Tour du Monde, 1882, t. II, p
résultats. Déjà on y a trouvé une belle statue de femme, malheureusement sans tête, dont les draperies sont traitées de main de maître. Cette grande statue assise, ayant à côté
Fig. 2. — Statue découverte à Baalbek. Musée de Constantinople.
d'elle un animal fantastique orné de deux mamelles pectorales, pourrait bien être celle de Julia Domna, femme d'Antonin le Pieux ».
Julia Domna n'était pas la femme d'Antonin le Pieux, mais
deSeptime Sévère. A part ce détail, la description de M. Lortet est exacte ; mais on remarquera qu'il ne mentionne point la tête de femme qui, suivant le dessin de Joyau, surmontait le corps del' « animal fantastique », c'est-à-dire du sphinx.
Ayant eu l'occasion de parler à mon collègue du Louvre, M. Michon, des recherches que j'avais entreprises sur ces marbres égarés de Baalbek, j'appris de lui qu'il existait au Musée, dans une armoire de la salle Glarac, une tête féminine léguée au Louvre par M. Armand comme provenant de Baalbek. Cette tête est décrite, sous le n° 26fi0, dans le Catalogue sommaire des marbres antiques, rédigé par MM. de Villefosse et Michon :
a Tête de sphinx femelle diadémée ; les yeux et les sourcils étaient incrustés en matière différente; extrémité d'un bras de fauteuil. Legs A. Armand. — Baalbek ».
L'aspect de ce morceau ne laissait place à aucun doute : c'était bien la tête figurée dans le dessin de Joyau et dont il y a quatre photographies dans le recueil Armand. La désignation « extrémité d'un bras de fauteuil », n'est, d'ailleurs, pas tout à fait exacte, car c'est le sphinx tout entier qui sert de support au fauteuil.
J'appris de M. Moyaux que Joyau avait possédé chez lui une tête antique, qu'il disait provenir de ses recherches à Baalbek, et qu'il la montrait volontiers à ses amis. Quand et comment cette sculpture passa-elle dans la collection d'Armand? Je fus fixé sur ce point lorsque M. Clermont-Ganneau m'eut obligeamment communiqué une brochure intitulée : « Vente des lundi 29 et mardi 30 mars 1876. Aquarelles, dessins et tableaux par feu Achille Joyau, architecte, grand prixdeRome.Objetsd artetantiquités. Livres d'architecture». A la pi. 8 de ce catalogue, sous le n° 78, on lit ce qui suit :
« Marbre antique. Tête de déesse ceinte d'un diadème. Fragment remarquable d'une statue trouvée dans les fouilles de Baalbek, faites sous la direction de M. Joyau ».
Restait à retrouver la grande statue, que les personnes questionnées par moi à Paris ne se souvenaient pns d'avoir vue à Baalbek1. Hamdi-bey, que j'interrogeai à ce sujet, me répondit qu'il ne savait rien. Heureusement, un archéologue français bien connu, M. Dussaud, était alors en Syrie. Je lui écrivis et reçus de lui une réponse très précise, datée de Beyrouth, le 9 juin 1901.
M. Dussaud m apprit que la statue, découverte à Baalbek, avait été transportée vers 1884 à Beyrouth par les soins de l'administration de la route française de Beyrouth à Damas. Là, elle avait été placée avec quelques autres débris, dans la cour du sérail, derrière un grillage, appuyée au mur de la prison. La hauteur totale de la statue est de l'",75, c'est-à-dire qu'elle est une fois et demie plus grande que nature. Le piédestal a 0"\31 de haut, celui du sphinx 0"',11 ; le sphinx luimême aOm 52 de la base des pattes jusqu'au cou. M. Dussaud s'est demandé s'il n'existait pas un second sphinx faisant pendant à celui qui s'est conservé; il inclinait à le penser et croyait reconnaître, à la droite de la statue, l'amorce d'une patte gauche. L'hypothèse d'un second sphinx est, en effet, vraisemblable ; mais les photographies dont je dispose ne me permettent pas de la contrôler*.
Aussitôt en possession de la lettre de M. Dussaud, j'écrivis à Hamdi-bey pour lui en faire connaître le contenu Le 3 septembre, notre confrère me répondit de Constantinople pour m'aviser qu'il avait fait embarquer la statue à Beyrouth et qu'elle arriverait quelques jours plus tard àTchinli-Kiosk. Hamdi-Bey exprimait aussi le désir de recevoir un mou-
1. [Depuis que ce mémoire a été écrit et imprimé, j'ai appri9 que la statue de Baalbeck avait été brièvement signalée daus le Quarterly statement [Palestine exploration fund), 1871, p. 110 et que la photographie de Bonfils, dont il est question ci-dessus, avait été reproduite à très petite échelle à la fin de l'ouvrage de M Frauberger sur l'acropole de Baalbek (Francfort, 1892). Elle a aussi été signalée par M. Arndt dans le texte des Einzelaufnahmen, n° 533.]