Bossard, p
ment qu'on l'épargnât encore pendant un jour et dit qu'il parlerait alors de manière à satisfaire tout le monde. Sur sa demande, l'évoque de Saint-Brieuc et Pierre de l'Hôpital furent délégués pour recueillir ses aveux; mais, comme il fallait battre le fer encore chaud, on refusa d'attendre au lendemain; Gilles devait parler le jour môme, à deux heures. Il s'exécuta; nous avons conservé sa ■confession. Oui ou non, a-t-elle été extorquée, a-t-elle été obtenue par la menace de la torture, équivalente à la torture elle-même, ou pire encore?
En 1453, Jacques Cœur, poursuivi par la haine de Charles VII, fut mis en jugement. Il comparut devant un tribunal civil; un avocat l'assistait; il se savait soutenu par le dauphin et par le pape. Mais la crainte de la torture eut vite raison de son énergie : « En présence des menaces qui lui furent faites, dépouillé et lié comme il l'était, il dit qu'il dirait ce qu'on voudrait, mais qu'il avait dit la vérité. On lui demanda s'il s'en rapportait à la déposition des frères Tainturier; il répondit qu'ils étaient ses haineux, mais que, s'il semblait aux commissaires qu'il le dût faire, qu'il en était d'accord. Le 27 mars, on lui lut ses confessions, où il persévéra par crainte de la question » '. Ainsi, comme Gilles de Rais, Jacques Cœur dit ce qu'on voulut, se rapporta à la déposition des témoins et, par crainte de la torture, persévéra dans les aveux qu'on lui avait extorqués !
Il y a longtemps que les historiens sérieux auraient reconnu l'inanité de tout cet infâme procès si nous n'avions pas la confession de Gilles, suivie d'une autre confession publique faite le 22 octobre. Avec une humilité et une contrition qui touchèrent tout le monde, Gilles s'accusa de tous les crimes qu'on lui reprochait, demandant pardon aux parents dont il avait assassiné les enfants, suppliant ses juges de lui accorder le secours de l'Église afin de sauver son âme menacée de perdition. Mis en présence du magicien Prelati, Gilles de Rais lui fit ses adieux dans les termes que