Ibid
sang. » Mais comme, malgré les précautions prises, le fouet et la torture peuvent causer une effusion de sang, le pape Alexandre IV, dans sa sagesse, décida que les inquisiteurs, assistant aux flagellations et aux séances de torture pour recueillir des aveux, auraient qualité pour s'absoudre mutuellement de l'irrégularité encourue, au cas où ces opérations entraîneraient des hémorragies.
Car c'est bien l'hémorragie que redoute le prêtre, non la cruauté. Voici ce qu'écrit Bergier, savant théologien catholique1 : « Un prêtre qui donne la mort au sujet qu'il traite, par le moyen d'un remède conforme aux principes de l'art, ne se rend point irrégulier; mais il le devient s'il fait une saignée qui sauve le sujet; c'est de l'effusion du sang que naît l'irrégularité. »
Non seulement le prêtre ne doit pas verser le sang, mais il ne doit pas être la cause directe de cette effusion ; il faut qu'il ait recours à un subterfuge s'il veut satisfaire sa haine ou venger le Dieu qu'il sert. L'Inquisition adopta deux procédés : elle condamna le coupable au feu en lui retirant la protection de l'Église, en l'abandonnant au bras séculier, qui devait, sous peine d'excommunication, le mettre à mort; elle imagina de recommander le coupable à la clémence du bras séculier, pour pouvoir dire qu'elle n'était pas cause directe de sa mort, tout en avertissant les magistrats que, s'ils hésitaient à sévir, ils seraient d'abord excommuniés et puis considérés eux-mêmes comme hérétiques. « Ce n'est pas là une hypocrisie, dit l'abbé Vacandard; c'est une fiction juridique. » Appelez cela comme vous voudrez ; les honnêtes gens en penseront ce qu'il convient.
Une fois éclaircie cette notion de l'horreur du sang, voyons le parti qu'en ont tiré les apologistes.
En réalité, l'apologie de l'Inquisition est devenue nécessaire du jour même où l'Église sollicita l'intervention des autorités séculières pour exterminer les hérétiques. Elle était fort embarrassée, non seulement par suite de son horreur