XXII
' Dio Cass., XL, 18 ; cf. Serv., Atn , XI, 19.
* Suet., C/«iic/. i3.
U.Mv. Dc Lyon* — Rbnbl. Vd
un moyen pour rétablir le combat dans les circonstances critiques et particulièrement quand l'oiTensive ne donnait point les résultats qu'on en attendait. Ce moyen consistait à jeter un ou plusieurs signa dans les rangs des ennemis : un élan irrésistible emportait alors les soldats, ne fallait-il pas suivre les enseignes et surtout empêcher Tennemi de les garder en son pouvoir? Cette chance suprême fut tentée avec succès dans de nombreuses batailles/ Agrippa Furius en usa contre les Eques et les Volsques, en 444 avant Jésus-Christ ^ T. Quinclius renouvela cette manœuvre contre les mêmes peuples en 4^9 '< Camille contre les Etrusques confédérés en 382^. Si on reproche à ces exemples d*être empruntés à une période de Thistoire romaine qui, au témoignage même des anciens, est teintée de couleurs légendaires, il n'est pas difficile d'en trouver de moins antiques. En 212, le consul Fulvius attaque près de Bénévent un camp carthaginois ; la cohorte qui arriva la première au pied du rempart était composée de Péligniens: Vibius Accuaeus, son chef, saisit un étendard et le lance par dessus le retranchement ennemi ; puis il prononce une malédiction religieuse, exsecratio ^conire lui-même et ses soldats, au cas où les Carthaginois resteraient maîtres de l'enseigne, et il pénètre le premier dans l'intérieur du camp, où il est bientôt suivi par les siens ^ Ce passage de Tile-Live est intéressant, car il montre que le procédé tactique dont il est question avait un fondement tout religieux, à cause de Yexsecratio qui menaçait les soldats delà colère divine, en cas de perte de leur enseigne. Le même procédé fut d'ailleurs employé deux fois dans l'attaque du camp carthaginois; pendant que les Péligniens forçaient d'un côté le vallum, Valerius Flaccus, tribun de la IIP légion, reproche à ses hommes d'abandonner lâchement aux alliés l'honneur de la victoire ; aussitôt le centurion T. Pedanius saisit un
* Liv., III, 70.
* /(f., IV, 29.
3 /(f.,VI, 18.
* /(f. XXV. 14.
signum et s'écrie : « Le signum et le centurion que voici vont être à Tinstant dans le retranchement des ennemis ! Les suive quiconque veut empêcher les Carthaginois de s'emparer du signum 1 » El le camp est forcé par son manipule, suivi bientôt de la légion tout entière.
Près d'un demi -siècle plus tard, à la bataille de Pydna, le contingent pélignien renouvela le même exploit contre les Macédoniens. Salins, son chef, lança une enseigne au plus épais des rangs de la phalange et donna ainsi le signal d'une mêlée terrible qui, d'ailleurs, faillit tourner mal pour ses soldats ; car les Macédoniens s'efforçaient de garder l'enseigne, tandis que les Péligniens faisaient des prodiges de valeur pour la reprendre*. C'est qu'en effet il n'y avait pas de pire déshonneur pour une troupe que la perte de ses signa, et l'état d'esprit des soldats qui s'étaient laissé enlever quelqu'une de leurs enseignes était comparable à celui d'un peuple qui aurait été dépouillé d'une partie de ses dieux : il en résultait à la fois une humiliation et un danger mystérieux pour la vie collective de la communauté. Aussi, chez les Romains, prenait-on les mesures les plus sévères contre les cohortes ou les manipules coupables d'un pareil crime. En 3oi, les Etrusques prennent à M. Aem'ilius Paulus quelques signa : jusqu'à la fin de la campagne, les cohortes qui avaient perdu leurs enseignes furent délaissées, sans tentes, en dehors des palissades. En 209, Marcellus, dans la bataille de Canusium, perd six enseignes^ ; le soir, d'après les ordres du consul, les cohortes qui avaient laissé prendre leurs signa reçurent de l'orge au lieu de blé et les centurions durent porter à la main leur épée nue, sans baudrier. Le lendemain, lorsque recommença le combat, ces mêmes troupes furent placées en première ligne ; sans doute on leur permit de passer la nuit dans le camp, parce que les en
* Liv.,XLIV, 40 ; voir aussi XXVI, 5 et 6 ; XXXIV, 46 ; XLI, 4. ' /</., XXVIIy la; <c Signa militaria quatuor de ala prima quae fugit, duo de iegione quae cedentibus sociis successerat, amissa. »
exclure après la défaite eût été les vouer à une extermination certaine, à cause du voisinage immédiat des cavaliers numides : or Marcellus n'avait pas trop de toutes ses troupes pour lutter contre Hannibal.
