‹ Cultes militaires de Rome: les enseignesChapitre 46 sur 64 · C. Qusestorium · texte numérisé non relu

C. Qusestorium

D. Tribunal.

E. Ara.

F. Signa.

L'autel militaire en gazon, dont parle Servius, était dressé en face de la tente du général en chef^, et dans le voisinage du Tribunal d'où se faisaient les allocutions aux soldats*. Or on plaçait les signa devant le Tribunal, et cela dès le lu^ siècle avant Jésus-Christ, comme le montre un texte de Tête-Live*;

* Liv., III, 69; IV, 2a; VII, a3.

^ Joseph., B, /., III, 5, 2.

3 Tac, Ann.f XV, 3o; « ...Structam ante augurale aram. »

* Voir AlloculiOf p. 297.

^ Liv., XXII, 19; u .. Castra cum Fabio jungamus; ad praetorium ejus signa cum tulerimus... »; — XXII, 3o; « ...Ut constituta sunt ante tribunal signa. **

il est donc probable que le lieu où Ton déposait les enseignes élait entre le Tribunal et Fautel. Tite-Live ne fait aucune allusion à une construction quelconque, tente ou sanctuaire, où Ton pût abriter les signa. M. von Domaszewski* estime que l'endroit où étaient gardés les signa n'avait pas de nom spécial et faisait simplement partie du prétoire, car le camp primitivement ne comportait point de sanctuaire, mais seulement une place pour mettre l'attirail sacré ; le camp romain resta longtemps un camp de marche et Tarmée ne saurait emporter un temple avec elle. Par contre, il y eut certainement une chapelle des enseignes dans les castrai stativa et particulièrement dans le camp des Prétoriens. Hérodien parle du temple situé à Tintérieur du camp et où Ton adorait les enseignes et les images sacrées*. Ailleurs il raconte qu'un empereur, dans une circonstance critique, passa la nuit dans ce temple^. Une inscription d'Aquincum, en Pannonie inférieure, fait allusion à la construction d'une chapelle du même genre*.

On a prétendu que l'aigle avait aussi à son usage exclusif une sorte de chapelle portative^, mais les faits cités à l'appui de cette assertion ne me semblent pas concluants. Par exemple, la fameuse épée de Tibère porte comme ornement un aigle dans un petit temple télrastyle, mais rien n'indique avec certitude qu*il s'agisse là d'une aigle -enseigne ; l'oiseau est dressé, il est vrai, dans l'attitude habituelle des aigles légionnaires, avec un collier au bec, mais il repose sur une sorte de chapiteau qui ne

^ Domasz., /?., p. 17, 18.

' Ilérod., IV, 4» 5; — ei; 0: èaiicevev èçTo 9TpXT6iCi$ov ê; te TovvcMVjitvOxTs ff/)(iÛ3 xat T2 àyâXtixTx toO arpsToici^ovi tcpoffxuvcîTai, pî']^s; éxurov ê; yiiy, oiiioXôyct Te ;(sptff- Tiripn tO'jf Te fftiïTnpia.

^ Ilérod., IV, 5, I ; — è7;i(icîva; 3è *Avtù)vÎvo; t>, ; vuxto; ixtivv]; ev tw veû toO 9TpaTOir£6o'j

^ C. /. A., III, 35aG; «r Excubilorium ad tutel^am] signor[uinj e[tj imagin[um| sacrar[um] P. Turran[ius] Firininus vet[eranus] ex cornic^ulario] leg[ionis] II Adj[utricis] Antoninianae p ecunia] s[ua] a solo resUiluit] » (ai6 ap.

^ M. Gagnât émet cette hypothèse dans Tart. lbgio du Dict, de Dar. et SagliOf p. 1066, col. i.

ressemble guère aux bases ordinaires des enseignes ; surtout Tédifice peut représenter la chapelle élevée dans le prétoire de certains camps pour abriter les enseignes en général ; Taigle symboliserait alors dans notre monument tous les signa ; quant à ses dimensions exagérées par rapport au temple qui le contient, elle n^ont rien qui puisse nous étonner : c'était là une convention admise par les artistes de l'antiquité, et continuellement nous voyons représentées sur les médailles par exemple des figures divines ou des objets tout à fait disproportionnés avec Tédifice qui les renferme. Dans le bas-relief de Viminacium^, autre monument cité par M. Gagnât, le triangle au centre duquel est représenté Taigle, me parait être un simple ornement géométrique dû à la fantaisie de l'artiste, et je proposerais la même explication pour Tespèce de niche figurée sur une pierre votive de la X® légion Gemina. En tous cas, si on veut voir dans ces figures disparates la représentation de véritables chapelles, il ne peut être question, à mon avis, que d'une réduction du temple des signa et nullement d'une chapelle portative. On prétend encore qu'il serait fait allusion à la châsse de l'aigle dans un texte de Dion Gassius. « L'aigle, au dire de cet auteur, était porté au haut d'une hampe terminée en pointe par le bas, dans une sorte de châsse affectant la forme d'un temple. » Or le texte dont il s'agit manque de clarté*. Dion Gassius, avant de raconter les présages fournis par les enseignes lors du départ de Grassus, donne quelques renseignements généraux sur l'aigle ; voici, en deux mots^, quelle est la suite des idées : il va être question d'une aigle légionnaire que Taquilifère ne peut arracher du sol au moment

* Loc, cil.

