Lagrange, Quelques remarques sur Orpheus, p
dations ont été clairement exposés par les protestants du xvne siècle d'abord, puis par les philosophes du xvine, a pu refleurir au xixe siècle au point d'exercer encore un pouvoir doctrinal et même politique sur une grande partie du monde. Dira-ton, avec l'ironie de Voltaire, que l'origine divine de l'Église se manifeste dans la résistance qu'elle oppose non seulement aux assauts de la raison et de l'histoire, mais au poids des fautes et des crimes de son passé? Dira-t-on que le souvenir des services rendus — services incontestables — l'emporte sur celui des souffrances injustement infligées à des millions d'hommes? Invoquera-ton une habitude de quinze siècles qui est devenue, pour une portion de l'humanité, comme une seconde nature? Je crois qu'on peut proposer, de ce phénomène, une explication plus simple. L'Église n'a jamais cessé, malgré les apparences, d'avoir la haute main sur l'éducation de la jeunesse et d'exercer une censure redoutable sur les écrits. L'histoire de son passé d'oppression et de sang a beau avoir été reconstituée dans tous ses détails : elle défend, elle empêche qu'on l'enseigne, aux fidèles d'abord, cela va sans dire, mais môme aux enfants de parents émancipés. Ce serait, paraît-il, violer la neutralité scolaire que d'apprendre aux écoliers la simple vérité sur l'Inquisition, les bûchers des sorcières, la Saint-Barthélémy, les dragonnades1. Un instituteur et une institutrice laïcs
1. Au cours de la campagne récente entreprise par l'Église coulre les manuels scolaires — les manuels d'histoire, en particulier — Msr Baudrillart, recteur del'lDstitut catholique de Paris, a proposé qu'un manuel officiel fût rédigé par une commission de trois savants, dont il devait naturellement faire partie. Comme on ne l'écoutait pas, il a publié lui-même une Histoire de France (Bloud, 1911), dont un historien a jugé l'esprit dans la Revue critique (1912, II, p. 257-259) : « Les Ligueurs sont, pour M. Baudrillart, des « patriotes bons Français et bons catholiques » ; son impartialité lui permet d'enseigner que Goligny « se servait du prétexte de la religion... pour s'assurer des honneurs et des pensions ». En parlant de la Révocation de l'Édit de Nantes, il affirme avec la même impartialité que Louis XIV ne fit que « suivre l'exemple des princes protestants persécuteurs des catholiques ». Il serait bien embarrassé de citer le souverain contemporain qui chassa de son pays cent mille catholiques et dragonna les autres jusqu'à ce qu'on les eût traînés au prêche ». J'ai souvent, pour ma part, été témoin de l'impression profonde que causait,
dépendent, assurément, de l'État, non de l'Église ; ils n'en redoutent pas moins d'irriter le château et la cure, dont les vengeances sont cruelles et les haines tenaces. L'éditeur, de son côté, craint la mise à l'index de tous ses livres s'il se hasarde à en publier un seul que l'Église juge dangereux pour elle. Cela n'est pas vrai que de l'enseignement primaire. Il n'existait pas, en France, un seul ouvrage sur l'Inquisition ; j'ai traduit celui de l'Américain Lea ; j'ai dû le faire imprimer à mes frais. Il n'existait pas, en France, une histoire des religions où la vérité fût enseignée sans voiles; j'en ai publié une, aujourd'hui traduite en cinq langues et répandue à 20.000 exemplaires; mais j'ai dû en payer l'impression. La plus grande maison de Paris, à qui je l'avais proposée, m'a répondu : « Cela pourra se vendre, c'est peut-être une bonne affaire, mais nous y renonçons, ce livre nous ferait du tort ». Et notez que ces choses se passent en France, avec un gouvernement qu'on dit anticlérical; que se passe-t-il là où le clergé est tout puissant, en Bavière, au Tyrol, au Canada — pour ne pas parler de pays plus voisins de nous' !
