Tête d'Apollon lauré
R. Taureau à face humaine marchant.
ces anciens types monétaires toutes les divinités à forme animale des légions.
Si on examine les monnaies delà deuxième série, c'est-à-dire du m'' siècle, exactement de 817 à 211', les résultats seront tout différents. Sur trente-sept types, vingt-trois présentent, il est vrai^ au revers et exceptionnellement au droit des animaux, mais treize fois seulement ces animaux sont ceux des signa. On trouve deux fois la louve, trois fois Taigle, huit fois le cheval ; le minotaure ne se rencontre point dans cette série, mais seulement le bœuf ou le taureau bondissant (six fois). Le cheval ailé des numéros /\o et 4i pourrait bien n'être qu'une variante du cheval ordinaire, au lieu de représenter le Pégase grec, comme on le pense généralement.
Quant au corbeau du numéro 20, c'est sans doute un aigle. Mais quand même on assimilerait toutes ces figures animales à celles des enseignes, il n'en serait pas moins sûr que, dans la moitié des cas au moins, sinon dans les deux
tiers, les animaux sont remplacés par d'autres symboles, soit des dieux anthropomorphes, comme Jupiter, Hercule, et les Dioscures, soit des hommes, figurant parfois dans une scène militaire, homme armé, à pied ou à cheval, guerriers jurant sur une truie, soit des emblèmes divers, croissant, étoiles, corne d'abondance, proue de navire. Il y a donc une tendance marquée à éliminer les animaux des types monétaires dans le courant du ni'' siècle. Serait-il téméraire d'en tirer une conclusion analogique pour ce qui regarde les cultes militaires ? On pourrait alors hasarder l'hypothèse suivante : de même
FiG. 29. — Monnaie romano-campanienne au cheval (agrandie deux fois et demie).
' Types il5 à 5o dans Babelon, p. 16 sq.
que sur les monnaies les animaux Lolémiques ou symboliques sont remplacés par d'autres symboles et cèdent surtout la
place à des dieux anthropomorphes, au iv^ et au m'' siècle avant Jésus-Christ, de même c'est sans doute vers cette époque et particulièrement dans le cours du m'' siècle que les divinités à figure humaine commencent à prédominer dans les cultes militaires sur les antiques animaux des signa.
Les enseignes manipulaires, plus commodes au point de vue tactique, se multiplient alors, comme
FiG. 3o. — Monnaie romano campa- , ,
nienne au cheval (agrandie deux OU le Verra daUS UUC autre partie fois et demie). de CCt OUVraETC.
A ce moment les signa distinctifs des anciens clans, qui depuis longtemps se sont fondus dans la légion et y ont perdu toule individualité, deviennent inutiles, ou plutôt simplement représentatifs de la légion dans son ensemble, tandis que les autres enseignes correspondent respectivement à ses subdivisions tactiques. Mais on n'avait que faire, pour représenter l'unité de la légion, de cinq enseignes animales, d'autant que depuis longtemps déjà on ne comprenait plus leur signification, sauf pour ce qui regardait le loup et l'aigle. Aussi, lorsqu'une armée romaine entrait en campagne, elle n'emportait que par habitude et par tradition les cinq animaux, aigle, loup, sanglier, cheval et minotaure. A la tête des petites subdivisions ils faisaient double emploi avec les autres signa et, comme quintuple représentation de la légion tout entière, ils étaient trop nombreux.
On prit donc l'habitude, dans la dernière partie du ii'' siècle, d'en laisser quatre au camp dans le sanctuaire des dieux militaires et de n'emporter avec soi qu'une seule enseigne générale. Le choix de celle-ci était tout indiqué. Les emblèmes obscurs
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du taureau à face humaine, du cheval et du sanglier étant exclus, restaient le loup et l'aigle. Mais si le loup était vaguement consacré à Mars et rappelait symboliquement la légende du fondateur de Rome, Taigle était le compagnon habituel de Jupiter, l'oiseau par lequel celui-ci signifiait d'ordinaire sa volonté aux hommes, il l'emportait sur le loup, comme Jupiter Optimus Maximus, le dieu du Capilole et le prolecteur de l'Etat romain tout entier, était au-dessus de Mars, déchu de son antique grandeur et placé au second rang au moins dans le panthéon de Rome. Donc l'aigle demeura pratiquement le seul signum général de la légion, et Marins ne lit que reconnaître le fait accompli, lorsqu'il décida officiellement, dans son deuxième consulat, la suppression des quatre autres enseignes. L'aigle devint alors et resta jusqu'à la fin de l'empire le symbole de la légion tout entière. Elle fut, pour les grandes unités tactiques de l'armée romaine, ce qu'est le drapeau pour nos régiments avec, en plus, un caractère religieux que n'ont pas nos emblèmes militaires. L'aigle était proprement la divinité tutélaire de la légion ; elle garantissait aux soldats la protection des dieux et surtout du plus puissant d'entre eux, Jupiter; elle était en même temps le signe matériellement manifesté de la puissance divine, à la fois emblème et objet de culte, symbole pour les uns et idole pour les autres.