La perte de Taigle entraine des conséquences plus graves encore ; elle était si redoutée qu'on n'a pas d'exemple d'aigle légionnaire jetée par dessus un retranchement ou dans les rangs ennemis, pour entraîner la légion ; le risque eût paru trop grand et on se contentait dans ce cas, en prenant une enseigne de cohorte ou de manipule, d'exposer seulement une de ces unités tactiques secondaires. Car la légion qui perd son aigle est comme une cité privée de ses dieux, de ses temples et de ses autels, et qui, sans liens religieux, n'a pour ainsi dire plus d'existence sociale ni politique. La légion à laquelle arrive ce malheur cesse donc d'être, elle est rayée des cadres de ^armée^ Le fait d'ailleurs n'eut lieu que rarement. Parmi les exemples qu'on en peut citer, les plus fameux sont ceux des aigles prises par les Parthes à Crassus et parles Germains à Varus'^ L'explosion de joie qui eut lieu à Rome, lorsque les Parthes rendirent à Auguste les enseignes de Crassus, les fondations religieuses qui furent faites à cette occasion, les allusions continuelles des historiens et surtout des poètes^, et fes nombreuses monnaies qui solennisèrent l'événement, témoignent de rimportance qu'on lui attribua et peuvent nous donner une idée du deuil qu'avait causé le désastre. La perte des aigles de Varus n'avait pas moins frappé l'imagination romaine : on retrouve un écho de ces sentiments dans la belle description
^ Preuves dans Domasz., Arch, u. epigr» Mit th. ^ XV, p. 189, sq. On peut objecter, il est vrai, que la XXI* Rapax par exemple perd son aigle à Bédriac (Tac, Hist.. II, 43) 6^ ^I^c pourtant on la retrouve ensuite à Crémone et plus tard sur le Rhin.
^ On peut citer aussi Taigle prise par les Daces à Cornélius Fuscus, préfet de Domitien et reprise parTrajan (Dio Cassius,LXVIII,9.)
3 Tous les textes ont été réunis par Pulvermacher dans une dissert, inaug. De Georg. a Vergilio retract. ^ p. 7, sq.
LES ENSEIGNES î>97
que nous a laissée Tacite ^ du pèlerinage accompli par Germanicusdans la forêt de Teutoburg, à l'endroit où avaient péri les légions. Les soldats se montraient avec émotion le lieu où les aigles étaient tombées aux mains des barbares, où Arminius s'était fait un jouet des enseignes romaines. L'aigle de la XIX® légion avait été retrouvée cette année-là par Stertinius, lieutenant de Germanicus, après un combat heureux contre les Bructères, parmi les dépouilles de cette nation* ; une autre aigle, enfouie dans un bois et gardée par un faible détachement, fut déterrée un peu plus tard chez les Marses, sur l'indication d'un chef germain^.
A. ROLE DES SIGi\A DANS LES SOLENNITÉS MILITAIRES
Il est inutile désormais d'insister sur le rôle que jouent les enseignes dans toutes les cérémonies militaires : elles y paraissent en tant que dieux de l'armée et à cause de leur caractère sacré y figurent au premier rang ; elles sanctionnent par leur présence les allocutions que prononce le général ou l'empereur, devant elles viennent s'incliner, les monarques tributaires ou les rois vaincus, reçus à merci dans le camp romain ; c'est à elles que s'adressent en partie les sacrifices ; et elles défilent en bonne place dans les processions militaires et dans les triomphes.