Ainsi l'Église a pu éviter jusqu'à présent le ressentiment que l'opinion publique doit à son passé de justicière inhumaine, en interdisant que ce passé fût connu, en dissimulant à sa façon, dans de petits livres mensongers et même de gros livres, les épisodes les plus répugnants de son histoire. Du temps que sévissait l'Inquisition, elle a décrété qu'on n'en parlerait pas; maintenant que l'Inquisition n'existe que sur le papier, elle décrète qu'on n'en parlera plus. Si l'on peut comparer les petites choses aux grandes, c'est la même politique qu'on a suivie pour l'affaire Dreyfus, affaire d'inquisition s'il enfutet conduite par des procédés d'inquisition. « On ne doit pas en parler ; on n'en doit plus parler » . M'a-t-on assez reproché de lui avoir fait une place modeste dans mon
à des personnes élevées par l'Église, la lecture d'un chapitre de ïlnquisilion de Lea ou de tel autre ouvrage véridique; elles n'avaient jamais entendu parler de tout cela, mais savaient la liste des rois mérovingiens et capétiens.
1. [Gela était dit à Bruxelles et faisait allusion à la domination cléricale dans ce pays.]
Histoire générale des religions! Msr Baudrillart a intitulé un compte rendu de ce livre, où il prétend avec perfidie ne voir qu'une œuvre de haine : La vengeance de Dreyfus1.
Messieurs, un penseur libre qui songerait à une « vengeance » serait, passez-moi le mot, un clérical. Nous devons recourir à d'autres moyens que nos adversaires et nous inspirer d'autres maximes. Nous ne sommes pas sûrs du tout de connaître la vérité sur l'essence des choses ; mais nous sommes certains que les cléricaux en savent aussi peu que nous et qu'ils trompent le monde en prétendant la connaître. D'autre part, nous cherchons la vérité historique, qu'ils travestissent si volontiers, et nous savons que rien ne les effraye davantage que la vérité toute nue. Travaillons donc à la répandre, par la plume, par la parole! Laissons à Voltaire, qui fut souvent un fanatique à rebours, son cri de guerre et de haine : Écrasons l'infâmel Rallions-nous à celui-ci, qui nous vaudra l'honneur avec la victoire :
Par la parole, par la plume, pour la vérité!
i. Revue d'apologétique, leravril 1909. — Dans la même Bévue (1905-6, p. 71), le même auteur a publié le canevas d'une Apologie de V Inquisition où il y a de la modération et du savoir, mais une fâcheuse tendance à faire le silence sur les côtés plus que fâcheux de l'iustitution.
Le Néo-Malthusisme et la Doctrine de l'Église1.
Une loi générale, partout et toujours vérifiée, veut que la natalité décroisse là où croissent le bien-être et l'instruction, sans que l'on puisse faire sûrement la part, dans ce résultat, à l'égoïsme des individus, à leurs sentiments éclairés de prévoyance, aux effets physiologiques d'une nourriture azotée trop abondante. Le législateur n'y peut rien; ce qu'il peut et ce qu'il doit, c'est de mieux répartir les charges, non pour punir les ménages sans enfants et les célibataires, ce qui serait tyrannique, mais pour aider d'autant plus efficacement les autres, ce qui est conforme à l'équité. A cet effet :
1° Tout fonctionnaire au-dessus de 25 ans, non marié, divorcé ou veuf sans enfant, devrait subir une retenue d'un tiers sur son traitement; tout fonctionnaire marié, divorcé ou veuf avec un seul enfant, devrait subir une retenue d'un quart. Les sommes constituées par ces retenues formeraient une masse à répartir entre les fonctionnaires chargés de famille, en raison directe de leurs charges et en raison inverse du chiffre de leur traitement;
2° Tout contribuable non marié, divorcé ou veuf sans enfant, devrait payer un impôt complémentaire égal au double du principal de la taxe locative ; s'il est marié, cet impôt com-
1. [Cet article a paru dans une enquête publiée par les Documents du Progrès (juin 1910), sous ce titre : Le problème de la dépopulation. M. Rémy de Gourmont l'a reproduit en grande partie dans la Revue des Idées (15 juin 1910, p. 455-458), en faisant précéder mon texte de ces lignes : « M. Fernand Mazade a entrepris et dirigé avec soin, dans les Documents du Progrès, une copieuse enquête... 11 a reçu et commenté de nombreuses réponses. Aucune n'est plus sage, n'est moins dans le ton banal que celle de M. S. R. » — Eu réimprimant cette « consultation », j'en ai développé quelques passages dans l'intérêt de la clarté et j'ai cité in extenso quelques textes que je m'étais contenté à tort d'Indiquer.]
