Vacandard, p
temps le programme de l'Église persécutrice, qui doit se contenter d'un jugement sacerdotal, éviter les répressions sanglantes, mais trouver du secours dans les édits sévères des princes chrétiens1.
Le plus grand docteur de l'Église, saint Augustin, commença par désapprouver toute violence; mais comme les lois impitoyables des empereurs avaient amené nombre de donatistes à se convertir, il changea d'avis et, sans demander la mort des hérétiques, recommanda de les traiter par les verges, par l'amende et par l'exil. Quand ses adversaires lui objectaient que l'ancienne Église souffrait la persécution et ne persécutait pas, il allait chercher, comme S. Optât, des exemples dans l'Ancien Testament. Avec Isidore de Séville, au vne siècle, la doctrine est complètement formée : le concours des princes est dû à l'Église pour la répression des hérésies. Avant même l'établissement de l'Inquisition, l'évêque Anselme de Lucques et plusieurs commentateurs de Gratien réclament la peine de mort contre l'hérésies. S. Thomas d'Aquin, écrivant en plein régime inquisitorial, le justifie dans toutes ses prétentions. Jésus avait dit qu'il ne fallait pas arracher l'ivraie avant la moisson et S. Jean Chrysostôme en avait conclu qu'il ne fallait pas tuer les hérétiques. Mais S. Thomas, à la suite de S. Augustin, observe que Jésus a donné un motif : « de peur qu'en arrachant l'ivraie vous n'arrachiez en même temps le froment »; là où cette crainte n'existe pas, dit S. Thomas, parce que l'Église sait distinguer le bon grain de l'ivraie, on peut et l'on doit recourir aux moyens violents.
Le fait que les docteurs de l'Église persécutée et S. Jean Chrysostôme avaient enseigné une tolérance au moins relative, rend plus énorme le crime de la papauté qui se complut à de sanglantes exécutions. On excuse les sacrifices des nègres Dahoméens, car ils n'ont jamais été éclairés par des docteurs, formés eux-mêmes, comme Augustin et Chrysostôme, à l'école