Vallocutio^ est le discours solennel adressé par son chef à l'armée en parade ; celui qui la prononçait, ayant à ses côtés le préfet du prétoire et parfois d'autres officiers, se plaçait sur une estrade mobile ou sur un tertre de gazon (suggestus, tribunal^ caespiticium tribunal)^ les troupes se rangeaient en carré autour du tribunal et, au premier rang, s'alignaient les
* Tac, i4/i/i., I, 6i.
3 W,. Il, 25.
* C/*., Pauly-WisBOwa, I, p. SyS sq., ot Saglio, I, p. 69 sq.
signifères. La colonne Trajane fournit un certain nombre de scènes de ce genre ; tantût l'empereur est placé sur un tribunal, comme pour l'ailocution qu'il prononça vers la fin de la première guerre dacique, immédiatement après une lustration de l'armée (Valtocutio était réglementaire en ce cas) ; un aquilifère et trois signifères prétoriensy présentent leurs enseignes.
QueIquefoi8Trajan,aulieH de dominer les troupes, est à même le terrain '. En numismatique', de pareils
' Cichorius ; telle, t. ([, p GJ {pL XI) : Trsjan sur un tribunal prononce l'allocution réglementaire après la luslration par laquelle s'est ouverte la campagne; au premier rang des soldats, lace au prince, sont quatre signifères,
P. i3l : Trajan sur un tribunal s'adresse sans douté ï des troupes de renfort (jui arrivent ; un aquilirf}re et deux signifères représentent U une légi
(D'apri's Cicht
\got* dans Inltociilio pi. LXXVII)
e une allocutio
s(lr
, prononce une allocution consécutire is et un détachement légionnaire (dei,
P, lotl : Trsjan sur un tribunal adre signa prétoriens) après une bataille.
P. a53 : Trajan, à même le terrai une lustralion devant des prétorii si^a prétoriens et un vexille).
Cf. p. 3la, 367. etc.
Cf. Pelersen ; Die Marcus-Salilc ; pi. XVI (A) ; allocution de Marc-Aurèle près du tribunal, deux signa légionnaires et un vciille; etc.
* Cohen, t. II, p. 18 cf. t. I,p. ii^-iag :
ADLOcuTio 1 Galba harangue des soldats, dont un signifére ; au deuxièmi plan un signum encore et un reiille.
documents abondent : par exemple une monnaie de 1 15 après Jésus-Christ représente Trajan sur une estrade, haranguant quatre soldats, dont Fun porte une aigle et un autre un signum secondaire.
Lors de la réception, soit d'un envoyé qui vient faire des propositions de paix, soit d*un chef ennemi qui apporte sa soumission ou son hommage, les enseignes sont rangées aussi autour de l'empereur ou de son légat. Sur la colonne Trajane est figurée l'arrivée au camp romain d'un envoyé dace : un aquilifère et deux signifères, représentant une légion, sont placés derrière Trajan*. Une monnaie du même empereur rappelle l'histoire de ce prince Parthe qui essaya vainement de se faire roi d'Arménie, et qui, réduit à la dernière extrémité, vint déposer aux pieds de Trajan son diadème royal, avec l'espoir qu'il lui serait rendu. C'est précisément la scène de l'hommage qui est représentée : l'empereur est assis sur une estrade et accompagné du préfet du prétoire, qui se tient debout près de lui; autour de l'estrade sont rangés cinq soldats, dont trois au premier plan portent des enseignes et deux au second plan sont armés de la haste ; en bas, le roi Parthamasiris, debout, a la tête nue et les jambes ployées, dans l'attitude d'un suppliant^. L'hommage du vaincu avait un caractère religieux ; il ne s'adressait pas seulement à la personne de Tempereur, mais aussi aux dieux militaires romains, dont celui-ci était entouré. Le roi étranger, avant toute autre démarche, devait donc commencer par un acte d'adoration à l'égard des aigles et des enseignes. Sous Caligula, Artaban, roi des Parthes, sollicita l'amitié romaine, soit
Autre modèle avec quatre signa et un vexille.
T. II, p. 5i4 :
ADLocuTio AVG. Marc-Aurèle harangue trois aquiliféres id,, p. 5oa : même légende. Marc-Aurèle harangue cinq soldats dont un aquilifère, deux signifères et un vexillaire, etc., etc.