plémentaire serait réduit au principal. Les sommes provenant de ces impôt* seraient affectées à l'Assistance publique pour élever les enfants qu'on lui confie et venir en aide aux familles nombreuses;
3° Dans toute succession dévolue à moins de deux enfants, l'État percevrait, à l'exclusion d'autres droits, la moitié du capital s'il s'agit d'un célibataire ayant pour héritiers des neveux, le tiers s'il n'y a qu'un seul enfant, etc.
L'état de chosesactuel est un encouragement formel au célibat. On citerait à Paris, en 1910, beaucoup d'individus non mariés, ayant cent mille francs de rente ou davantage, qui supportent uniquement la taxelocative (à moins qu'ils ne vivent à l'hôtel) et dont la fortune, placée en rentes françaises ou en valeurs déposées à l'étranger, échappe complètement au fisc. Ces contribuables privilégiés ne payent pas un pour cent de leurs revenus à l'État, alors que la moyenne des Français en payent 15-20 pour cent. Il faut que ces inégalités disparaissent ou, du moins, qu'on essaie de les atténuer.
Une autre question est de savoir si l'État est intéressé au relèvement de la natalité et si, par l'enseignement et la législation, il doit viser à ce résultat.
D'abord, même au point de vue des effectifs militaires, il est certain que la quantité ne saurait tenir lieu de la qualité. L'État n'a que faire de recrues incapables de supporter les marches ou qui encombrent ses hôpitaux en temps de paix. En second lieu, il semble que le nombre des combattants mis en ligne, passé un certain chiffre très élevé que toutes les grandes puissances peuvent atteindre, n'est pas un facteur essentiel de la guerre moderne. Trois millions de combattants font bon effet sur le papier; en campagne, on ne pourrait ni les diriger, ni les nourrir.
Si l'on omet cette considération militaire, il n'en reste pas moins qu'une nation peut toujours être comparée à une armée en marche, qui doit compter avec ses traînards, ses insoumis, ses invalides. Il est évident qu'une nation n'a point d'intérêt à s'encombrer d'éléments mauvais ou médiocres, impropres à la lutte pour 1 existence, à la propagation de la vie, à la produc-
356 LE ÎNÉO-MALTHllSISME ET LA DOCTRINE DE L'ECU
tion agricole, industrielle, etc. Dans le chiffre môme réduit que présente la natalité française, il y a des enfants d'avariés, de dégénérés, de fous, de vieillards, qui ne constituent pas une richesse, mais le contraire. S'ils n'étaient pas nés, la nation serait d'autant plus forte. Encourager la production des hommes, sans souci de la qualité de cette production, est une extravagance qui n'a pas besoin d'être réfutée; c'est pourtant celle des gens qui, voyant nos statistiques de natalité, poussent des cris parce qu'elles marquent un léger recul. Ce qui doit nous alarmer, ce n'est pas la diminution de la natalité française, mais le pourcentage élevé des hommes qu'il faut réformer, surtout dans les provinces empoisonnées par l'abus de l'alcool. Il en résulte que notre natalité, pour qui considère la qualité et non la quantité, est encore trop élevée de beaucoup. C'est surtout l'amélioration de la qualité des naissances et la diminution des non-valeurs qui doivent préoccuper les législateurs et les hygiénistes.
Ici l'on se heurte à des tabous bienfaisants en eux-mêmes et qu'il y aurait folie à vouloir faire disparaître. Le respect de la vie humaine, le sentiment de la pudeur interdisent d'appliquer à l'espèce humaine les procédés bien connus des éleveurs. Nous ne pouvons, dans l'état actuel de la morale, ni éliminer les débiles, ni soumettre les femmes robustes aux embrassements des hommes robustes comme elles. Si ces procédés étaient applicables, une nation y gagnerait infiniment au point de vue physique ; mais ils ne le sont pas. Le législateur ne peut tenter l'impossible; il doit biaiser.
