Ibid., p
sant la peine du feu), fussent insérés dans les statuts des cités... Il demeure avéré que l'Église, en la personne des papes, a employé tous les moyens dont elle pouvait disposer pour faire appliquer parle bras séculier la peine de mort aux hérétiques... Ce qui pèse sur la mémoire de Grégoire IX, ce n'est pas le reproche d'injustice, mais plutôt le souvenir attaché à l'établissement de l'Inquisition monastique et à l'application, qu'il a essayé de généraliser, de la peine du feu1 ». Quant à la recommandation à la clémence des juges, « il est fâcheux, dit l'abbé Vacandard, que les juges séculiers n'aient pu prendre cette formule à la lettre. S'ils se fussent avisés de le faire, ils auraient été vite ramenés au sentiment de la réalité par l'excommunication. La clause des casuistes ne donnait le change à personne2 ».
Après M. l'abbé Vacandard, entendons M. Guiraud. Ce savant est professeur à l'Université de Besançon. C'est un de ces cléricaux militants, nombreux dans le haut enseignement de France, que le gouvernement français s'honore en maintenant dans leurs chaires, car il rend ainsi un double hommage à la tolérance et à l'érudition, même dévoyée. « Il est impossible de nier, dit M. Guiraud, que l'Église ait voulu réduire l'hérésie par la force : loin de subir toujours l'impulsion de l'autorité civile, elle la lui a parfois imprimée... Aux apologistes timorés de l'Église qui craignent d'avouer sa rigueur et qui, malgré tous les textes, s'obstinent à nier l'appel au bras séculier et les supplices de l'Inquisition, nous disons qu'ils s'obstinent à nier l'évidence3 ». Cela est loyal et clair.
Il n'est pas moins clair que la torture — torture des accusés et torture des témoins — a été introduite dans la procédure inquisitoriale par l'Église, malgré la répugnance des hommes du moyen-âge pour l'emploi de cet odieux moyen. « Cette terrible mesure, dit l'abbé Vacandard ' est due à l'initiative d'Innocent IV. La mutilation était prohibée, mais
i. Vacandard, p. 157.