» Cichor., pi. XLII, n°« 147-148.
• Coh.^ t. H, p. 34 ; l'histoire est racontée par Dio Cass. LXVIH, 17 à a6.
spontanément d'après Suétone, soit qu'il y eût été contraint par L. Vitellius, gouverneur de Syrie, comme le prétend Dion. Il eut donc une entrevue avec un légat consulaire et « ayant passé TEuphrate, il adora les Aigles et les signa romains, ainsi que les images des Césars*. » Une cérémonie religieuse de ce genre nous a été décrite avec quelques détails par Tacite. Il s'agit de l'hommage de Tiridate, roi d'Arménie, à Néron. Il eut lieu une première fois en Arménie devant les légions, puis k Rome, un peu plus tard, en présence de l'empereur. Corbulon avait exigé que Tiridate déposât les insignes de la royauté au pied de la statue de Néron et ne les reprit que de la main du prince. Les deux armées se déployèrent donc en grand appareil. « D'un côté était la cavalerie [Parthe] rangée par turmes, avec ses insignes nationaux, de l'autre se tenaient les masses légionnaires, avec, au milieu d'elles comme en un temple, 1 éclat des aigles, des signa et des images divines. Au centre, sur un tribunal, un siège curule, et sur ce siège la statue de Néron. Tiridate s'avança vers elle, après avoir immolé des victimes selon l'usage, puis il enleva de sa tête le diadème et le déposa aux pieds de la statue^. » La cérémonie à Rome fut plus brillante encore. Tout le forum était entouré de cohortes en armes ; près des rostres, Néron était assis sur un siège curule, en costume de triomphateur, au milieu des enseignes et des vexilles"^.
Dans toutes les cérémonies religieuses qui se passent au camp, lorsque le chef de l'armée consulte les dieux avant de partir en expédition ou de livrer bataille, lorsqu'il purifie ses troupes au moment de pénétrer en territoire ennemi, dans les sacrifices ordinaires et extraordinaires, les enseignes figurent au premier plan. Parmi ces rites, un des mieux connus et des plus caractéristiques est celui de la lustratio: une armée ne
^ Suet., Calig,f 14, « ci Iransgrcssus Ruphratem, aquilas et signa Romana Caesarumque imagines adora vit. »
* Tac, Ann.j XV, 29.
3 Suet., iVcr., i3 ; « inler signa militaria atque vcxilla ».
se mettait pas en campagne sans une lusiration particulière, le camp était soumis également à des purifications régulières, enfin il y avait des lustrations accidentelles, motivées par des circonstances spéciales : ainsi Trajan accomplit une luslratio après avoir passé le Danube, sans doute parce que cette opération militaire pouvait offrir certains dangers au point de vue religieux. Chaque fois qu'on fait une de ces cérémonies, les enseignes sont présentes au premier rang, Tofficiant s'adresse à elles dans ses invocations, et elles reçoivent les effluves purifiants qui émanent du sacrifice.
Sur la colonne Trajane ou sur la colonne Antonine* la lustration est plusieurs fois représentée. Autour du camp a lieu la procession, dans laquelle les victimaires conduisent un verrat, un bélier et un taureau (suovetaurilia) ; Tautel orné de couronnes est à Tintérieur du camp dans le prétoire; c'est là que se tient l'empereur, la tête couverte selon le rite romain, tenant une patère avec laquelle il s'apprête à faire la libation ; les assistants sont couronnés et portent souvent à la main des rameaux de verdure : enfin des groupes d'enseignes*^, qui indi-
* Cichor., Traj.-Saiîle, locis citatis ; — Petersen, Marcus-SaQle, pi. LIV et LXXXIV [A], etc ; — cf, Doma8z.,^rc/t. u. epigr Milih, ^Wl, 19 sq. {lusiratio exercilui),
3 Voici la description sommaire des enseignes figurant dans deux des lustrations de la colonne trajane :
Cichor., texte: tome If, p. 4^1 ; planches IX et X; à droite de la tenle principale, deux groupes de signa sont plantés en terre. Premier groupe : trois signa prétoriens semblables [deux images, trois couronnes d*or, une couronne murale, un aigle dans une couronne et un petit bouclier ovale sur un vexille] ; — deuxième groupe : un aigle sur une base, les ailes éployécs et libres avec un anneau au cou; à droite et à gauche de Taigle, deux signa secondaires [cinq disques, un vexille, un petit bouclier dans une couronne, un bâton transversal avec feuilles de métal suspendues à des bandelettes, et
nne pointe de lance] ; derrière Taigle, un vexille avec frange, bandelettes et i
pointe de lance. Ainsi les troupes qui assistent et participent à cette lustraiio j
sont des cohortes prétoriennes, une légion entière et une vexilUdo d'une autre légion.
