Pirenne, Histoire de Belgique, t. III, p
Les apologistes se consolent souvent de l'intolérance de l'Église en constatant que ses plus grands docteurs ont prêché la tolérance. C'est la conclusion même du bon livre de l'abbé Vacandard sur l'Inquisition : « Pour donner à tous, ainsi qu'elle le fait à présent, des marques effectives de sa maternelle douceur..., il n'a pas été nécessaire que l'Église s'inspirât de l'exemple d'autrui : il lui a suffi de reprendre une tradition interrompue, la tradition de ses premiers docteurs1. »
S'il s'agit des premiers docteurs de l'Église persécutée par les païens, j'en tombe d'accord; mais du jour où l'Église fut victorieuse, les adversaires de la contrainte matérielle se firent très rares. Il en est d'illustres comme S. Hilaire, S. Martin, S. Ambroise, S. Jean Chrysostôme, auxquels on peut ajouter S. Bernard et quelques honnêtes théologiens du moyen-âge; mais combien d'autres ont professé la doctrine de la violence et l'ont inculquée tout d'abord aux empereurs chrétiens ! Ceux-ci, malgré l'édit de tolérance de Constantin, persécutèrent avec acharnement les païens et portèrent, en 57 ans, soixante-huit lois contre les hérétiques ; c'étaient bien les prêtres chrétiens qui les inspiraient. Vers 370 S. Optât ose écrire, en réponse aux donatistes qui protestaient contre la persécution : « N'est-il donc pas permis de venger Dieu par la peine de mort? Si tuer est un mal, c'est un mal dont les coupables sont eux-mêmes la cause. N'est-ce pas au nom de Dieu que Moïse et Élie ont mis à mort les adorateurs du veau d'or et les déserteurs du vrai culte? On objecte : Le Christ n'a-t-il pas empêché S. Pierre d'user du glaive? — Oui, sans doute, mais le Christ était venu pour souffrir et non pour se défendre. La destinée des chrétiens n'est pas celle du Christ. » En 447, le pape Léon approuva la condamnation à mort de l'hérétique Priscillien, contre laquelle le bon S. Martin avait protesté; il traçait en même