* DioCass., XL, i8, i et 2, — 6yàp âcTo; (ovopLao-ii^vo;, ïax% 6i vewç pLtxpèc, «»i èv aOtû âteiàc x?"'^^^^^ evidpuTai' -xaÔioTaTaî Te èv Tiâoi toî; èx toO xataXiyov» OTpatoi:iooi;, xat ou$a|x6<7e èx t&v ;(ei(ia6tcov, icXtiv et icoi (nj|xiiac 6 arpatoç eÇîoi. xivsÎTat* xit a'jTov eJ; Qtvvjp iic\ 2ôpato; |iaxpoO, èç ô(v tov orvpaxa àfCT]Y|ilvou, bxjts xai c; tq daTceSov xaTairnyvvvOai, ^éper toûtuv oùv Tf>v icTÛv e'; oux f^OiXiiffe tov EO^pâTT)v xjtû TÔTE ffvv5ixpr,vai, àXXà èv tt) ytj èvéax^To (ô<Ticep Êiitce^uxcd;, «piv ôt) tcoXXoI TfEpi^T«\T£; pia avTÀv àvéaTcaerav.

LES ENSEfGNËS *^89

du départ ; Thistorien explique donc que l'enseigne principale reste d^ordinaire au camp, et dans quelles conditions : il y a dans le prétoire un petit temple * (vecî)^ (xixpéi;), et dans ce temple Taigle, qui est en or, est installée ; elle existe pour toutes les légions régulières et elle ne bouge pas du camp, sauf quand la légion tout entière le quitte ; alors un homme la porte au bout d'une longue hampe, terminée en pointe de façon à pouvoir être enfoncée dans le sol ; or une de ces aigles, refusant de traverser TËuphrate, resta fichée dans le sol, comme si elle y

avait pris racine On remarquera que Dion Cassius parle

successivement delà place réglementaire de Tenseigne dans le camp, des cas où on Ten sort, de la façon dont elle est alors portée par Taquilifère : il serait singulier que la châsse />or/ative ne fut point décrite en troisième lieu, en même temps que la hampe. Cette châsse, en résumé, n'est nulle part désignée clairement par aucun texte, elle n'est représentée avec certitude dans aucun monument figuré ; il me semble donc qu'il n'y a pas lieu d'en supposer l'existence.

La chapelle des enseignes dans le prétoire était, comme toute espèce de temple, lieu de dépôt et lieu d'asile. On y mettait sans doute le trésor de l'armée et chaque soldat pouvait individuellement y placer son pécule'. Cette habitude entraîna même des abus, car Domitien, en même temps qu'il défendit de réunir plus de deux légions dans le même camp, édicta que personne ne pourrait déposer plus de mille sesterces auprès des signa ^.

Le temple du camp était un asile inviolable. Caracalla, après avoir assassiné son frère Géta, eut peur des amis de celui-ci et

* L*emploi de |jLi/ip'^; se conçoit à cause des proportions réduites du temple des cnseir^nes par comparaison arec un temple ordinaire.

' Domast. (/?., p. i5) place près des signa Taerarium et Texcubitorium ou corps de garde (textes : Suet., Domit,, 7; — Vcget., a, ao; — Tac, Ann,, I, 37) ; — Taquilifcr et les signiferi sont les trésoriers de la légion et pour les aider h remplir cette fonction, ils ont des discenlea auxquels ils apprennent le métier (Tac.« Ilist,, I, 36}.

3 Suet., Domit,j 7.

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s'enfuit du palais vers le camp des prétoriens, n II se jette dans le temple où sont renfermées les enseignes et les images sacrées de Tarmée; puis se prosterne et fait aux dieux qui Tout sauvé un sacrifice d'actions de grâces^ ». De même, pendant une émeute des prétoriens, Elagabal passe la nuit dans le temple du camp, et c'est seulement le lendemain, lorsqu'il en sort, qu'il est massacré par les soldats'.

Lors de la révolte de la I'® et de la XX* légion en Germanie sous Tibère, Munatius Plancus, chef d'une députation consulaire, menacé de mort par les soldats, se réfugie dans le prétoire de la I^ légion ; « là, tenant embrassées les enseignes et Taigle, il restait sous leur protection sacrée ; or, si Taquilifère Calpurnius ne se fût opposé aux dernières violences, on eût vu, chose rare même entre ennemis, un député du peuple romain, dans un camp romain, souiller de son sang les autels des dieux' ! » L'indignation rétrospective de Tacite montre quelle eût été, en effet, la grandeur du sacrilège.

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