/(f.., text., t. II, p. 248; pi. XXXVnietXXXIX; adroite d'un autel en pierre» près de Trajan, se tiennent deux aquilifères et trois signifères ; les
CULTES HILtT&IRES DE ROME
quent les troupe» présenles, sonl d'ordinaire plantés dans le voisinage de l'aulcl, le plus souvent à droite du prétoire el
Fio. âi. — Le» emeipnc» dan» le Intlmlio. (D'après CichoriuJ, pi. VIIl.)
près de la tente impériale; les signifères portent généralement 90U3 le bras une large patère plate d'après Frôhner, un bouclier rond d'après Cichorîus'.
signa, tous trois semblables, sont formés de quatre couronnes, deui images, une autre couronne, un ai^le dans une couronne, un bouclier ovale, un bfilon transversal avec bandelettes et feuilles de métal ; les aigles ont l'un les ailes libres dressées, l'autre les oilos dressées et enfermées dans une couronne Troupes présentes : des cohorics prétoriennes et deux légions complètes: l'une d'elles, celle qui a l'aigle avec une couronne murale autour des aile!, est la lég. I Adjutrii.
Cichor. : pi. LXXVII; la scène représentée est une luslration dans laquelle exceptionnellement ne paraît aucune enseigne ; l'absence des signa me %em' ble due il ce que ce bas-relief se trouve tri-s resserré entre ses voisins ; l'artiste manquant de place n'a pu faire figurer, comme d'habiluile, les signi-
1 Celte dernière bypotbésc me parait plus vraisemblable : si les eignifért'i avaient une patère destinée à l'accomplissement des rites du sacrifîco, on ne voit guère pourquoi elle serait d'une autre dimension que celle dont se sert
D'autres sacrifices que celui de la lustratio sont représentés sur la colonne Trajane, celui par exemple d'un ou de plusieurs taureaux: des porte-enseignes y sont toujours figurés près de rautel ^
Il va sans dire que les signa occupaient le premier rang, comme dieux de la légion, dans une cérémonie religieuse qui leur était spécialement consacrée : tous les ans chaque légion célébrait l'anniversaire de son aigle (dies natalis aquilae)^ chaque corps d'auxiliaires Tanniversaire de ses signa. Malheureusement nous n'avons pas de renseignements détaillés sur ce rite, mais seulement quelques allusions dans les textes ou les inscriptions*.
Au jour de la fête de Tempereur, religieusement observé dans les camps, les signa rehaussaient naturellement la céré* monie ; c'est en leur présence qu'avait lieu le sacrifice, puis le banquet, par lesquels on célébrait cet anniversaire^.
Tofficiant, ni pourquoi celui-ci la tiendrait toujours ù la main tandis quo ceux-là la porteraient sojs le bras.
^ Cichor, text., t. III, p. 53 sq. ; pi. LXII : on voit deux autels et quatre victimes, qui sont des taureaux. A droite, deux signa légionnaires [couronne, cinq disques, une traverse avec bandelettes et feuilles de métal, une main droite ouverte] ; Taiglc, présente partout ailleurs avec les deux signa, manque ici ; M. Cichorius pense qu'elle existait primitivement et qu'elle a dû disparaître par suite de quelque mutilation ; d'après les signa secondaires, on aurait alTaire probablement à la lég. I Adjutrix.
