Vacandard, p
on pouvait user du chevalet, de l'estrapade, des charbons ardents ». J'ai déjà dit qu'au prix d'une absolution mutuelle d'irrégularité, les inquisiteurs, depuis 1260, purent assister à ces abominables épreuves et les diriger.
A force d'arracher aux juges civils des arrêts de mort, les inquisiteurs finirent par oublier qu'ils devaient, en théorie du moins, y rester étrangers. Dès la fin du xne siècle,, l'archevêque de Reims s'était fait l'auxiliaire du comte de Flandre, Philippe. « La chronique d'Anchin rapporte qu'ils condamnèrent, d'un commun accord, au bûcher un grand nombre d'habitants du pays, nobles ou non nobles, clercs, chevaliers, paysans, vierges, veuves et femmes mariées1 . » Le concile de Constance édicta sans ambages la condamnation au bûcher de Jean Huss, de Jean Wiclef et de Jérôme de Prague '.puniantur ad ignem3, prononcèrent les Pères, en dépit de 1' « irrégularité. » Le dominicain Sprenger parle des sorcières qu'il a fait brûler, quas incinerari fecimus*. Une indulgence pontificale fut promise à ceux qui apporteraient des fagots pour le bûcher, preuve manifeste, s'il en fallait, que l'Église exigeait ce supplice atroce et en assumait la responsabilité.
Ce qui précède me dispense de réfuter l'assertion que l'Église aurait fait effort pour adoucir ou même pour supprimer les supplices. Il n'y a pas un seul exemple, dans la trop longue histoire de l'Inquisition, d'une intervention de l'Église à cet effet ; il y en a d'innombrables de ses excitations à l'homicide. Je ne veux en citer qu'un seul, emprunté aux annales des Pays Bas. En 1521, Léon X envoya à Charles Quint le légat Jérôme Aléandre, pour déclarer à l'empereur qu'il était nécessaire de brûler vifs une demi-douzaine de luthériens. Deux ans après, les premiers martyrs de la nouvelle inquisition étaient livrés aux flammes sur le Grand Marché de Bruxelles. « Leur mort a fait beaucoup de Luthériens », écrivait Erasme1.