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LE BATON DE Th.YJ.4T ET LES HATAPAS 365
à l'approche d'un tourbillon, persuadées que des centaines de ratapas voltigent dans le vent et qu'ils menacent de les féconder1.
L'expérience leur ayant appris que les femmes jeunes et potelées sont plus souvent enceintes que les vieilles décharnées et flétries par l'âge, les jeunes femmes prennent l'attitude de vieilles et marchent courbées en s'appuyant sur un bâton quand elles passent en des lieux qu'on croit hantés par les esprits ancestraux. Elles essaient ainsi de tromper les ratapas.
Spencer et Gillen ne se servent pas du mot ratapa, mais de l'équivalent anglais spirit-children ; Strehlow les appelle Kinder keime. « Un ratapa, dit Strehlow, est un embryon complet, fait à la fois d'une âme et d'un corps. » Suivant un autre explorateur, Roth, qui a longuement étudié les Australiens du Queensland, les enfants sont tout formés avant leur incarnation ; mais, en passant dans le corps d'une femme, ils prennent la figure de grands oiseaux ou de serpents, suivant qu'ils doivent être des garçons et des filles. Un retour à la forme humaine s'accomplit au cours de la gestation*. Il est plus que probable que les types animaux sous lesquels on se représente d'ordinaire les ratapas sont en rapports étroits avec les croyances totémiquesde ces peuples; c'est d'ailleurs l'opinion longuement motivée de M. Durkheim et je ne m'arrêterai pas à la confirmer. Ce qui m'importe ici, c'est de trouver chez les Australiens une conception analogue à celle de la Psyché grecque, mais nécessairement plus primitive, plus grossière, non épurée par la littérature et par l'art. On remarquera que le pythagorisme et l'orphisme, ces formes extrêmement archaïques de la pensée grecque, admettent, tout comme les Australiens, la réincarnation des âmes; c'est en s'inspirant de ces doctrines que Virgile nous montre les âmes purifiées cherchant à s'introduire à nouveau dans des corps:
* Rursus et incipiunt in corpora velle reverti.