On a proposé aussi d'interdire le mariage aux individus notoirement malsains. C'est encore une chimère ; peut-on leur interdire le concubinage? Un avarié, dont les instincts génésiques sont en éveil, fera plus aisément souche de malheureux s'il promène à l'aventure une passion aussi exigeante qu'irresponsable. Et cet avarié peut être un homme de talent, un citoyen utile : de quel droit lui interdire d'avoir un foyer?
Lui prêcher, avec Malthus, la continence dans le mariage, c'est se faire illusion sur la force de la volonté des hommes ;
c'est, par surcroît, si ces conseils l'emportaient, condamner sa femme à une existence pire que le célibat, par des raisons qu'il est inutile de détailler.
A ces difficultés redoutables répond la conception bienfaisante du néo-malthusisme1. Entendue comme elle doit l'être, elle concilie les exigences physiologiques de l'individu avec les exigences économiques de la société, le point de vue humain et celui de l'éleveur. La société ne peut interdire ni les mariages physiologiquement mauvais, ni les unions libres et éphémères, encore moins la multiplication indéfinie des naissances au détriment d'une mère débile, ou d'un ménage dans la misère, ou d'enfants que les nouveaux venus appauvriront encore. Elle ne peut pas non plus se débarrasser du lourd fardeau que constituent pour elles des individus malsains, conçus et élevés dans des conditions déplorables. Mais elle dispose de l'enseignement ; elle peut conseiller, là où elle ne peut interdire. Elle peut, faisant appel à la raison au nom de la science, dire aux hommes, dès qu'ils ont l'âge de le comprendre, que la satisfaction d'un des instincts les plus puissants de la nature ne doit pas nécessairement avoir pour conséquence le recrutement accidentel et aveugle de la nation. Elle peut ainsi prévenir, du moins dans une large mesure, les maux suivants : 1° les avortements clandestins, qui ruinent la santé des femmes quand ils réussissent, et aussi celle des enfants, quand les manœuvres de ce genre ne réussissent pas ; 2° les naissances d'enfants non désirés, soit parce que le ménage ne peut les nourrir comme il convient, soit parce qu'il y a impossibilité de mariage (adultère, inceste, etc.), soit parce que l'un ou l'autre des conjoints se sait affligé d'une tare physiologique transmissible; 3° le recours à certaines pratiques dites (à tort) malthusiennes, aussi préjudiciables à la santé de l'esprit qu'à celle du corps et qu'on trouve indiquées dans les ouvrages à l'usage des confesseurs.
Le poète Lucrèce parle déjà des procédés adoptés par les courtisanes romaines pour écarter le péril de la conception ;
1. Pourquoi écrire malthusianisme ? Ou dit renanisme, kantisme.
ces procédés sont enfantins, grossièrement empiriques, en comparaison de ceux que la science actuelle peut suggérer. Ceux qui condamnent ces procédés nouveaux et appellent contre eux la rigueur des lois n'osent pas aller jusqu'au bout de leur paradoxe. Voudra-t-on prétendre que la stérilité des courtisanes nuise au corps social? Se plaindra-t-on que les dégénérés et les fous ne fassent pas assez d'enfants?
Le seul danger que présente le néo-malthusisme est plus apparent que réel. La vulgarisation de ses recettes, inoffensives pour la santé, permettrait plus aisément à des conjoints bien portants, mais égoïstes et pusillanimes, d'échapper au devoir social qui leur incombe. Mais la limitation volontaire du nombre des naissances est de tout temps; les néo-malthusiens ne l'ont pas plus inventée que Malthus. Seulement, ce résultat a été atteint par des procédés pénibles ou dangereux qui nuisaient à l'intimité conjugale et tendaient à la détruire. Le néo-malthusisme ne peut que rendre cette intimité plus étroite — puisqu'il comporte, au lieu de l'interdire, la cohabitation des époux — et, par suite, faire naître ou renaître, dans les cœurs de conjoints bien constitués, le désir de perpétuer leur vie et leur nom. Que si certains couples physiologiquement sains résistent pourtant à cette tendance naturelle, il faut en conclure que leur santé n'est qu'apparente, qu'il y a un ver dans le fruit et qu'ils sont devenus trop étrangers à la vie pour, en transmettre utilement le flambeau.
