Funk, Kirchengeschichte, p
nombre des victimes du bûcher. Mais c'est encore par milliers qu'il faut les compter, tant en Languedoc qu'en Espagne, en Portugal, dans les Pays-Bas, en Allemagne, dans le Nouveau-Monde; d'ailleurs, comme le remarque Lea, les suppliciés furent peut-être moins à plaindre que les malheureux emmurés, gardés à vie dans les prisons de l'Église au pain et à l'eau, que les familles diffamées et dépouillées de tous leurs biens, que les enfants et petits-enfants d'hérétiques réduits à la misère parce qu'une enquête, postérieure de vingt ans et davantage à la mort du chef de la famille, aurait révélé qu'il penchait vers l'hérésie. Ces condamnations posthumes, suivies de l'exhumation et de l'incinération des corps, de la confiscation des biens, sont parmi les atrocités les moins défendables du régime inquisitorial. Peu importe que Torquemada n'ait fait brûler que 2.000 hommes au lieu de 6.000, comme on l'a dit; que l'inquisiteur Louis de Paramo ait « arrondi les chiffres » en portant à 30.000 le nombre des sorcières brûlées en un siècle et demi par le Saint-Office1; on n'excuse pas un assassin, soupçonné d'avoir commis dix meurtres, en assurant qu'il n'en a commis que six. Les apologistes qui se contentent à si peu de frais auraient besoin, ce me semble, de trouver des apologistes à leur tour.
On répète, malgré l'évidence, que les rigueurs de l'Inquisition tenaient aux mœurs du temps, que les tribunaux de l'Inquisition ont été plus humains, plus soucieux de vérité et de justice que les tribunaux civils. « L'état des esprits, la mentalité générale, écrit l'abbé Vacandard8, voilà la vraie cause des rigueurs que l'Église et l'État ont déployées jadis dans la répression des hérésies. » Mais l'abbé Vacandard se donne lui-même plusieurs démentis, et cela dans le même