PI. LXflI : sacrifice d*un taureau ; à droite, trois enseignes prétoriennes semblables [trois couronnes, image, couronne murale, couronne, image, couronne, aigle dans couronne, couronne, petit bouclier],
PI. LXXXV : sacrifice d'un taureau ; troupes présentes: des cohortes prétoriennes et un détachement légionnaire. Signa : trois signa prétoriens [deux couronnes, image, couronne, image, couronne murale, traverse, couronne, image, couronne, aigle dans une couronne], — et un vexille avec franges.
2 Par exemple, C.I.L,, H, a55a (i63 après Jésus-Christ) : a Jovi Optimo Maximo pro salute M.Aurelii Antonii et L.Aurelii Veri Augustorum ob natalem a^ui/ae vexillariorum legionis VII Geminae, sub cura Licini Paterni centurio* nis legionis ejusdem et .. JuliJuliani antesignani legionis ejusdem... etc. »
C/.L., II, 2553 (167 après Jésus-Christ) : « Jovi Optimo Maximo pro salute M. Aurelii Antonii et L. Aurelii Veri Augustorum ob natales signorum vexillariorumcohortis III Celtiberorum, sub cura x (suivent divers noms propres).
3 Ainsi Th, Ruinart ; Acta primorum Martyrum, 1689, p. 3ia sq, (acta
On a vu déjà que, dans Tordre de marche, les signa étaient placés au milieu de la colonne, après les extraordinarii et les cavaliers, et avant Tinfanlerie formée en cohortes. « Alors venaient les tribuns et les officiers supérieurs, avec une escorte de soldats choisis, ensuite, entourée des enseignes, Taigle qui chez les Romains est à la tête de chaque légion... Ces emblèmes sacrés étaient suivis par les trompettes K » Lorsque lempereur partait solennellement pour une expédition ou en revenait, ou bien lorsque, dans une occasion extraordinaire, on voulait transformer Tordre de marche habituel en une sorte de procession militaire, on plaçait en tète le groupe des enseignes avec les trompettes; derrière venait l'empereur, puis la cavalerie. Sur les monnaies figure souvent une réduction de cette scène, avec la légende adventvs ou profectio avg. ; l'empereur à cheval est précédé en général par un groupe d'enseignes, il est suivi tantôt par des enseignes encore, tantôt par des soldats, quelquefois par une Victoire qui le couronne -.
Tacite décrit l'entrée solennelle de Vitellius à Rome, en indiquant la place exacte des aigles, des signa secondaires, ainsi que des enseignes de cohortes auxiliaires. « Vitellius voulait partir du pont Milvius, sur un cheval magnifique, revêtu du paludamentum et ceint du glaive, en poussant devant lui le
aancli MarcelU cenlurionia) ; « in civitate Tingitana... advenit natalis aies imperatoris ; ibi cum omnes in conviviis epularentur atque sacrincarent, Marcellus quidam excenturionibus legionis Trajanac,.. rcjecio cingulo militari coram aignis legionis quae tune aderani».. clara voce testatus est... etc. •«
* Joseph., III, 6 ; cf. V, 2.
' Coh., t. II, p. 5o2, n° 36i : adventvs avg. M. Aurèle en paludamentum, tient un spectre et un trophée et se dirige vers un arc de triomphe ; il est précédé de deux signifères et suivi delà Victoire qui le couronne.
Id.y p. 5o5, DO 376 : PROPBCTio AVG. M. Aurèle et un cavalier galopent à droite avec le manteau flottant ; ils sont précédés et suivis d'uu signifère.
/(/., III, p. 362, n* 6: ADVBNTvs AVG. — Vaisseau avec des rameurs ; » la poupe, les trois empereurs (Sévère, Garacalla et Gela)assis et le pilote debout ; à Textrémité, deux signa.
Quelquefois, l'empereur est à cheval, seul ou précédé d'un soldat, mais sans enseignes: t. III, p. 234, n<^' 7 et i5 (adventus), et t. III, p. 275, no* 343 sq. (profectio).
sénat et le peuple ; mais ses amis le détournèrent d'entrer ainsi dans Rome comme dans une ville prise ; il mit donc la prétexte et s'avança dans Tordre de marche suivant : en tête les aigles de quatre légions entourées d'autant de vexilles pris dans d'autres légions, puis les signa de douze ailes, et, après les légions, la cavalerie; enfin trente-quatre cohortes rangées par nations ou d'après la variété des armes. En avant de chaque aigle marchaient les préfets de camp, les tribuns et les premiers centurions, vêtus de blanc*... ».