Il est certain que le néo-malthusisme se heurte à des décisions de l'Église romaine1. Mais l'Église condamne également le divorce, auquel il a bien fallu que notre société civile se résignât pour éviter des maux encore pires. Elle condamne aussi l'incinération, que le souci de la santé publique fera passer de plus en plus dans nos mœurs. Elle condamne en principe le prêt à intérêt, qui est la base de toute activité économique.
Pour m'en tenir à la thèse néo-malthusienne, je dirai aussi que l'Église, par la voix de ses docteurs les plus autorisés
1. Taoquerey, Synopsis theologiae moralis, Paris, 1904, t. I, p. 19*., 22*.
depuis saint Paul, admet que le mariage est un remède à la concupiscence et ne fonde l'obligation de la synousia productive que sur le droit naturel. Bien plus, aune femme déjà chargée d'enfants ou malade, qui consulte pour savoir si elle peut se refuser à son époux, le confesseur doit répondre que cela est contraire à la loi divine ; mais si elle fait mine de vouloir recourir aux pratiques dites anticonceptionnelles, il peut l'autoriser et même l'engager à placer ses complaisances à certains moments de la période lunaire où la chance de la conception est très réduite'. Assurément, cela est enveloppé de précautions et il serait excessif de dire que la théologie morale admet en pratique le néo-malthusisme qu'elle condamne en théorie; mais si l'Église romaine, dans sa sagesse, que nul n'admire plus que moi en ces matières, a fait une pareille concession au concubitus sine Lticinâ, la société civile, même respectueuse des enseignements de l'Eglise, ne peut-elle, enseignant à son tour, aller plus loin dans la même voie ? Elle est libre, alors que l'Église ne l'est pas, à cause de certains textes des livres saints que celle-ci croit à tort décisifs (Genèse, I, 28; XXXVIII, 9; Tobie, VIII, 4, du moins dans la Vulgata; Paul, I Cor., VII, 3-5). Ces observations pourront paraître superflues à beaucoup de personnes ; elles ne le sont pas, car, dans l'état actuel des controverses sur les devoirs des époux, c'est encore à l'enseignement de l'Église qu'il faut demander les éléments de cette question si grave. Ceux qui les chercheront dans la Doctrine de la vertu de Kant se heurteront à des opinions
I. Ibid., t. I, p. 23*, d'après une décision de la sainte Pénitencerie en date du 16 juin 188U : « Ab onanismo omnino differt praxis copulam habendi solummodo in temporibus quibus conceptio raro accidit... a quintodecimo die ad paucos dies qui praecedunt menslruorum recursum ; si igitur copula habetur hoc solum tempore quod ageneseos vocatur, possibilis quidem, sed non valde probabilis est conceptio. Porro talis agendi ratio non est peccamitiosa... Merito igitur S. Puenitentiaria, 16 jun. 1880, respondit : « Conjuges praedicto modo matrimonio utentes inquietandos non esse, posseque confessarium sententiam de qud agitur illis conjugibus, caule lamen, insinuare, quos aliâ ratione a detestabili onanismi crimine abducere frustra tentaveril. » L'Église englobe sous la définition d'o?i. crim. les pratiques anticonceptionnelles proprement dites, avec ou sans recours à des appareils spéciaux.
intransigeantes et reconnaîtront que l'Église, éclairée par l'exercice de la confession, était plus tolérante et plus humaine, dès le xvie siècle, que le philosophe rationaliste de Kœnigsberg à la fin du xvme \
1. Pour Kaut, l'amour sexuel a pour objet la conservation de l'espèce, comme l'amour de la vie a pour objet la conservation de l'individu {Tugendlehre, éd. Rosenkranz, p. 276). A la différence de l'Église, qui est tenue par la parole de S. Paul (melius est nubere quant uri, I Cor., VII, 9), il ne considère pas que le mariage soit, même à titre accessoire, un remède à la concupiscence. Que faut-il alors penser de l'époux qui use de ses droits avec sa femme enceinte, alors qu'il sait que la superfétatiou est impossible? Kant pose la question (p. 278), mais sans la résoudre ; elle ne peut l'être eu effet, du moins d'accord avec le bon sens, que si l'on renonce à la vieille thèse rigoriste d'après laquelle l'exercice de l'activité sexuelle aurait besoin d'être légitimée par le désir de propager la vie. Une fois cette concession faite sur le principe, les objections d'ordre moral au néo-malthusisme ne tiennent pas debout.
