide à l'extrémité des chaînons subapennins : au Nord
du fleuve, c'est le Soracte des anciens au Sud, c'est le
mont Gennaro, massif avancé des hauteurs de la Sabine. Ces beaux sommets sont, avec leurs contreforts et les groupes volcaniques des environs, les montagnes en hémicycle qui forment l'admirable horizon de la campagne de Rome ^ » La ville de Paieries aurait été fondée dans ce site merveilleusement propice qui est comme la porte ouverte au sortir du massif montagneux de l'Apennin sur les plaines du Latium et il est curieux d'y retrouver, comme à Rome, deux clans de l'aigle et du loup, réunis dans la légende sous le symbole de \'aleria Lu perça.
Reste à expliquer la tendance anlhropomorphique qui a donné à l'aigle ^'aleria une face humaine sur les monnaies dont il a été question plus haut. La tête féminine surmontée du casque et le bouclier indiquent assez qu'il s'agit d'une divinité guerrière, très probablement la Minerva des Palisques. Cette déesse a-t-elle été primitivement adorée sous l'aspect d'un aigle et n'est-elle devenue femme qu'après avoir passé par la forme intermédiaire de l'oiseau à tête humaine ? C'est ce qu'il est difficile d'affirmer sans autre preuve que l'image des monnaies valériennes. En 241, lorsque Rome s'empara du territoire des Palisques, elle s'appropria en même temps leur
* Reclus, Geogr., t. I, p. 437.
déesse : on lui bâtit un petit temple dans le quartier du Caelius et on le consacra sous le nom de Minerva capta.
....quia perdomilis ad nos captiva Faliscis Venil ? Et hoc ipsum litlera prisca docet *,
Il est regrettable que nous n'ayons pas d'autres renseignements de source autorisée sur cette Minerva capta, sur son origine, son établissement à Rome et particulièrement sur ses rapports avec l'aigle. Le culte de l'oiseau à tête humaine casquée n'est guère sorti sans doute de la religion gentilice des Valerii, après la destruction de la ville de Paieries, où il avait pris naissance. Si nous nous en sommes occupé, c'est qu'il nous montre un des multiples aspects sous lesquels l'aigle a été introduit dans la mythologie et les rites des Romains. Mais ce n'est qu'un document accessoire, lorsqu'il s'agit de l'aigle des enseignes romaines, qui est et demeure l'oiseau de Jupiter Gapitolin.
1 Ovid., Fast., III, 843. Ovide, qui ne sait pas au juste d'où vient celle appellation de iMinerva Capta, en donne plusieurs explications; il cite la plus vraisemblable; les autres sont fondées sur des étymologies fantaisistes.