‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 123 sur 198 · Douais, p. vi · texte numérisé non relu

Douais, p. vi

Les premiers chrétiens, persécutés eux-mêmes et détestant les spectacles cruels des amphithéâtres romains, prenaient à la lettre la défense du Décalogue : « Tu ne tueras point » et allaient même jusqu'à condamner le service militaire parce qu'il les exposait à répandre le sang de leurs semblables. Tertullien, en 211, disait qu'un chrétien ne devait jamais user de violence, qu'il ne devait ni enchaîner ni torturer personne, qu'il ne devait pas être officier dans l'armée1. « Nous ne suivons pas l'empereur en campagne, même quand il nous l'ordonne », écrivait Origène vers 250 \ D'après les canons d'Hippolyte (fin du me siècle), un chrétien ne doit devenir soldat que s'il y est contraint; s'il porte l'épée, il doit se garder de verser du sang 3. Lactance, vers 320, défend non seulement aux chrétiens d'être soldats, mais de porter contre qui que ce soit une accusation capitale, car il importe peu, dit-il, que l'on tue par le fer ou par la parole \ Lorsque la société chrétienne se divisa nettement en deux classes, le clergé et les laïcs, ces prescriptions rigoureuses ne furent plus maintenues que pour le clergé. Toute effusion de sang fut considérée comme une souillure, qui plaçait celui qui s'en rendait coupable dans l'état d'irrégularité. « L'irrégularité, disent les canonistes, c'est tout ce qui rend un sujet incapable ou indigne d'entrer dans la cléricature, d'en exercer les fonctions et de posséder des bénéfices » \

Aucun prêtre, aujourd'hui encore, n'a le droit de procéder à une opération chirurgicale, à une incision; ce n'est pas qu'il lui soit interdit de faire souffrir, mais il est soumis à un véritable tabou du sang.

Écoutons encore les canonistes : « On n'encourt point l'irrégularité, nous disent-ils0, pour condamner au fouet ou à la question, pourvu qu'il ne s'en suive pas d'effusion de

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