Le Bâton de Teyjat et les Ratapas.
Pour faciliter l'étude des gravures de l'âge du Renne, souvent tracées sur le pourtour d'os cylindriques, j'ai eu l'idée d'en faire exécuter, au Musée de Saint-Germain, des développements à la gélatine, qu'il est aisé de transformer ensuite en plaques minces de plâtre ou de cuivre. Comme l'opération est entièrement mécanique et ne comporte pas de retouches, on obtient de la sorte, sur un plan horizontal, des images faciles à manier et qui peuvent être reproduites par la photographie. Je donne ici, comme spécimen, l'image du développement en galvanoplastie d'une des compositions les plus parfaites qui aient encore été découvertes dans nos cavernes, celle qui décore le bâton de Teyjat (fig. 1).
Cet objet, trouvé par M. Bourrinet en 1908 et cédé par lui au Musée de Saint-Germain, a été publié avec grand soin par MM. Breuil et Capitan ' ; je me contenterai de le décrire brièvement. Au centre de la composition est représenté un cheval au galop, dans une attitude dont la photographie instantanée a permis, depuis 1887 seulement, de constater la justesse3 ; sur le corps de l'animal sont figurées trois flèches, détail inspiré de la même idée à' envoûtement que l'on constate dans les gravures de Niaux, où se voient de nombreux bovidés, avec des pointes de flèches sur le corps' ; à droite et à gauche, au-dessous du cheval, on distingue trois encolures de cygnes; en haut à gauche, la tête et l'encolure d'une biche. Il y a encore cinq figures de dimensions plus petites, que je veux essayer d'expliquer dans le présent travail :
1° Au-dessus des oreilles de la biche, trois serpenteaux
1. Capitaa et Breuil, Revue mensuelle, 1909, p. 66 sq. ; cf. Boule, Anthropologie, 1909, p. 389.
2. S. Reinach, La représentation du galop, Paris, 1901 (extrait de la Revue archéologique).
3. Anthropologie, 1908, p. 28 et suiv. Il y a des exemples analogues ailleurs qu'à Niaux.
accolés; in près de la bouche, du sabot postérieur gauche et de la peau du cheval, trois petits êtres à tête et à corne de chamois, au corps poilu et aux pattes recourbées; le premier (à droite) a des pattes d'insecte, les deux autres des jambes analogues à des jambes humaines; 3° enfin, près de la naissance de la jambe postérieure gauche du cheval, une protomé de cheval, un avant-train, avec les deux jambes de devant. M. Breuil a remarqué — et cette observation est importante — que la place ne manquait pas pour dessiner entièrement ce petit cheval; si l'artiste s'est abstenu de le faire, il avait pour cela quelque raison.
Dans l'explication qu'il a tentée de ces singulières images, l'abbé Breuil a fait abstraction du demi-cheval et des serpents ; il n'a parlé que des trois diablotins poilus. Suivant lui, ce seraient des danseurs masqués, des hommes revêtus de peaux d'animaux et exécutant des danses rituelles. L'ethnographie fournit des exemples nombreux de ces mascarades qui ont été figurées plus d'une fois et que M. l'abbé Breuil a soigneusement décrites à son tour.
Sans vouloir nier que des mascarades rituelles aient pu être en usage à l'époque quaternaire, je crois qu'en l'espèce cette explication séduisante est inadmissible. Les diablotins sont trop petits pour être des hommes ; ils éveillent l'idée de figures qui planent et qui volent, non de danseurs qui touchent le sol ; l'un d'eux, près de la jambe arrière gauche du grand cheval, a des pattes qui ne sont certainement pas humaines ; enfin et surtout, il me paraît inadmissible de faire un sort à part aux trois diablotins, comme les appelle M. Breuil, et aux deux autres petites figures de la même composition, le demi-cheval et les trois serpents.
