Vacandard, p. v
Mi LES APOLOGIES DE L'INQUISITION
A côté des apologistes qui plaident les circonstances atténuantes, il y a ceux qui veulent exalter l'Église et la louer même de ses forfaits.
« L'Inquisition, nous dit-on, a servi la cause de la société et de la morale, car les hérétiques qu'elle a combattus professaient des doctrines subversives de toute morale, de toute société1. En Espagne, elle a réalisé l'unité nationale, elle a préservé la péninsule des guerres religieuses qui ont dévasté l'Europe au xvie et au xvne siècle. Si elle n'a pas exterminé la Réforme protestante, elle en a du moins arrêté partout les progrès. »
Examinons d'abord la première thèse. Les hérétiques contre lesquels l'Inquisition a été fondée étaient les Vaudois et les Albigeois ou Cathares. Les Vaudois étaient inofïensifs ; il ne saurait être question d'eux. Quant aux Cathares, il est certain que leurs tendances ascétiques, leur aversion pour le mariage, auraient constitué un péril pour la société au cas où le catharisme, l'emportant en France et en Italie, était demeuré fidèle à ses principes. Mais ces principes ressemblaient beaucoup à ceux des premiers chrétiens et l'on sait avec quelle facilité le christianisme vainqueur a su se mettre en harmonie avec les besoins vitaux de la société. Les Parfaits, chez les Cathares, étaient l'équivalent des moines chrétiens; jamais le Catharisme ne serait devenu une société de moines. Quant à la prétendue immoralité des Cathares en matière sexuelle, il y a longtemps qu'on a démontré que c'était une calomnie cléricale ; M. Guiraud, qui maintient cette accusation, n'a pu l'appuyer qu'en commettant, sur un texte facile, un contre-sens dont rougirait un écolier. Je ne pourrais moi-même, sans rougir, vous exposer ce contre-sens, dont j'ai déjà fait justice ailleurs 2 ; il suffit de dire que M. Guiraud
1. « Autrefois, écrit Falloux {Histoire de Pie V, t. I, p. 58), en dehors du vrai, tout était, même socialement, caractérisé comme erreur et comme crime ».