‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 134 sur 198 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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les apologies de l'inquisition 339

auraient eu mille raisons de le dire : or, ils ne Font jamais dit ni insinué. Bien plus : tant en France qu'en Espagne, la papauté a déploré, comme une chose dangereuse pour la foi et scandaleuse, l'indifférence que la masse du peuple manifestait à l'égard de l'hérésie et les relations étroites qui s'étaient établies entre hérétiques et fidèles. Enfin, et ceci me paraît décisif, S. Thomas parle bien d'une idée charitable qui aurait inspiré l'Inquisition, mais il s'agit d'une idée toute différente. C'est au nom de la charité chrétienne, ditil, qu'on livre au bras séculier, c'est-à-dire au bourreau, les hérétiques impénitents, car il s'agit de préserver les fidèles de la contagion et de leur inspirer une crainte salutaire1. Cela n'a rien de commun avec la charité qui consisterait à soustraire les suspects au fanatisme des multitudes; ce sentiment, attribué à l'Église par les apologistes, a été imaginé par eux au xixe siècle; l'Église l'a complètement ignoré.

Les rigueurs de l'Inquisition, nous dit-on encore, ont été fort exagérées par les historiens rationalistes. Il est vrai qu'on a brûlé les sorcières par dizaines de mille; mais, à l'égard des hérétiques, l'Inquisition s'est montrée beaucoup plus clémente qu'on ne le dit. « L'activité de l'Inquisition d'Espagne, écrit Funk, a été très défigurée par la passion de parti et le nombre de ses victimes démesurément grossi. »2

Assurément, comme les documents statistiques font défaut, la fantaisie de quelques adversaires de l'Inquisition a pu se donner libre cours; on a notamment exagéré le

1. Vacandard, p. 21t). Telle est encore la thèse de Falloux (Histoire de Saint Pie V, t. I, p. 58). Il reconnaît que l'intolérance serait aujourd'hui « un non sens et sans résultat » ; mais « autrefois elle avait un but légitime, un but qu'elle a souvent atteint. Autrefois il y avait, en immolant l'homme endurci dans son erreur, toute chance pour que cette erreur pérît avec lui et que les peuples demeurassent dans la paix de l'orthodoxie ». C'est pour ces belles raisons d' « opportunité » que Falloux consentait à ce qu'on s'abstînt de brûler les hérétiques de son temps.

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