‹ Cultes militaires de RomeChapitre 19 sur 61 · I. DÉCADEXCE DES EXSEIGXES PRIMITIVES · texte numérisé non relu

I. DÉCADEXCE DES EXSEIGXES PRIMITIVES

Tels sont les cinq animaux qui surmontaient, sous les rois et dans les premiers siècles de la République, les signa romains. D'origine probablement tolémique, ils ne sont plus déjà que les reflets d'une survivance, à l'époque où nous pouvons les atteindre. Ce sont les «dénies des léchions, mais même dans les cultes militaires les divinités nouvelles s'introduisent peu à peu et supplantent les vieilles images thériomorphiques. Réduits dans la religion de la Ville à n'être plus que les symboles ou les serviteurs des dieux à forme bumaine, les animaux divins cessent d'être compris dans la religion des soldats. Leurs origines d'ailleurs sont pour nous inégalement obscures. Deux d'entre eux, le loup et l'aigle, doivent être mis bors de pair ; bêtes romaines par excellence, ils sont également sacrés pour les soldats et pour les quirites ; ils sont belliqueux parmi les animaux comme les Romains parmi les hommes ; et lorsque Virgile cherche une image dans un récit guerrier du IX^ livre pour peindre Turnus fondant sur un adversaire qui fuit, on trouve tout naturel qu'il songe à l'aigle de Jupiter et au loup de Mars, et qu'il unisse ces deux animaux de proie dans le second terme de sa comparaison.

Qualis uhi aut leporem aut candenti corpore cycnum Sustulil alla petens pedibus Jovis armiger uncis,

Quaesitum auf matri multis balalihus agnum Martius a stabulis rapuil lupiisK..

Le loup de Mars et Taigle de Jupiter ont le pas, semble-l-il, sur les autres animaux des signa, de même que les dieux qu'ils représentent remportent dans la cité romaine sur les autres dieux. On les trouve unis du reste dans les plus vieux souvenirs religieux de la Ville. L'Aigle est intimement associé au Loup dans la légende toute tolémique de la fondation de Lavinium. Dans la ville des Falisci ou Falerii, assise entre ses deux montagnes, on trouve le culte de l'aigle dans le clan des Valerii, venus sans doute des hauteurs du pays Sabin jusqu'au mont Gennaro, et le culte du loup chez les Hirpins du Soracte. Les mêmes totems probablement, descendus avec d'autres fractions de leurs peuples le long du Tibre, vinrent s'établir près du fleuve sur les deux collines adverses du Palatin et du Gapitole, et, d'abord ennemis, ils se réconcilièrent pour doubler la force romaine par l'alliance des Sabins de T. Tatius et des Ramniens de Romulus, ainsi que nous le dit l'histoire légendaire de ces temps. Et, si cette hypothèse est juste, l'aigle est doublement romain, car il jouait aussi un grand rôle dans la religion des clans étrusques qui participèrent à l'accroissement de la Rome primitive et dont l'influence, au temps des Rois et à l'époque de la République, est symbolisée par deux noms, les Tarquins et Porsenna. Ces deux animaux, le loup sans doute ramnien, et l'aigle peut-être sabin et étrusque à la fois, sont donc les plus anciens dans les cultes de la cité et les plus importants dans les enseignes de la légion.

Après eux viennent le cheval et le sanglier, plus obscurs. Du sanglier surtout nous ne savons pour ainsi dire rien ; il est impossible de le rattacher soit à une divinité particulière, soit à un des clans constitutifs du peuple romain, et c'est par une hypothèse peu solide qu'on a fait du sus sabellicus le symbole

' Virg., Aen., IX, 563 sq.

d'une peuplade sabine ou encore lanimal sacré du dieu sabin Quirinus. Sous sa forme domestique, il joue un rôle important, comme victime, dans les sacrifices militaires, et, sous sa forme sauvage, il apparaît souvent comme enseigne chez les peuples barbares de l'Europe du Xord, proches parents des Latins : c'est là ce qu'on en peut dire de plus précis. Pour le cheval, nous avons quelques renseignements plus sûrs, et certains rites transmis par la haute antiquité permettent de supposer que peut-être l'enseigne du cheval fut apportée dans la légion romaine par les clans albains incorporés à la ville à l'époque de TuUus Ilostilius. Il est possible que ce culte et ce symbole aient existé à Rome auparavant, mais, en ce cas, ils durent prendre une importance toute nouvelle lors de l'annexion albaine. Enfin le Minotaure semble le dernier venu parmi les signa ; il n'apparaît ni comme un symbole proprement romain, tiré de quelque culte zoolàtriquc du Latium primitif, ni comme un emprunt direct à la Grèce ; il représente le taureau campanien à tête humaine et a dû entrer dans les légions avec les nombreux contingents campaniens de la fin du iv*^ et du commencement du ni'-' siècle.

En résumé, dès l'époque primitive, la légion marchait sous les enseignes du loup romain et de l'aigle sabin ou étrusque, peut-être aussi sous celle du sanglier ; celle du cheval représente sans doute l'adjonction très ancienne des clans albains, celle du Minotaure, beaucoup plus récente, l'accession historiquement connue des contingents campaniens.

D'intéressantes concordances, au point de vue symbolique, existent entre les premières monnaies de Home et ses enseignes militaires. Je ne parle que pour mémoire des types variés appartenant à la série connue sous le nom d'aes signalum. Ces lingots rectangulaires anépigraphes sont d'attribution toujours très incertaine, mais portent invariablement sur leurs deux faces une fiijure d'animal, bœuf, cheval ailé, aiffle sur foudre.

Je ne m'occuperai que des monnaies dites romano-campaniennes et émises par les généraux romains au moment des

campagnes du Samniiim et des guerres puniques. « On peut les diviser en deux catégories: i° celles qui ont l'inscription ROMANO ; ce sont les plus anciennes et on croit que leur émission s'arrête vers 817 avant Jésus-Christ; 2" les pièces plus récentes qui portent le mot Roma et dont l'émission va environ de Fan 3 17 à l'an 211'. » Les pièces de la première série, c'est-à-dire du iv'' siècle, portent toutes au droit la tête d'une divinité et au revers, aune exception près, l'image d'un animal. Sur neufs types, sept présentent les mêmes symboles que les enseignes romaines^. Deux seulement font exception à cette règle et offrent soit un autre animal, soit une divinité anthropomorphe. Dans les deux cas, du reste, nous avons affaire à des emblèmes guerriers ; une victoire sous la forme d'une femme ailée à demi nue, tenant une palme et une couronne de laurier, un lion broyant dans sa gueule un javelot, type qu'on retrouve sur des pièces de Gapoue à légende osque. Les autres symboles sont le cheval, le minotaure, la louve et l'aigle. Il ne manque que le sanglier pour qu'on retrouve dans

* Babelon, t. I, p. 10.

2 Types 4 à 12 de Babelon, p. 10 sq.

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