Quand on rapporta d'Asie les restes de Germanicus, Tibère envoya deux cohortes prétoriennes à Brindes. « Les cendres étaient portées sur les épaules des tribuns et des centurions; en tête du cortège venaient les enseignes sans ornements (incompta signa) et les faisceaux renversés'. » //Enfin dans la pompe du triomphe, les enseignes romaines défilaient en tête des légions, tandis qu'avec le butin figuraient, disposés en trophées sur des chars, les étendards des vaincus; c'était un des plus clairs symboles de la défaite, les dieux militaires faits prisonniers en même temps que leurs adorateurs et promenés triomphalement dans Rome. Après la cérémonie, ces enseignes servaient à orner les temples, les basiliques, les édifices publics^./
Dans les espèces de cavalcades militaires organisées par les empereurs du m" siècle pour amuser le peuple, on faisait aussi défiler toutes les enseignes de l'armée, avec les étendards des différents collèges. Trebellius PoUion, un des historiens de rhistoire Auguste, décrit une pompe de ce genre sous Gallien,
< Tac, Hiit,, II, 89.
' Id,y Ann,, III, a.
3 Coll., i. H, p. 6, no 18 ; basilica vlpia ; sur chacune des colonnes de côté on voit un trophée de deux enseignes.
Liv.,XL, 5i ; le censeur Lépidus, en 178 avant Jésus-Christ, fait disparaître du péristyle du temple de Jupiter Capitolin les statues qui le masquaient, et il enlève des colonnes les boucliers et les enseignes militaires de toutes provenances qui y étaient fixées.
:m; cultes militaires de roue
en 262 après Jésus-Christ*. « Avec une procession formée par le sénat en toge, Tordre équestre, les soldats vêtus de blanc et le peuple entier qui ouvrait la marche, par les esclaves et les femmes qui précédaient avec des torches de cire et des lampes, Tempereur monta au Capitole. De chaque côté marchaient cent bœufs blancs aux cornes dorées portant d'éclatantes housses de soies à deux couleurs ; ils étaient précédés d*une double file de deux cents brebis blanches, et de dix
éléphants qui se trouvaient alors à Rome A droite et à
gauche venaient cinq cents hastes dorées, et on vit défiler en outre cent vexilles qui appartenaient aux différents collèges, les dragons, et enfin les enseignes des temples et celles de toutes les légions. Il y avait aussi des nations simulées, telles
que des Goths, des Sarmates, des Francs, des Perses* >•
Mais dans de telles cérémonies les enseignes figurent comme ornements beaucoup plutôt que comme symboles sacrés.
' Hi$i. Aug. Treb, Poil., Gallieni, duo, chap. 8.
* « Vexilla cenlena praelcrea, quae colle«^ionim erant, dracones et signa templorum omniumque le^ionum ibant. Ibant praeterea gentes simulatae, ut Gothi, Sarmatae, Fraoci, Persae... • M. von Domasiewski cite ce passage dans ua article du Reinisch. Mus. fur Philol. (Untersuchungen zur Romischen Kaisergeschichte» dans Bhein. Mus, f. Phil., t. 57 (190a), p. 5itsq.,et rinterpK'le d'ailleurs d*une façon un peu différente de la nôtre : d*après lui, il s*agit des 100 vexilles des collèges, des dragons (enseignes des auxiliaires barbares , des images des dieux Urées des temples et enfin des signa légionnaires. Nous pensons au contraire que Tauteur fait allusion aux enseignes fixées en trophées sur les murs et les colonnes des temples (voir plus haut).
Cf. W'isi, Aug. ; FUc. Vopisc. Aurelianus^ chap. 34 ; description du triomphe d'Aurélien : « Jam populus ipse Romanus, jam vexilla collegionim atque castrorum et catafractarii milites et opes regiae et omnis exercitus et seD«tus... multum pompae addiderant. »