Deuzinger, Enchiridion, p. 178 (bulle du 16 mai
Tous les apologistes, mêmes les plus réservés et les plus honnêtes, maintiennent que l'Église a le devoir et le droit de défendre les intérêts de Dieu dans le monde, par tous les moyens compatibles avec les textes et les traditions sur lesquelles se fonde son autorité. Nous avons vu ce qu'est la tradition coercitive de l'Église : depuis le meurtre juridique de Priscillien au ive siècle, c'est une suite d'homicides, d'incarcérations, de confiscations, de fustigations, de tortures. Parmi les textes, ceux qui commandaient la clémence et la douceur ont bien vite été écartés ; j'en ai déjà cité quelques exemples. Les textes contraires sont nombreux dans l'Ancien Testament ' ; on y insista d'autant plus volontiers que, suivant saint Mathieu (V, 17), Jésus n'était pas venu pour abolir la Loi, mais pour la parfaire. Dans les Évangiles eux-mêmes, qu'on admire si souvent sans les lire, les idées d'intolérance et de violence ne manquent pas. Jésus dit qu'il est venu apporter non la paix, mais le glaive ; il a « condamné d'avance les esprits rebelles qui résistaient à la lumière en disant (Marc, XVI 16) : Celui qui ne croira pas sera condamné* ». Même l'horrible peine du feu parut prescrite aux inquisiteurs par ce verset au moins équivoque de l'Évangile de saint Jean (XV, 6) : « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment et il séchera, et on le recueillera et on le mettra au feu et il brûlera3 ».
Saint Paul a des menaces plein la bouche : « Si je retourne chez vous, je n'épargnerai personne4 ». Et ailleurs : « J'ai décidé de livrer cet homme à Satan, pour la destruction de sa chair, afin que l'esprit soit sauvé au jour du Seigneur3 ». « J'ai livré à Satan Hyménée et Alexandre, afin qu'ils apprennent à ne plus blasphémer ". » Dans ces deux derniers passages, les critiques orthodoxes, tant protestants que catholiques, affectent de ne voir qu'une excommunica-
1. Voir Vacandard, p. 263 (surtout Deuléronome, XIII, 6 ; XVII, 1, 12).