‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 14 sur 198 · Perse, Sat., I · texte numérisé non relu

Perse, Sat., I

3. Voir l'art. Flussgôtler dans le Lexikon de Roscher. Le Scamaudre à figure humaine de VIliade (àvipa e.laâ[iiyQz, XXI, 213) mugit comme un taureau ([A£fH»xo>; viuTETocOpo;, v. 237) et ne peut, dans sa colère, être arrêté que parles flammes d'Héphaestos — preuve nouvelle qu'il est assimilé à un taureau (ibid., v. 356). On sacrifie des taureaux au Scamandre (ibid., XXI, 131) comme à l'Alphée (ibid., XI, 727).

4. Voir le mot Serpent à l'index du Recueil des bas-reliefs de la Gaule d'Espérandieu (t. III et IV).

vainqueur tire-t-il une vengeance de Peau Rouge d'un rival vaincu? C'est pourtant là une donnée qu'on n'invente pas.

La preuve que ce détail de l'écorchement est primitif, c'est qu'on en montra pendant des siècles, à Celaenae, la preuve matérielle : la dépouille de Marsyas était suspendue dans une grotte, source de la rivière de ce nom, et l'on disait qu'elle frémissait aux sons de la double flûte1. Ceci semble bien indiquer l'existence d'un oracle, d'un mode de divination par les mouvements imprimés à une peau. Cette peau dut sans doute être renouvelée souvent, mais la centième devait ressembler à la première. Or, Marsyas était un Silène, tout le monde était d'accord là-dessus ; il fallait donc que la peau de Marsyas fûtreconnaissable à certains caractères extérieurs . Elle devait, pour le moins, être pourvue d'une queue et de poils. Ceux donc qui montraient la grotte aux visiteurs leur faisaient voir la peau d'un équidé, dont je ne veux pas encore chercher à préciser l'espèce ; voilà un premier résultat qui, ce me semble, ne peut être contesté.

Cette outre formée de la peau de Marsyas n'était pas seulement une curiosité que l'on faisait voir aux touristes : c'était un dieu local, tutélaire et bienfaisant : « Les Phrygiens de Celaenae, dit Pausanias, prétendent que le fleuve qui traverse leur ville était autrefois le célèbre joueur de flûte Marsyas, et c'est à lui qu'ils attribuent l'invention des airs consacrés à la mère des dieux; ils ajoutent qu'ils ont jadis repoussé une incursion des Galates, grâce au secours de Marsyas, qui a écarté les barbares et par les flots de ses eaux et par le son de ses flûtes. » On a remarqué que les roseaux, dont on faisait les flûtes, étaient abondants sur les bords du Méandre et de ses affluents'; mais cette circonstance, jointe à une crue opportune de la rivière, n'aurait pas suffi à motiver la légende dont Pausanias s'est fait l'écho. Il

1. Elien, Var. Hist., XIII, 21 et les textes cités par Jessen, art. Marsyas, col. 2443.

2. Strabon, XII, 518 ; Fragm. hisl.graec, IV, 388, 12. Il est même question d'une plante dite avXoç qui, sous la caresse du vent, émettait des son mélodieux.

s'agit là d'une véritable théophanie de Marsyas, considéré comme un héros ou un dieu local. Marsyas avait subi un supplice injuste à Gelaenae; mais il y conservait des fidèles, il veillait sur eux et les protégeait pour prix du culte qu'ils lui rendaient.

Ainsi Marsyas prend rang parmi les nombreux héros suppliciés des légendes antiques, Penthée, Actéon, Adonis, Orphée, Hippolyte et bien d'autres. Un des caractères des légendes de ces héros, c'est qu'ils ont péri d'une mort lente et douloureuse, qu'ils ont été déchirés, dépecés, écorchés ; c'est aussi qu'ils ont été pleures, même par leurs bourreaux. Non seulement Marsyas aurait été pleuré par les nymphes et par son disciple Olympos, mais Apollon lui-même, pris de remords, aurait brisé sa cithare; du sang de Marsyas étaient issus les Satyres; les larmes des survivants auraient donné naissance à la rivière'. En même temps que la peau du Silène à Celaenae, on montrait son tombeau à Pessinonte, centre du culte de la Mère des Dieux5; là aussi, des rites devaient être célébrés en son honneur. Lors donc que Marsyas, à l'époque de Pausanias, est réduit au rôle d'un génie de rivière, ou identifié à une rivière homonyme, nous entrevoyons pourtant avec certitude, dans un lointain passé, l'existence d'un dieu phrygien nommé Marsyas. Or, on a vu que dans l'opinion des gens du pays, seuls compétents sur leurs propres légendes, ce dieu n'avait pas été un homme, mais un équidé.

Peut-on dire que Marsyas ait été à l'origine un dieu-cheval, comme Poséidon, comme la Déméter de Phigalie, comme les Centaures? A l'appui de cette opinion, on alléguerait les très nombreuses peintures de vases grecs où les Silènes

1. Pour ces légendes, voir l'art, cité de Jessen, col. 2442, 2443, qui cite tous les textes.

2. Steph. Byz. : IIî<j<jivoO;, uôXt; FaXecn^;... àub xr,; pioûcrr)? toO Xôcpo-j toO ev w èxaçiri Mapaûaç.

paraissent sous l'aspect de génies chevalins, avec des oreilles et une queue qui ne laissent place à aucune incertitude. On ajouterait que nous avons au moins deux exemples, sur les vases peints, de Silènes portant le nom de Hippos1. Mais, d'abord, sur de très anciens vases, on voit un Silène dont les oreilles sont trop longues pour être celles d'un cheval et un autre (sur le vase François) dont les jambes chevalines sont exactement copiées sur celles du mulet qui le précède*. En second lieu, je ne crois pas qu'il existe un seul monument, ni grec ni gréco-romain, où les Silènes soient figurés à cheval; la monture des Silènes, jusqu'à la fin de l'antiquité, est toujours l'âne ou le mulet3. Un des principes les moins contestables de l'exégèse mythologique appliquée aux divinités qui dérivent de prototypes zoomorphiques, c'est que la monture d'un dieu n'est autre chose que l'une des images primitives de ce dieu lui-même. L'art grec connaît trois types de divinités mâles que l'on peut grouper avec les Silènes et les Satyres : les Centaures chevalins, les Pans ou Satyres à pieds de bouc ou montés sur des boucs4, les Silènes à pieds d'équidés ou montés sur des ânes, mulets ou mules5. En Grèce, le type chevalin des Centaures s'est confondu avec celui des Silènes ou l'a modifié, du moins à partir du vie siècle; car un fragment de peinture découvert à Mycènes nous montre une procession de génies à tête d'âne, où il est bien permis de voir les

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