‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 138 sur 198 · Lagrauge, Remarques sur Orpheus, p · texte numérisé non relu

Lagrauge, Remarques sur Orpheus, p

avaient été enseignées par l'Église romaine, l'ennemie née de la liberté intellectuelle, qui dirigeait toute l'éducation de la jeunesse. L'abbé Vacandard blâme avec raison une apologie qui s'abaisse à l'argument : « Tu en es un autre ». « On semble reconnaître implicitement, écrit-il', que la cause de l'Eglise n'est pas soutenable. Le blâme jeté sur la conduite des adversaires qu'on veut réduire au silence rejaillit sur celle des amis qu'on essaie de défendre. De ce que l'Inquisition de Calvin et des Terroristes appelle la réprobation de l'histoire, il ne s'ensuit pas que l'Inquisition ecclésiastique échappe à tout reproche ». On pourrait dire la même chose avec moins de réserve; mais il ne faut pas trop demander aux apologistes, même aux plus loyaux.

« Vous abusez contre l'Église, reproche-t-on à ses critiques, des erreurs ou des fautes de quelques-uns de ses membres. L'Église n'est pas responsable de tout ce qu'on a fait pour servir sa cause ». « La religion, disait Frayssinous, est trop sainte dans les préceptes qu'elle donne, trop pure dans les sentiments qu'elle inspire, pour être souillée parles excès personnels de quelques-uns de ses sectateurs ». Assurément. Mais plus la doctrine de l'Église primitive était contraire aux violences sanguinaires de l'Inquisition, plus lourde est la responsabilité de l'Église romaine devant l'histoire de les avoir suscitées, encouragées, glorifiées. Deux des pires inquisiteurs, Pierre Martyr et Pierre d'Arbuès, ont été élevés par elle au rang des Saints et cela au xixe siècle, par le pape Pie IX. Elle a félicité, par la voix de ses papes, les princes qui assassinaient leurs sujets et jamais, au cours de six siècles d'horreurs, elle n'a élevé la voix en faveur de la pitié ou de la clémence. Jamais elle n'a renoncé à se servir du glaive temporel; c'est le glaive temporel qui s'est enfin dégoûté de la servir.

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