Dans le champ des peintures des vases grecs, on voit souvent voleter de petites figures que l'on appelle des efôwXa et où l'on reconnaît avec certitude des âmes. Ailleurs, en Grèce encore, les âmes sont figurées comme des papillons, ^u^- 5 certains oiseaux fantastiques, dits harpyes, emportent des âmes dans leurs serres. Tout ce symbolisme, auquel nous sommes habitués, ne nous étonne pas en Grèce; nous ne
réfléchissons pas assez qu'il plonge ses racines dans un passé extrêmement lointain et qu'il atteste, comme le mot psyché lui-même, la persistance d'une conception tout à fait matérialiste de l'âme et du principe vital. Cette conception n'est pas propre à la Grèce; nous allons la trouver, sous sa forme la plus naïve, parmi les Australiens d'aujourd'hui.
Les savants apprirent avec étonnement, en 1899, qu'il existait encore, au centre de l'Australie, des tribus igno rantesde la relation naturelle entre l'acte de la génération et ses conséquences pour la transmission de la vie *. Depuis,
Us
Fig. 1. — Développement du bâton de Teyjat (Dordogne) Original au Musée de Saint- Germain.
le témoignage de MM. Spencer et Gillen a été confirmé par Roth et par le missionnaire allemand Strehlow, expressément chargé de le contrôler; le fait peut donc être considéré comme établi. Il n'a d'ailleurs rien de bien étrange quand on songe que les phénomènes en question ne sont pas nécessairement consécutifs; qu'il s'écoule, dans l'espèce humaine, un intervalle de 150 jours environ entre la cause et la manifestation possible de l'effet; enfin, que les Australiens, ne possédant aucun animal domestique, ne peuvent être éclairés à cet égard comme le sont de bonne heure les enfants de nos campagnes. Dès 1889, le savant jurisconsulte allemand Laist, dans un ouvrage sur les origines du droit, avait brièvement émis l'opinion que cette ignorance a dû être pendant long-
i. Pour ce qui suit, voir l'exposé détaillé de Fr. von Reitzenstein, Zeitschrift fur Ethnologie, t. XLIII (1911), p. 174 sq.
temps le partage de l'humanité primitive; en 1896, M. Sidney Hartland était arrivé indépendamment au même résultat et l'avait formulé en termes précis '. Frappé de voir la place que tiennent, dans les traditions de tous les pays, les naissances miraculeuses, il en avait conclu que les mythes de ce genre étaient les survivances d'un état intellectuel où le rôle du père, dans l'œuvre de la génération, était inconnu. Dès que parut l'ouvrage de MM. Spencer et Gillen, en 1899, Sir John Rhys fit observer, de son côté, que le folklore celtique trahissait, en ces matières, une opinion analogue à celle des Australiens : nous voyons, en effet, dans les contes, de vieilles fées et de jeunes fées; mais, dans les contes non remaniés, il n'est jamais question des maris des fées ni de leurs amants5. Strehlow a complété, sur quelques points essentiels, les données fournies par MM. Spencer et Gillen. C'est à lui que nous devons de connaître le terme de ratapa, nom donné par les Australiens aux embryons, émanations des âmes ancestrales, quicherchentà pénétrer dans le corps des femmes afin de renaître à une vie nouvelle. Le ratapa réside dans un rocher, dans un arbre, dans un trou d'eau; quelques-uns lui prêtent l'aspect d'un animal ou d'un enfant; d'autres disent que c'est un corps d'une extrême ténuité. On est d'accord pour penser que les ratapas sont invisibles au vulgaire, que seuls les magiciens et les vieillards les aperçoivent, mais que lorsqu'ils volent dans les branches des arbres, certains bruits et craquements décèlent leur présence3. Cela rappelle le murmure des âmes dans Y Odyssée et dans le passage de Claudien sur la pointe extrême de l'Armorique. En général, le ratapa s'introduit dans la femme sans qu'elle s'en aperçoive ; parfois il est censé porté vers elle par une espèce de churinga ou de bois magique qu'un ancêtre lance sur son passage*. Une opinion très accréditée est que les grossesses sont le résultat de courants d'air; aussi les Australiennes prennent-t elles la fuite